SEANCE DU 9 MAI 1791 Sur la liberté de la presse
La séance est consacrée à un débat sur la liberté de la presse (1). Divers orateurs, outre Robespierre, devaient intervenir, dont Choderlos de Laclos (2), Dubois de Crancé et Duport (3).
Journal de la Révolution, 10 mai 1791.
« M. Robespierre a prononcé un discours dans lequel il a prouvé de la manière la plus lumineuse, et avec cette énergie de caractère qu'on lui connaît, les avantages de la liberté indéfinie, et les inconvénients incalculables qu'un code pénal ou toute autre loi tendant à la restreindre entraîneraient nécessairement (4). Dire et communiquer sa pensée et ses opinions est un droit de la nature et un besoin de l'âme. L'exercice de ce droit produit une censure perpétuelle et salutaire sur le vice (5). C'est du mélange de l'erreur avec la vérité, c'est de leur combat que l'erreur se dissipe, et que la vérité sort dans toute sa pureté; les prévaricateurs seuls, les hypocrites, les esclaves et les méchants la craignent, et ce sont eux qui réclament aujourd'hui des entraves contre la presse. Il a démontré de faire à cet égard une loi qui n'ouvrît pas le champ aux plus vastes abus, et qui fût excusable. Comment déterminer si un écrit est ou non incendiaire, s'il a ou n'a pas produit telles émeutes populaires ? Comment démêler la sombre politique et les trames d'un Catilina ? Ne trouverait-on pas d'un autre côté, le moyen de faire déclarer calomniateur celui qui aurait eu le courage de parler des préparatifs de la Saint-Barthelemy ? « Dans ce moment, disait M. Robespierre, ce que je dis ne paraît-il pas un paradoxe perpétuel à certaines gens, et à d'autres des vérités? » (6).
(1) La discussion entamée la veille à l'Assemblée nationale, sur !;• droit de pétition posait implicitement la question de la liberté ! expression dans son ensemble et, par suite, de la liberté de la presse.
(2) Choderlos de Laclos, officier d'artillerie et littérateur connu surtout comme l'auteur des « Liaisons dangereuses » était un agent du duc d'Orléans. Il rédigeait le Journal des Amis de la Constitution. Maréchal de camp en 1792, inspecteur général de l'artillerie en l'an XI à Naples, il mourut en 1803.
(3) Duport a, plus particulièrement, insisté sur le devoir du Journaliste « de dénoncer les fautes et les erreurs des hommes publics ».
(!) Cf. ci-après séances des 22 et 23 août 1791. En toute occasion Robespierre a défendu le principe de la liberté de la presse et les journalistes attaques pour leurs écrits.
■(5) C'est, également l'idée de Marat (cf. Les chaînes de l'esclavage, in-8°, 364 p., Paris, B.N. (Lb41 /294.
(6) Texte reproduit dans Aulard, U, 393.
Le Lendemain, t. III, n° 132, p. 391.
« MM. Roberspierre, Laclos, Lépidos (7), Dubois de Crancé, parlent sur la liberté de la presse; ces messieurs ont tout perdu si on parvient à distinguer la liberté de la licence » (8).