COURONNÉ PAR L'ACADÉMIE DE METZ EN
Le 21 avril 1784, rActulémie royale des Belles Lettres d'Arras recevait on séance publique trois nouveaux académiciens qui prononcèrent leurs discours de réception auxquels répondit du Quesnoy, avocat et échevin arrageois faisant les fonctions de directeur. Les trois récipiendaires, outre les remcrciemenis d'usage, traitèrent chacun un sujet particulier : Le Sage, avocat du roi à la gouvernance d'Arras parla contre l'abus des talents, Ansart. médecin, disserta sur l'air atmosphérique, Maximilien de Robespierre (1), avocat, « entreprit de prouver l'origine, l'injustice et les inconvéniens du préjugé qui fait rejaillir sur les parents dos criminels l'infamie attachée à leur supplice » (2).
Les archives de l'Académie d'Arras n'ont point conservé ni le manuscrit ni une copie du discours prononcé par Kobespiorre lors de sa réception. Mais l'Almanach d'Artois nous apprend que le nouvel académicien l'envoya peu de temps après, avec quelques additions, à la Société royale des Sciences et Arts de Metz et qu'il y fut couronné « le jour de la Saint Louis par cotte Compagnie qui avait proposé le sujet pour le prix de l'année 178i ». C'est, en effet, dans les prix proposés par la Société de Metz que Robespierre
(1) Robespierre, élu le 13 novembre 1783, avait remplacé .M. de Crespiœul. Sur l'Association littéraire d'Arras fondée en 1137 et érigée (1773) en Académie, cf. van Drivai : Histoire de t'Aradémie d'Arras depuh sa fondation en 1737 jusqu'à nos jours. Arras, 1872, in-8».
(2) Almanach historique et géographique d'Artois pour l'an de grâce ITSô contenant la description A Arras, chez la veuve de Michel Nicolas,
ibraire et imprimeur du Roi, rue Saint-Gerj-, p. 25a.
6 (EIVRES COMPI.ÊTKS DK MAXIMII.IKN HOBESPIERRK
avait puisé l'idée de son discours de réception ; la question que la Société lorraine avait proposée pour le prix à décerner le jour de la Saint LouivS 1783 lui servit ainsi doublement.
Elle élait énoncée en ces lermes : « (Juellc est l'origine de l'opinion «lui étend sur tous les individus d'une même famille, une partie de la honic atlachéc aux peines infamantes que subit un coupable? Cette opinion est-elle plus nuisible qu'utile? Et dans le cas où l'on se déciderait pour l'alfirmalive, quels seraient les moyens de parer aux inconvéniens qui en résullcnt? » Mais aucun des mémoires présentés au concours de 1783 ne parut répondre à la question d'une manière satisfaisante. Plusieurs auteurs avaient soutenu i'ulilili! du préjugé » sans néanmoins en avoir pesé et suffisamment approfondi les causes, ainsi que ses avantages ou ses inconvéniens pour la Société en général, et pour cbaquc famille en particulier ». D'autres, en lallaquant, n'avaient pas fait usage de toutes les ressources que le sujet présentait (1).
Ce n'est pas cependant, ainsi qu'en fait foi le rapport sur le concours, imprimé et distribué, que la Société royale « n'eût distingué |)aimi les Mémoires qu'elle avait examinés des ouvrages dignes d'éloges ».
« Le Mémoire inscrit sous le n° 7 et portant pour épigraphe ces mots d'Horace, Tol/ite lmrbani»i nioretn, est écrit purement et avec chaleur. L'auleur attaque vivement le préjugé, et parlant au cœur avec les mouvements d'une éloquence persuasive, il sait sentir le mal qui en résulte pour les familles; mais il ne discute pas sulfisammenl celui que peut éprouver la société politique, il n'indique pas assez nettement les sources de l'opinion, non plus que les moyens d'y remédier.
(1) Prix proposés par la Socirté royale] des Sciences et îles Arts de AJetz pour les années 1784 et llS.'i. A Melz, de riiiiprimerie de Joseph Antoine, imprimeur du Roi, etc. MDCCLXXXIII, in-4% 4 p.
