SEANCE DU 24 JUILLET
Sur la scission des Feuillants (1)
La Société discute sur la scission opérée par les Feuillants et sur les moyens d'y mettre fin (2). Le président donne lecture d'une déclaration des dissidents, de laquelle il ressort que la Société séante aux Feuillants .se considère comme la vraie et légitime Société des Amis de la Constitution. Bourdon lit un projet d'adresse aux Feuillants. Robespierre intervient alors et propose de déclarer que la Société a été et sera toujours celle des Amis de la Constitution. Sa motio.n est adoptée à l'unanimité {3). I
Il est alors donné lecture de la réponse faite par les Feuillants à des propositions des Jacobins. (Robespierre demande et obtient ia lecture des conditions proposées par les Feuillants. Elles sont jugées inacceptables, car elles excluent les citoyens passifs (4) ; Robespierre propose d'envoyer aux Feuillants et à toutes les sociétés affiiées, une adresse pour rendre compte des faits et des motifs de la scission (5).
Journal des Débats de la Société des Amis de la Constitution, n° 31. Mercure universel, t. V, p. 472.
« M. Robespierre. Si depuis la guerre déclarée à la société, quelques membres de l'assemblée nationale et moi nous sommes déterminés
(1) Cf. ci-dessus, séance du 18 juillet 1791.
(2) Le 20 juillet 1791, on avait étudié les moyens de conciliation propres à mettre fin à cette scission.
(3) Cf. E. Hamel, I, 524.
(A) A cause de cela, les Révolutions de Paris (m0 107, p. 130) baptisent les Feuillants d' « Amis de la contre-révolution ».
(5) Les Feuillants avaient envoyé une lettre circulaire aux 83 départements, et ils avaient invité les sociétés patriotiques à correspondre avec eux. Mais un très faible nombre répondit à leur appel (4 ou 5 seulement, d'après E. Hamel, I, 526). Tallien, président de la Société fraternelle, vient le 25 juillet, à la tribune des Jacobins, protester de son attachement <à la société mère (Aulard, III, 52). Le Cercle social fait parvenir aux Jacobins une semblable profession <U>. foi (cf. La Bouche de Fer. n° 101). D'autre part, la Société des Amis de la Constitution de Versailles exclura Charles Lameth de son sein. Elle en donne les raisons dans une lettre qu'elle adresse •iiix Jacobins de Paris le 15 septembre (cf. Journal des débats de la Société des Amis de la Constitution, n° 62, p. 4, séance du 18 septembre 1791): « Nous l'avons fait encore parce que ses contestations continuelles avec les plus zélés défenseurs de la patrie, avec les
à rester dans son sein, nous ne l'avons fait que parce que nous avons pensé que le moment où les patriotes étaient attaqués était celui où nous devions nous serrer de plus près : ceux qu'il faut consulter dans cède question sont ceux qui se disent hautement patriotes et qui ne craignent pas de s'exposer à l'ignominie. Il faut examiner quel est le véritable intérêt public : ceux qui vous proposent de vous dissoudre pour vous refondre avec les Feuillans, ne connaissent point cet intérêt public. Par cette démarche, vous consacreriez formellement tous les reproches qui ont servi de prétexte à la scission... M. Robespierre a conclu à ce qu'il fût décidé avant tout que la société avait été et serait toujours celle des Amis de la Constitution.
« Tous les membres se lèvent et crient aux voix. M. Coroller observe que la réponse des Feuillans est sur le bureau : M. Robespierre insiste sur sa motion qui est adoptée à l'unanimité. On a fait lecture de la réponse des Feuillans, dont voici les termes :
« Monsieur, la société des amis de la constitution, délibérant sur les propositions qui lui ont été faites de la part de celle que vous présidez, a décidé qu'elle ne pouvait pas les admettre : elle a cru cependant devoir prendre des moyens faciles et sûrs, pour recevoir dans son sein ceux d'entre vous qui pourraient désirer de s'y réunir. La société, monsieur, vous fait passer un extrait des articles qu'elle a arrêtés dans cette intention à sa dernière séance, afin que vous en donniez connaissance à la société que vous présidez. Goupil-Préfeln, président. »
« On demande l'ordre du jour sur la lecture du règlement des Feuillans : M. Robespierre demande et obtient la lecture de ces conditions qui paraissent inconvenantes.
« M. Robespierre propose d'envoyer une adresse aux Feuil'ans et à toutes les sociétés affiliées, pour rendre compte des faits et des motifs de la scission » (6).
Journal des Clubs, t. III, n° 38, p. 637.
« M. Robespierre fait observer que par cette démarche on consacreroit formellement tous les reproches qui ont servi de prétexte à la scission, et appuyant sur la nécessité où sont les patriotes de se serrer plus que jamais dans un instant où ils sont attaqués de toutes parts, il conclut à ce qu'il soit décidé, avant tout, que la société a été et sera toujours celle des amis de la constitution. Sa proposition est un signal pour tous les membres qui jurent de rester à jamais unis, et elle est arrêtée. »
Robespierre et Péthion, nous ooit mis de nouveau dans le cas de le juger par comparaison ». (Aulard, III, 139, résume brièvement cette lettre).
(6) .Cette adresse fut rédigée par Robespierre. Il en donna lecture dans la séance du 1er août. Aulard l'a reproduite (III, 72-79).
les discours de robespierre 601
Société des Amis de la Constitution