XXXV 1 INTRODUCTION
axiome familier de la première éducation des jeunes soldats, ses prophétiques appréhensions sur les dangers que fait courir à une démocratie l'ambition des généraux, des aventuriers dictateurs, prophéties qui devaient, hélas se réaliser, maintes fois, au cours du siècle qui a suivi la Révolution, et qui, à l'époque que nous vivons, sont encore d'actualité, — la soif du pouvoir qui dévore, aveugle et corrompt les politiciens prêts à tous les compromis, à toutes les trahisons, à toutes les calomnies pour satisfaire leur appétit et abattre ceux qui contrarient leurs basses intrigues, — les sourdes menées des classes privilégiées (alors la noblesse et déjà la puissante bourgeoisie) afin d'empêcher la réalisation des réformes populaires dont elles n'ont pu empêcher le vote, mais qu'elles cherchent à dénaturer, dont elles prétendent retarder l'application, et qui n'hésitent pas à recourir même au crime de désertion, d'appel à l'invasion étrangère, de lèse-patrie, pour maintenir leur domination, pour sauver leur fortune, leurs titres, leur puissance, — tout cela est peint en un tableau aux couleurs vigoureuses, saisissantes ; tout cela défile en un cortège impressionnant d'arguments forts, convaincants, irréfutables, — tout cela constitue un ensemble de faits, de preuves coordonnés de telle sorte qu'on ne peut s'empêcher de faire des comparaisons et d'appliquer son raisonnement à des situations et à des hommes que nous retrouvons sans cesse et qui existent encore à l'heure actuelle.
Même avec le recueil de Laponneraye, devenu d'ailleurs fort rare, l'ensemble de l'œuvre journalistique de Robespierre, n'existait donc pas ; nous avons tenu à grouper dans cette préface, l'indication des articles figurant çà et là, dans les diverses publications antérieures.
Les exemplaires complets du journal sont, eux-mêmes, pour ainsi dire, introuvables de nos jours.
Mais malgré sa rareté, la collection n'avait guère de valeur, autrefois, en librairie: en 1837, à la vente du comte de La Bedoyère, dit Hatin, le recueil des journaux de Robespierre a été adjugé 50 fr. 50; et en 1850, à celle de Rousselin de Saint- Albin (1773- 1847), le fondateur du Constitutionnel, il n'a été coté que 19 fr. 50 (92).
(92) Hatin: Bibliographie de la Presse périodique, p. 237.