« Lo Mémoire n" 6 qui a pour épigraphe ces vers d'IIoraco :
Hic munis alieneiis esta iVi7 conseil e sihi, niiUd pallescere culpâ
a mérité une dislinclion par des vues profondes; l'auteur est très versé dans la science des loix ; mais en s'étsndant trop en raisonnemens mélapliysiques, il a vu avec illusion le système de notre législation et les fondemens do nos moRurs. D'ailleurs on trouve en général plus do brillant que d'exactitude dans ses e«prcssions; des métaphores fréquemment empruntées de la science des géomètres, et quelquefois employées sans justesse, offrent une sorte de néologisme qui dépare une production très estimable par le fonds des idées, et par la sagacité qu'elle annonce dans l'esprit de son auteur.
• Quant au Mémoire n" .'! sous celte épigraphe : « Anima rjiiar prccaieril ip.sa moridiir ; f'dius no» portalnt iniquitaton patris et pater non portaùil inifjuilatcni fdii ». On y a trouvé un système de législation propre à prévenir en partie les mauvais effets du préjugé ; mais on ne voit pas dans la déduction des motifs une exposition suffisante des incon venions ou des avantages de l'opinion pour la société. L'on y apperçoit le germe de beaucoup d'idées justes, et on regrette qu'elles n'ayent pas été approfondies ni soutenues par une chaîne de raisonnemens capables d'opérer la conviction. D'ailleurs le style qui, dans ces matières, doit au moins être pur et exact, présente trop souvent des négligences et des trivialités qui annoncent une plume peu exercée à écrire sur des matières de droit public et de jurisprudence.
" Ainsi la Société Royale, désirant que cette question intéressante soit traitée avec la profondeur qui lui convient, a remis le Prix au concours de l'année prochaine. Elle invite les Auteurs des Mémoires qui viennent dètre indiqués, îi reloucher leurs ouvrages et en général elle engage ceux qui se proposeront d'entrer en lice, à examiner l'opinion dont i! s'agit, sous toutes ses faces, h exposer avec exactitude
rinflucnce qu'elle a tant sur les individus que sur les mœurs. Il serait nécessaire que l'on s'attachât singulièrement à discuter les points suivans, qui dérivent de la question principale, savoir :
1° Si nos lois donnent à un Parent, quelque proche qu'il soit d'un homme enclin au vice, le droit et le pouvoir de mettre, dans tous les tems, obstacle à ce penchant?
2° Si la commnnication de la flétrissure ne nuit pas plus à l'État qu'elle ne lui profite, en forçant des familles à s'expatrier, et soîtvetit en les disposant au erime par l'avilissonent'i
3° Si en rendant l'infamie personnelle, on n' assurerait pas plutôt la punition des crimes qu'en laissant subsister un préjugé qui oblige les familles honnêtes à recourir à des moyens étrangers aux Loix, jjorir soustraire les coupables aux rigueurs de la justice?
