SEANCE DU 30 SEPTEMBRE 1791 {suite
SÉPARATION DE L' ASSEMBLÉE NATIONALE ET HOMMAGE DU PEUPLE A ROBESPIERRE
L'Assemblée constituante tint sa dernière séance le 3U septembre. L'Assembla législative devait se réunir le lendemaiû 1er oeto-
bre 1791. .-.'.,, -i
Au début de l'après-midi, le roi vint rendre hommage au travail
des députés m rouis de la session; le président Thouret lui repon-
dit. A la sortie de la séance, Robespierre fut avec Pétion, l'objet d'une manifestation d'enthousiasme de la part du peuple (1).
Le Thermomètre du Jour, n° 54, p. 6.
Annales patriotiques et littéraires, 4 octobre 1791, p. 2027.
« C'étoit à la fin de la législature que l'opinion publique devoit faire justice des députés rentrés dans la classe des citoyens, et rendre à chacun selon ses œuvres (2). Aussi une foule innombrable de citoyens a couvert d'applaudissemens, le 30 septembre, aux iuiieries, les Prieur, les Grégoire, les Roederer, les Buzot, les Coroller, enfin tous ceux dont le patriotisme ne s'est point démenti (3). MM. Pétion et Robespierre sortoient des derniers en se tenant sous les bras. Des citoyens (^) ayant à la main des couronnes de chêne liées avec des rubans tricolores, les ont embrassés en leur disant : Recevez le prix de votre civisme et de votre incorruptibilité (5) ; nous donnons, en vous couronnant, le signal à la postérité; et les applaudissemens, les bravo, les
(1) Of. Ji. Hamel, I, 559; et le Point du Jour, t. XXVI, pp. 568 à 560.
Le 5 octobre 1791, Manuel dir.a à la tribune des Jacobins à propos de Robespierre : « Toujours assis à-côté ae Pétion; c'étaient les jumeaux de Ja liberté ». (Cité par G. "Walter, p. 662, note 79).
t,2) A propos de Barnave, Go r sa s écrit dans son Courrier (n° 31, p 491) : « Messieurs Péthion et Robespierre ont reçu une couronne civique à la sortie de séance, pendant qu'on affichait dans tous les carrefours La figure du traître et méprisable barnave, avec deux faces. Hier ià minuit a cessé l'inviolabilité. Quelques plaisans ont attendu cette heure pour en étriller quelques-uns »>.
(3) D'après G. Walter (p. 126), « c'est à la Société fraternelle des deux sexes, présidée par Tallien que revient peut-être l'initiative de la manifestation patriotique qui eût lieu le 30 septembre ». 11 ajoute que Madame Robert y aurait également joué un rôle important, et se fonde sur un passage du Babillard (27 octobre 1791). On retrouve dans le Journal de la Cour et de la Ville (n° 29, p. 227), la mention de ce fait à propos de la séance des Jacobins du dimanche 25 septembre: « M. Varnet... propose une fête civique qui sera décernée par La patrie reconnoissante à MM. Robespierre, Péthion, etc... et qui sera bien plus belle, bien plus touchante, bien plus fraternelle, enfin, que toutes ces fêtes à la royale qui rappellent l'ancienne idolâtrie des Badauds (applaudi, applaudi, applaudi) ». (Mention dans AuLard, III, 149).
(4) D'après La Vedette ou Précis de toutes les nouvelles du jour (2 octobre 1791, p. 5), ce sont: « Les écoliers du collège de Louis Le Grand, où a étudié M. Robespierre, qui Lui décernent une couronne ».
(5) On trouve le qualificatif d'Incorruptible accolé aai nom de Robespierre à partir de mai 1791. E. Hamel cite un passage des Mémoires sur la police, attribué à tort à Peuchet (I, 338) où l'on relate qu'un agent .aurait vainement essayé de corrompre Robespierre; mais Hamel ajoute qu'il n'a pu retrouver les originaux de ces pièces.
