A UNE BEAUTÉ TIMIDE
Air : Avec les jeux.
Quoi vous poussez la modestie Jusques à la timidité !
Vous avez tort, jeune Sylvie (2) Vous avez tort en vérité,
(1) Cette poésie a été publiée par M. Lucien Peisc, Quelques vers de Maximilien Bobespierre, p. 21.
(2) Dans le manuscrit, l'auteur avait écrit d'abord : belle.
Grâces et figure jolie Esprit, cœur noble et généreux Ne donnent-ils pas, je vous prie Le droit de lever deux beaux yeux?
L'humble et charmante violette.
L'aimable fille du prinlems, Sous le gazon, cache sa lé te Aux yeux des zéphirs caressons.
Mais souvent pour chercher sous l'herbe Ses attraits doux et séduisans, Zéphirs, de la rose superbe, Quittent les charmes éclatans.
De la violette touchante Vous avez toute la douceur.
De la Rose noble et brillante Vous offrez le charme vainqueur.
Vous pourriez être la rivale De l'aimable reine des fleurs ; Vous aimez mieux être l'égale De la plus humble de ses sœurs.
POÉSIES ROSATIQUES
LA ROSE (1) Remerciements a MM, de la Société des Rosati.
Air : Bésisie-moi, belle Aspasie .'.....
Je vois l'épine avec la rose (2),
Dans les bouquets que vous m'offrez {bis);
(I) Cette pièce est attribuée par J. A. Paris et par Victor Barbier {Les Rosati p. 68) à Beffroy de Reigny; Artiiur Dinaux et Jean-Bernard estiment qu'elle est bien l'œuvre de Maximilien Robespierre; le manuscrit de cette chanson fut retrouvé dans les papiers de ce dernier, puis confié par Charlotte Robespierre à Laponneraye, pour la publication des œuvres complètes de son frère : Paris, chez Laponneraye, Œuvres précédées de considéralions générales, par Armand Carrel, 1840, tome II, p. 480.
Arthur Dinaux donne cette pièce (/.a société des Bosali d'Arras, p. 25), comme étant due à la plume de iMaxiinilien Robespierre. M. J. A. Paris combat, en ces termes, cette opinion, à la page 178 de son ouvrage sur la Jeunesse de Robespierre : « On ne connaît que trop les discours de Robespierre, dit M. Arthur Dinaux, on ne sait presque rien de ses chansons. Nous avons retrouvé deux de ces innocentes œuvres chantées devant la société des Rosati; la première, pour ainsi dire improvisée lors de sa réception, est un remerciement à ses confrères : elle a été publiée dans Les Mémoires de Charlotte Robespierre qui en avait conservé une copie de la main de son frère; la seconde a été recueillie dans des feuilles volantes. » M. Dinaux cite ces deux pièces de vers. De la première, qu'il intitule la Coupe vide, il ne reproduit que trois strophes sur douze, l.a seconde
Je vois i'(^|)ine avec la rose
Dans le bouquet que vous m'offrez, etc. n'est pas de Robespierre; sa sœur Charlotte s'est trompée en la lui attribuant. Elle a pour auteur .M. Beffroy de Reigny. Nous lisons dans le procès-verbal inédit de la réception de l'auteur des Lunes du cousin Jacques : « J'avais invité M. de Reigny à diner avec quelques membres de l'Académie, dit M. de Fosseux.Nous avions aussi la noce de M. Taranget. Vers le dessert, une carrossée de Rosati arrivèrent : Charamond, Lenglet, Carré, Champmorin, Bergaigne et Carnot. — Dans une séance improvisée, on proclama Rosati M. Beffroy de
POÉSIES ROSATiOUES 231
Et, (1) lorsque vous me célébrez, Vos vers découragent ma prose.
Tout ce qu'on m'a dit de charmaul, Messieurs, adroit de me confondre :
La Rose est votre compliment, V Épine est la loi d'y répondre {bis),
Dans cette fêle si jolie (2), Règne l'accord le plus parfait [bis] (3), On ne fait pas mieux un couplet, On n'a pas de fleur mieux choisie.
Moi seul (4), j'accuse mes deslins De ne m'y voir pas à ma place ; Car la Rose est (3) dans nos jardins (6) Ce que nos vers sont au Parnasse (7).
A vos bontés, lorsque j'y pense, Ma foi je n'y vois pas d'excès [bis] ; Et le tableau de vos succès Affaiblit ma reconnaissance (8), Pour de semblables jardiniers,
Reigny. M"» de Kosseux lui présenta la Rose, MH" de Vacquerie le vin, .M"» de Noyellc le baiser. M. de Reigny nous fit le remerciement suivant : Je vois l'i^pine avec la rose Dans le bouquet <|ue vous m'olTrez. »
La lecture de cette poésie permet do juger que ce n'est pas une simple improBisalion liàtive.
Disons enfin que cette pièce a été publiée, parmi les pièces justificatives, à la suite des Mémoires de Charlolte Itohesjnerre, p. 136, dans Robespierre et les femmes, de M. 11. Klcictismann, p. iiO et suiv., et dans Quelques vers de Robespierre,de M. Jean-Bernard, p. 35.