4° Enfin, quel seroit le système de législation le plus propre à détruire le préjugé, ou à prévenir ses inconvéniens, si l'on pensoit qu'il fiU utile de conserver une partie de ses effets, ou qu'il fût impossible de l'anéantir entièrement ? »
Le prix pour le sujet proposé était une médaille d'or de la valeur de 400 livres (1); les mémoires devaient être adres-
(1) CcUe niL'daille portait comme empreinte l'elBgie du maréchal de Belleisle qui avait fondé la Société royale en 175" sous le nom de Société d'étude et i< naturalisé les Messins dans la République des Lettres, en homme i|ui voit distinctement combien le progrés des connaissances influe sur le bonheur des peuples, et sur la splendeur des États » . Dotée par lui de la rente d'un capital de 60,000 livres, l'Académie de Metz fut, par. Lettres Patentes expédiées en forme d'édit à Versailles en juillet nCO et enregistrées au parlement le 26 août suivant, érigée en Société royale des sciences et des arts. Elle comprenait, sous la priisidence du gouverneur, protecteur : 6 Académiciens nés, 8 honoraires, 22 titulaires parmi lesquels on choisi:sait le bureau <• les ofliciers », 22 associés libres et étrangers, 6 agrégés et des correspondants en nombre illimité. Cf. Etal de la Société royale des Sciences el des Arts de Metz, au mois daoiit 1769, MDCCLXIX, in-4* 23 pages. — E. Fi.euh, Table générale par ordre alphabétique des Mémoires de l'Académie de Metz (tSI9-l90'.\) avec une introducliou présentant les pièces les plus intéressantes pour l'histoire de lu Société royale des Sciences et des Arts de Metz I ITô7-l'9i) el pour la reconstitution de l'Académie en 1819. Metz, imprimerie lorraine, 1908, et spécialement dans ce livre, pages 315-411 : Inventaire des pièces d'archives de l'ancienne Académie
ses franc de port, au secrétaire perpétuel, avant le premier juin 1784, sans quoi ils étaient exclus du concours; les auteurs devaient avoir bien soin de ne pas se faire connaître, mettre leur nom dans un billet cacheté qui contiendrait, tant audedansque par suscription, la même épigraphe que celle placée en tôtc du mémoire. Chaque année le jour de la Saint-Louis, c'est-à-dire le 2o août, la Société royale s'assemblait pour la clôture de l'année académique et tenait sa séance publique dans la grande salle du gouvernement, à l'issue de la messe solennelle célébrée dans l'église do l'abbaye royale de Saint-Ârnould. C'est là qu'était distribué en séance le programme imprimé des sujets de prix proposés; le secrétaiie perpétuel était chargé, suivant une formule d'envoi, de l'adresser à toutes les académies, sociétés et compagnies savantes du royaume. L'Académie royale d'Arras le reçut et le communiqua à ses membres, Robespierre, nouvellement élu, fut sans doute séduit par un sujet qui ne manquait pas de nouveauté; il s'y essaya dans son discours de réception, ci, comme il ne dédaignait pas la gloire du succès, il concourut en môme temps à Metz pour le prix à décerner en 1784. Son mémoire, envoyé sans doute pendant le mois de mai, fut inscrit sous le n° 17; écrit entièrement de sa main, il est aujourd'hui conservé dans les archives de l'Académie de Metz (1). Conformément aux règlements de la Société messine, Robespierre mit son nom et sa devise dans un billet cacheté qui existe encore et est joint à la dernière feuille du manuscrit original (2).
de Metz ile/jiiis sa conslilution sous te lilre de Société d'études en l'nT, Jusqu'à sa dissolution en i'9S et trouvées à la date du 5 avril 1903. Ces pièces sont déposées à la Dibl. de la ville de Metz, salle des ms., sous les n" I3.1T et suivants.
(1) Déposées ci la Bibliothèque municipale. XIV, pp. 21û-2ot.
(2) Cf. le fac-similé du présent fascicule : on y a juxtaposé un passage du discours manuscrit et l'intérieur du billet cacheté où Robespierre a inscrit son nom et sa devise. Ce billet est cacheté de 3 cachets en cire rouge. Le cachet représente une tète d'homme, sans doute une intaille antique, qui ornait la bague de Robespierre. Nul jusqu'ici n'en avait signalé l'existence.
10 (KlYRES CflMPI.ÈTFS DK MAXIMIMKN nonKSPIKRRK
La Sociélô royale de Metz, comme elle le disait dans son programme imprimé des prix proposés pour 1785 et 1786 (1), en remeltani le concours et en indiquant plus spécialement les points qu'elle désirait voir traiter, se félitait du parti qu'elle avait pris. Elle avait en elTct reçu 22 mémoires manuscrits et lorsqu'il s'était agi de décerner le prix, les mérites divers avaient balancé les suffrages (2). Après un examen attentif, elle couronna le mémoire d'un avocat au Parlement de Paris, Pierre Louis Lacretelle. Elle regrettait pourtant de n'avoir pas deux médailles à distribuer pour en décerner une à l'auteur du mémoire n" 17, dont l'auteur était M. do Robespierre, avocat à Arras. Mais comme un conseiller au Parlement et membre de la Société, Rœderer, avait fondé un prix qui n'avait pas été décerné, et qu'il avait laissé à la Société la liberté de disposer de la médaille de 400 livres, la Société de Metz ne crut pas pouvoir en faire un meilleur usage qu'en décernant une médaille de même valeur à Robespierre. Les deux prix furent égaux ; mais Lacretelle eut le premier prix, Robespierre le second.