cris de vivent Pétion et Robespierre! Vivent les tpuiês sans tache! (6) mêlés aux accords d'une musique militaire placé sur la terrasse des feuiilans, ont rempli ious les coeurs de la plus douce ivresse. En vain, les deux législateurs vouloient se dérober à ces témoignages de la reconnoissance publique : comme ils fuyoient, au moins, leur a dit une jeune dame qu'ils ont rencontrée dans l'escalier qui conduit au garde-meuble, permettez que mon enfant vous embrasse; ce qu'i.s n'ont pu rehiser. Pour échapper au concert d'appîaudisseir.ens qui les poursuivoit, les deux députés, réfugiés dans une maison de la rue .Saint- Honoré, ont monté en fiacre. Aussi-tôt, dans le délire de l'enthousiasme, on a dételé les chevaux, et mille bias se sont empressés de traîner la voiture; idolâtrie avilissante, dont ceux qui en étoient l'objet ont été affligés et indignés. Dans ce moment l'honorable Robespierre, saisi d'une sainte indignation, est descendu précipitamment de la voiture. « Citoyens, a-t-il dit, que faites-vous ? Quelle posture humiliante allez-vous prendre ? Est-ce là le prix de mes travaux pour vous pendant deux ans ? Ne vous souvenez-vous déjà plus que vous êtes un peuple libre? » (7)... et il est remonté avec vivacité aans la voiture où étoit son digne collègue. L'attitude et l'admiration des citoyens dans ce moment ne peut se décrire : sublime spectacle ! Tu fais couler des larmes délicieuses. Un a laissé partir la voiture au bruit des fanfares, des applaudissemens, des cris et des bénédictions les plus énergiques. Puissent ceux qui auroient pu mériter un pareil triomphe sécher de dépit, en comparant cet excès de reconnoissance au silence du mépris, ou aux malédictions de la haine
(6) Montlosier, dans ses Mémoires, insiste sur ce fait: « Au moment où nous avancions, Robespierre et Pétion sont l'objet de mêmes transports. On les porte en triomphe. De tous côtés, on entend proclamer l'incorruptible Robespierre, le vertueux Pétion •> (cité par G. Walter, p. 124). On associe à leurs noms celui du Roi dont la présence à cette dernière séance de l'Assemblée a paru comme un heureux présage (cf. Journal général du Pas-de-Calais).
(7-) Les contre-révolutionnaires craignaient depuis le 14 Juillet la popularité grandissante de Robespierre, et devaient oiser de tous les moyens pour empêcher aine manifestation organisée en son honneur. Cette lettre de Périsse du Luc à WuiHermoz, du 30 octobre 1791 (Bibl. Lyon ms. 5430, n° 44), est très nette à cet égard: « Les Jacobins de Paris enragent de ce qu'ils n'ont qu'une petite minorité dans l'assemblée nationale, et que cette minorité même y est méprisée, par ses efforts incendiaires, vagues et sans talents. Gare, gare, nos législateurs ne tarderont pas à être persécutés, proscrits, calomniés comme les bons citoyens de l'Assemblée Constituante l'ont été depuis le commencement de Juillet et après ; mais le ridicule des éloges, des apothéoses, des couronnes décernées au ridicule trio de Robespierre, Péthion, Grégoire, hommes médiocres, qui n'ont pas fait une panse d'à dans la Constitution, de qui il n'existe pas un seul décret, une iseule loi sur aucune matière, les cooivre de honte dans la Capitale, et ce n'est qu'en province que les Empyrique* purent faire croire, comme ici à la lie du Peuple, que rs h.i> prétendus grands hommes sont les héros de la Patrie ».
qui les ont accompagnés. Puisse surtout cet exemple touchant nous produire des Pétion et des Robespierre dans la nouvelle législation ' »
Révolutions de France et de Brabant, t. VIII, n° 98, p. 18-22.
« Mais j'éprouvai un autre genre de jouissance, qui dilata mon cœur, me fit aimer d'avantage ce bon peuple, ce peuple sensible et reconnoissant qu'on a tant calomnié, quand je vis couvrir d'applaudissemens et bénédictions, les Prieur, les Buzot, les Grégoire, les Rœderer, et tous ceux qui n'ont jamais abandonné la bonne cause. Mais lorsque s'avancèrent les deux Catons de la législature, Péthion et Robespierre, ô vertu! que ta récompense me parût mille fois préférable, à celle que promet la carrière ténébreuse et empoisonnée de l'intrigue ! Au bruit des applaudissemens unanimes, des cris d'allégresse d'un peuple transporté, unis aux accords d'une musique militaire placée sur la terrasse des Feuillans, on les couronne de chêne civique. — Recevez, leur dit-on, recevez le prix de votre civisme et de votre incorruptibilité ; en vous couronnant, nous donnons le signal à la postérité — On leur remit aussi ce quatrain :
« Que d'autres éblouis d'un éclat imposteur,
« Courent se prosterner autour du diadème;
« Nous couronnons en vous, le vrai législateur;
« De vos mâles vertus, ces festons sont l'emblème. » « Tout mauvais qu'il est, ce quatrain étoit excellent, c'est le cœur qui l'avoit composé (8).