Note (2) de la page précédente. Ed. Jean-Bernard, pas de virgule.
(t) Ed. Jean Bernard, pas de virgule
(2) Pas de virgule.
(3) Point et virgule.
(4) Ed. Dinaux, pas de virgule.
(3) Ed. Barbier, virgule.
(6) Virgule.
(7) Ed. Jean-Bernard : 6w.
(8) Ed . Jean-Bernard et Barbier, point.
232 ŒUVRES COMPLÈTi:S DE MAXl.MILIEN ROBESPIERHE
Le sacrifice est peu de chose ; Quand on est si riche en lauriers, On peut bien donner une Rose ihis).
COUPLETS CHANTÉS En donnant le baiser a M. Foacier de Ruzé (1).
On vous a présenté la rose ; L'offrande était digne de vous (2) ; De cette fleur, pour nous éclose, La beauté plaitaux yeux de tous.
De grand cœur vous prîtes ce verre Rempli de Champagne joyeux; Nul honnête homme sur la ter;'e Ne méprise ce don des cieux.
Avec la même confiance (3) Puis-je vous offrir mon présent?
C'est le sceau de notre alliance, C'est un baiser qui vous attend.
(1) Cette chanson a été dite par Maximilien Robespierre dans une fête des Rosati, le 22 juin 1787; la société recevait, ce jour-là, M. de Foacier de Ruzé, avocat au Conseil d'Artois et l'un des plus éminents magistrats de la province; à peine introduit sous le berceau, le récipiendaire fut reçu par Carnot dont le discours commence en ces termes:» I^a société des Rosati n'est point composée de graves moralistes, etc.. »; puis Le Gay lut le joyeux diplôme, lequel était surmonté d'une couronne de roses vermeilles peintes par Bergaigne; Charamond et Leducq offrirent la rose et le vin.
« Ce fait accompli, continue le procès-verbal, on procéda à. la cérémonie du baiser et l'on entendit une voix qui chanta, en détonnant, les couplets suivants, dans lesquels il n'y avait de faux que les faux tons du chanteur, M. de Robespierre ».
Cette poésie a été reproduite par M. A. J. Paris, dans la Jeunesse de Robespierre, p. 180, par M. Victor Barbier, dans Les Rosati, page ôl, par M. Jean- Bernard, dans Quelques vers de Robespierre, page 43.
(2) Ed. Jean-Bernard, deux points.
(.3) Virgule.
POÉSIES UOSATIQUES 233
El c'est moi que la destinée Appelle à cet emploi flatteur !
Et mon étoile fortunée Était d'accord avec mon cœur! (1)
Mais pour donner une accolade Qui, par un baiser précieux, Puisse d'un pareil camarade Marquer l'avènement heureux, Il faut la bouche enchanteresse De lune des sœurs de l'Amour, Ou de celte jeune déesse A qui vous donnâtes le jour.
Mais d'un mortel (2) qui vous révère El vous chérit bien plus encor Si l'hommage pouvait vous plaire, Je remplirais mon heureux sort.
Seulement (3), par un doux sourire, A cet instant, dites-le moi, Et sans me le faire redire, Soudain j'exécute la loi.
Non (4) ; certaine raison m'arrête,
El (5), pour vous parler plus longtemps,
Du plaisir que le sort m'apprête (6)
Je suspendrai les doux instants (7).
Car (8) toujours (9), en vers comme en prose.
Je suis bavard en vous louant (10) ;
Pourriez-vous me dire la cause
De ce phénomène étonnant?
(1) Ed. Jean-Bernard, point.
(2) Virgule.
(3) Pas de virgule.
(4) Virgule.
(5) Pas de ponctuation.
(6) Virgule.
(7) Point et virgule.
(8) Virgule.
(9) Pas de ponctuation.
(10) Point.
234 ŒUVKES COMPLÈTES DE MAXl.MILIEN BOBESPIERRE
Je VOUS admire et je vous aime, Lorsque, rival de d'Aguesseau, Aux yeux d'un Tribunal suprême De loin vous montrez le flambeau.
Je vous aime, lorsque vos larmes Coulent pour les maux des humains, Et quand de là veuve en alarmes Les pleurs sont séchés par vos mains.
Mais (1) lorsqu'admis à nos mystères, Je vous vois, le verre à la main.
Assis au nombre de mes frères (2), Animer ce charmant festin (3), Quand votre cœur joyeux présage Nos jeux et nos aimables soins, Je vous aime encore davantage Et ne vous admire pas moins.
0 des magistrats le modèle !
Quand vous signalerez pour nous Votre indulgence et votre zèle, Vous serez applaudi de tous.
Vous devez aimer nos mystères; Car en quel lieu trouverez-vous Des cœurs plus unis, plus sincères.
Des plaisirs plus vrais et plus doux?
Des guirlandes qui nous sont chères Aimez donc aussi les appas, El, dès cet instant, à vos frères Ouvrez votre cœur et vos bras.
Pardon, Amour, pardon, Glycère, Je conviens que, dans ce moment, A vos doux baisers je préfère Celui d'un magistrat charmant.
(1) Virgule.
(2) Pas de ponctuation .
(3) Point.
POÉSIES ROSATIQLES 233