« La vertu véritable est modeste, elle se refuse aux honneurs qu'elle mérite; Péthion et Robespierre veulent se dérober au tribut si légitime de ceux qu'on leur rend; de jeunes femmes les arrêtent. . Sexe charmant que vous êtes digne de notre amour, lorsque vos mains couronnent la vertu ! L'une d'elles, suivant un de ces mouvemens spontanés de l'âme que les femmes éprouvent d'une manière plus exquise que nous, leur présente sa petite fille, de la figure la plus intéressante : Au moins,
(8) Cf. également Les Lettres bougrement patriotiques du Père Duchesne (Lemaire) n° 187 (cité par G. Walter, p. 66(2, note 80). Au début de septembre 1791, les Jacobins décidèrent d'offrir à Robespierre un buste couronné de feuilles de chêne et de laurier (Cf. Le Babillard, 4 octobre 1791, cité par G. Walter, p. 126). On trouve en effet un curieux prospectus annonçant la mise en souscription des bustes de Mirabeau de Robespierre et de Pétion, au prix de 72 liv. pour Paris, et 84 pour la province, exécutés par le statuaire Peseine, sourd-muet de naissance, domicilié rue de Provence aux Ecuries de M. d'Orléans <B.N. Lb10 640, cité par Tourneux, II, n° 9-208, p. 393). Le Club des Halles proposa même d'offrir le buste de Robespierre à la prochaine législature. La Feuille du Jour fn° 268, p. 693) ajoute qu'on pourra ainsi « se venger de l'Assemblée, qui l'en a constamment écarté ». Enfin, le même club désigne une députation chargée de porter au domicile de Robespierre l'hommage de ses membres.
dit-elle, vous permettrez que mon enfant vous embrasse. Des larmes roulent dans les yeux des deux pères de la patrie, ils prennent l'enfant dans leurs bras, et les applaudissemens, les bravo, les cris de vivent les braves législateurs, les députés sans tache, redoublent et les reconduisent.
« Pour échapper au peuple, qui accouroit de toute part avec, la musique, les deux héros de la fête s'empressent de monter en fiacre. (Des Chapelier, des Barnave, des Lameth ont des carasses magnifiques; malheur à celui qui ne préféreroit pas l'humble fiacre de Péthion et de Robespierre). Aussi- tôt les chevaux sont dételés, et des citoyens veulent traîner la voiture. A cette vue les députés s'élancent et tentent de se sauver. De bons citoyens parviennent à les retenir, et à faire entendre au peuple que cette idolâtrie d'esclave est avilissante pour des hommes libres, et qu'elle donneroit des armes à la calomnie. On les laisse donc partir au bruit des fanfares, des applaudissemens et des acclamations; récompense bien légitime de trois années de travaux pénibles, de soins, de courage, d'incorruptibilité et de persécutions.
« Que le ministère d'un écrivain est plein de charmes, lorsqu'il 'etrace de pareilles scènes ! Que son âme jouit délicieusement ' Heureux celui qui écrit, quand des noms purs et chéris viennent se placer sous sa plume, escortés de témoignages d'estime, d'amour et de recor.noissance (9).
(9) La popularité de Robespierre dépasse 3e cadre de la capitale. Gorsas souligne (n° 29, p 457) que « l'énergie est- à son comble dans Ifts déparfcèmens. On va jusqu'à baptiser les enfants sous les noms des B'uzot, des Péthion, des Roberspierre; c'est un fait, je puis l'attester, car j'en ai baptisé un moi-même auquel les parents donnèrent ce dernier nom ». Les sociétés jacobines envoient de même aux députés patriotes, de multiples adresses, telles celles reproduites ci-après :
1° (Mercure Universel, 17 octobre, p. 243):
« Strasbourg, 9 octobre. — La société des amis de la constitution, dans sa dernière séance, a arrêté, à l'iunanimité, qu'il seroit envoyé deux couronnes de chêne à Robespierre et Péthion. Voici la lettre d'envoi :
« Frères et Amis,
« Nous les avons vu croître ces branches de chêne, qui doivent ceindre votre front. Soiis les yeux des amis et des ennemis de la France, elles ont ombragé jusqu'ici la rive libre du Bas-Rhin, et les défenseurs de l'immortelle constitution que nous devons à votre patriotisme. Recevez donc cette couronne civique, que des cœurs purs et sensibles, des bras invincibles armés pour le soutien de votre ouvrage, vous offrent avec enthousiasme. Qu'elle vous soit le gage de notre éternelle reconnoissance, et de l'obligation que nous renouvelions à la face de l'univers de mourir s'il le faut pour le salut de la patrie, tout comme vous avez vécu pour elle.
« Nous sommes avec cordialité, vos frères et amis: suivent qava- I )■(■ cens signatures. »
2° (Annales patriotiques et littéraires, 6 novembre 1791, p. 2173):
« («Extrait des registres des délibérations de la société des amis de la constitution de Tulle, séance du 26 octobre): « La société vote
« Une société de dames patriotes Revoit alleT porter des couronnes c Péthion. à Robespierre, accompagnée d'vn cortège nombreux de gardes et de musique; elles étoient déjà en assez? grand nombre; tout étoit préparé pour cette fête civiaue, quand différens émissaires sont venus les intimider, les menacei même de désagrémens si elles ne renonçoient
dos remercienienr publies tsrrx sacres lé^sl^eurs oui ont demeuré fermes et inébranlables» dans les vrais principes, tels que les Robespierre, les Pétion les Grégoire, les Roederer. les Prieur, les Bu^ot le;= Camus etc. ; enf> déclare oue leurs noms précieux seront à jamais gravés sur ses rentres et da.ns le cœur de tons ses membres: la postérité saura «"'ils ont panv<s la. -no+^ip que ]a liberté est leur ouvr3?° p* lpnr mémoire sera immortelle. »
3° (Révolution* dp Fnn^p p* d° Ttrabant, n° 100. p. 3-5): « A Pr,lïosïr>iprrp et à P<£+hion « T,„q o0f»;/<-^ nonùlairp des Amis de Ta Ponatinution. instituée
dans Ips tre^te-iine. section? df> la ville dp 'Lvon, répn;es en
flnrm'f^ oentr^l. le 18 octobre 'l^fil. l'an troisième de la Liberté.
(( Vpvfnpn-v- ^ifnvpng. permettez à une société oomnosée d'homme-s peu favorisés de la, fortune, mais a.imant la v^ité et les vertus. f\f vous donner les +émnia;naa-ps de reoonnnït?p.anee que vous ave/ mérités en parcourant l'honorable et périlleuse carrière dont vous venez de sortir.
« Déîà. •■législateurs sublimes ! vous avez reçu àp la r>ar+ d'un peuple, toujours mste ouand il a<rir dp snn propre mouvorpent, la récompense et les honneurs oui sont dus à la vertu Persécuté?!, à l'homme oui a hipn servi sa patrie: mais tous les' citoyens . dont vous avez défendu la plaise et irarpnti Ips droits, n'ont noint participé à -"et acte de instice. Par l'effet d'un trop arrand éloisrnement, nous n'avons pu .assister à la fête civique oui vous fut donnée au moment où vous êtes rentrés dans la classe commune des citovèn-s ; il est donc b;en naturel aue nous cherchions aujourd'hui à mettre un nouveau f'p'^on à la couronne dont vos têtes furent ornées par nos frères de Paris.
Nous no eor»"r>r>iseons o^int l'art do faire des phrases élop-itioues, qu'on enseio'noit iadi? anv "Franeoip esolaves. mais nnns savons ponnoîtrp et sentir le prix de la. vertu : pouf saurons conserver à i a/mai S la mémoire des citovens tels oue vous, des citovens oui ont bravé tous les da.ne-ers résisté à tonte? Ips fâchons n'érvrisé l'or et Ips caresses des dominateurs d« la tprre Pour sortir les pennies de l'oppression et dp la servitude. Si vos e-pop>eux efforts n'ont pas eu tout le succès qu'on 'a voit droit d'attendre, nous en connoissons la cause, nous savons qu'il est peu d'hommps capables de s'^ever au-dessus dps antiones oréiiieés. et assez fermes pour enpourîr de sang-froid la haine des tyrans : nous savons que les amis dn peuple, les professeurs des bons principes sont infiniment rares: nous savons que vous avez eu pour coopérat-eur?. des lâches, des fourbes qui, pour complaire à une faction puissante, ont outr&sr-é la nature et trahi la cause du peuple ; nous savons que la majeure partie dès habitans de cette terre, si long-temps malheureuse, sont encore assez stupides pour fléchir le genou devant les hommes riches et puissans qui les dévorent: nous savons enfin que votre constance, votre inflexibilité, votre énergie vous ont procuré tous les genres de persécutions, et que la calomnie a aiguisé ses traits pour vous perdre, pour vous ôter toute espèce de confiance. »
à leur projet; ils ont tant fait que la fête n'a pas eu lieu (10). Une de ces aimables patriotes devoit prononcer un discours à chacun de ces deux législateurs; je rapporte celui qui étoit destiné pour Robespierre, je rapporterai l'autre si je puis me le procurer :
«^ Robespierre. — Des citoyennes libres et reconnoissantes, viennent t'offrir un hommage que la France entière te doit.
« Eloignées par leur sexe et leurs occupations paisibles, du théâtre où l'intrigue prépare des lauriers au vice, et aiguise les poignards de la calomnie pour les tourner contre la vertu, nous ne jugeons ceux qui ont été honorés de la confiance de la patrie, que par le bien qu'ils ont fait, ou qu'ils ont voulu faire.
« Au milieu de la corruption, tu n'as cessé d'être l'inébranlable soutien de la vérité; toujours ferme, toujours incorruptible., toujours d'accord avec ta conscience, tu as combattu pour qu'aucun alliage impur ne se mêlât à une constitution, que la philosophie devoit dicter pour le bonheur du genre-humain.
« Le peuple à qui tu as dévoué ta vie, pour qui tu as fait avec joie le sacrifice de ton repos, et des avantages que promet la fortune; le peuple dont ton unique ambition est d'être le bienfaiteur et l'ami; le peuple dont la cause t'a mérité tant d'atroces calomnies, tant de cruelles, mais honorables persécutions,
« Le peuple, dis-je, ne prononce ton nom qu'avec estime; tu es son ange tutélaire, son espoir, sa consolation. O Robespierre, son amour, sa vénération, te vengeront toujours des noirs et vilains complets de tes lâches détracteurs.
« Législateur courageux ! reçois donc la couronne que tes travaux et tes vertus ont méritée. Nous ne faisons que devancer la France et le monde. Plus éclairées les nations s'empresseront un jour d'offrir le tribut de leur reconnaissance à l'apôtre le plus fidelle le plus énergique de la liberté de l'humanité.
« Dans ces momens de langueur, si le triomphe momentané des ennemis de la patrie, si le règne passager des intrigano empêche la grande famille des Français de s'unir à nous, Robespierre ! la gloire n'en acquiert que plus de lustre; tu as des autels dans tous les cœurs de tous les bons citoyens. »
Journal de Rouen, 1791, n° 275, p. 1326.
« Les sociétés patriotiques de la capitale viennent de faire une démarche remarquable : elles avoient arrêté de porter une couronne civique à MM. Péthion et Robertspierre, comme incorruptibles défenseurs des droits du peuple : elles l'ont exécuté.
a Dans l'impatience où elles étaient de s'acquitter de ce glorieux
<10) C. Desmoulins sépare nettement la manifestation populaire spontanée de celle qu'organisa la Société patriotique des deux sexes.
devoir, M. Robertspierre a été saisi au sortir de la salle, lorsqu'il entroit, sur les quatre heures, aux Tuileries • on l'a porté en triomphe, et on lui a posé la couronne sur la t?te.
« Ce n'est pas la première fois que la reconnoissance publique s'est manifestée dune manière aussi signifiante; il va 8 à 10 jours qu'au salon du Louvre on mit, au bas de son portrait, ces mots trèsexpressifs : Législateur incorruptible » (11).
Gazette universelle, n° 275, p. 1098.
Journal général du Pas-de-Calais, n" 29, p. 291-292 (12).
« L'enthousiasme causé par la conduite affectueuse du roi, a donné lieu à une scène assez bizarre et propre à peindre le caratère françois et les circonstances actuelles. Dans la société fraternelle, il avoit été proposé de couronner MM. Péthion et Robespierre à la sortie de la dernière séance. Elle étoit à peine finie, qu'on 'fut chercher dans la salle les deux héros de la constitution; c'est ainsi qu'on les appelloit, quoiqu'il soit bien difficile de citer un seul article constitutionnel qui soit éclos de leur tête, et qu'on sache au contraire qu'ils ont constamment attaqué presque tous les systèmes. On sait que MM. Péthion, Robespierre se sont sur-tout déclarés contre la partie monarchique, et qu'il n'a pas tenu à eux que nous n'ayons eu un gouvernement purement républicain : aussi étoit-ce une chose fort plaisante de voir, en voulant
(11) 'L'exposition d'un portrait de Robespierre au Salon de peinture donna lieu également à des manifestations de sympathie à *on égard. La Fouille du Jour (n1 297, p. 925) souligne que: « tous le? jours il faut allonger le papier qui se laisse charger de vers niais en l'honneur de l'Incorruptible. Cette guirlande n'est pas prête de finir, si ton'; jacobin se propose d'y mettre son pavot. O . lit au bas du second portrait de ce législateur: « A tous "tes cœurs bien né.?, que Robespierre est cher! Parodie mélodieuse du célèbre vers de Tancrède ». D'après Buffenoir (Les portraits de Robespierre, in-8°, 222 p., Leroux, Paris, 1910), le salon de 1791 se serait en effet orné de deux pastels représentant Robespierre, l'un dû à une élève de La Tour: Mme Guyard, l'autre de Boze. Par la suite, Gérard et David firent son portrait en pied. Le croquis au crayon rehaussé de pastel, attribué à Gérard et qui lui servit à composer ce portrait, est actuellement la propriété de Mme veuve Gautier, à Paris. L'un de nos amis, M. Jean Durand, en a exécuté une très fidèle copie dont il vient de faire don à la iSoeiété des Etudes Robesoierristes. Qu'il trouve ici l'expression de notre vive gratitude.
(12) Les journaux royalistes tournent en dérision ces marques de popularité. Le Journal général du Pas-de-Calais (n° 29. p. 292) écrit à propos du Chib des Halles: « Au milieu des applaudissemens unanimes, le Cicéron de la Société propose par accommodement de susnendre 1^ buste [dp Robespierre] à la corde d'un kistre, afin que la lumière frappe de tous côtés, l'image de celui qui la répand partout. Cette euspenrdon est décrétée ».
couronner ces fiers ennemis de la royauté, les groupes céder au délire général, et crier à tue-tête : vive le roi (13).
« On devine aisément quels sont les auteurs de cette farce ridicule; MM. Pétion et Robespierre auroient dû sentir que l'exaltation de ceux qui les couronnoient déshonoroit la nation. François, évitons les excès de tous les systèmes; soyez sages. L'adulation fit les tyrans; redoutez d'applaudir à tout ce qui ressemble à une faction; vous seriez cent fois plus à plaindre que sous le fer du plus dur despotisme. »
[Mention de cette scène dans Les Révolutions de Paris, n° 116, p. 516; La Chronique de Paris, n° 275; Le Législateur français, n° 1 ; Le Journal général, n° 244, p. 999 et n° 246, p. 1006; Le Mercure universel, l*r octobre 1791, p. 496; La Vedette ou Précis de toutes les nouvelles du jour, 2 octobre 1791, p. 5; L'Auditeur national, 2 octobre 1791, p. 5; Le Courrier extraordinaire-.., 2 octobre 1791, p. 8; Le Mercure de France, 8 octobre 1791, p. 125; L'Ami des Citoyens, n° 1, p. 4 (5 octobre 1791); L'Ami du Peuple (Marat), t. IX, n° 565, p. 8; Le Réviseur universel et impartial, nos 118 et 122; La Chronique scandaleuse, n° 22, p. 4; Le Babillard, 27 octobre 1791.]
(13) Cet article donna lieu à la protestation suivante (Courrier de Corsas, n° 2, 3 octobre 1791, p. 30) : « Vous avez rendu compté, M., de l'hommage que des citoyens reconnoissans ont rendu à MM. Jioberspierre et Péthion ; je suis l'un de ceux qui y ont coopéré. Je ne nuis pas de la société fraternelle, ni d'aucun club; vingt honnêtes gens, qui partageoient mon enthousiasme et celui de mille bons citoyens, n'étoient pas non plus de cette société. Comment d">nc est-il possible que la Gazette universelle ait emprunté, pour nous ridiculiser, un langage que ne désavoueroit pas l'Ami du Roi. [Suit le passage cité ci-dessus]. Veuillez, M., insérer ma réclamation ; jo suis lâché qu'elle soit dirigée contre une feuille que j'ai cru plus impartiale et moins ouvertement ministérielle. Je suis... (Si^né, au nom de MM., etc. (27 noms). Plein ville, soldat-citoyen du département du Jura, député à la fédération du 14 Juillet 1790, actuellement à Paris. »).