Né à Metz en 17ol d'un père avocat à iNancy, Pierre- Louis Lacretelle, s'était fait inscrire au Parlement de Paris dès 1778. Chargé de la rédaction du grand répertoire de Jurisprudence, il collaborait au Mercure^ où ses articles avaient été fort remarqués. Il n'était pas, comme Robespierre un inconnu. Son Essai sur l'éloquence du barreau (3), ses Plaidoyers, son discours sur la multiplicité des lois, ses Mélanges de jurisprudence, son Eloge du duc de Montausier, imprimés de 1774 à 1781, eurent à l'époque dans le monde
(1) Vrix proposés par la Société royale des Sciences et des Arts de Metz pour les années ITS.i et IT^S. A Metz, de l'impriinerie de Joseph Antoine, imprimeur ordinaire du Roi, etc. MDCCI.XXXIV. in-4» 3 pages. Cf. Appendice V.
(2) Cf à l'appendice VI l'avis de la commission sur le mémoire de Ilobespierre, après lecture du manuscrit.
(3) Essai sur l'éloquence du barreau. Discours sur ce sujet : assigner les causes des crimes et donner les moyens de les rendre plus rares. Nancy, 1774. in-8".
INTRODUCTION 1 i
des lettrés, et surtout des juristes, un succès analogue à celui que remporta Mirabeau en publiant son Essai sur les Lcllres de cacbet et les Prisons d'État. On vantait la hauteur de SCS considérations philosophiques et morales, la sagacité de son esprit, la justesse de ses idées et Ibumanilé de ses sentiments ; les membres de l'Académie française fondaient sur lui les plus brillantes espérances et dès 1783 le tenaient pour un des meilleurs écrivains. Quon lise à cet égard la lettre élogieusc adressée à Lacretelle par l'académicien Thomas ([ui venait de recevoir l'édition du Discours sur le préjugé des peines infamantes (1); «Je regarde, écrivaitil de i\ice le 6 février 1783, l'ensemble de ces discours comme" un des meilleurs ouvrages que nous ayons, et par son utilité et en môme temps par son exécution (2) ». Le jugement de Thomas fut également celui de ses confrères de l'Académie française (jui en 1780 décernèrent le prix au discours déjà couronné à Metz.
Comme beaucoup d'Académies provinciales (3), celle de Metz avait eu l'intention de publier à ses frais les discours couronnés de Lacretelle et Robespierre, avec des extraits de ceux qui avaient remporté les accessits ou avaient été seulement remarqués. Mais elle dut renoncera ce projet et laisser les auteurs publier séparément leur u-uvre. Lacretelle imprima ses iJisroiirs \itr le Pn-jiifjr à l'aris, chez Cucliet,
I D'iscoifs siiv le préjugé des peines infamantes ronronnes à l'Académie de Meiz. Lettre sur la réparation <jui serait due aux accusés jugés innocens. Dissertation sur le ministère puitlic. liéflexions sur la réforme de la justice criminelle par M. Lacretelle, avocat au Parlcmenl. A Paris, chez Cuchet, libraire, rue et Ilùlel Scrponle. MDCCLX.XXIV, avec approbation et privilège du Roi.
(2) fiF.urrcs diverses de /'. L. Uicretelle aine, l'hilosophie et Littérature. tome I. A Paris, chez Treuttcl et Wiirtz, an X-IS02, p. 173.
(3; Cf. par exemple : Les moijeni d'adoucir la rigueur des Loi.r Pénales en France, sans nuire à la Sûreté putilii/ue, ou, discours couronnés par l'Académie de Chdlons-sur-Marne en lîSO, suivis de celui qui a obtenu l'accessit et des extraits de quelques autres mémoires présentés à la même Académie. A Chàlons-sur-Marn'-, chez Seneuse, imprimeur du Roi et de l'Académie et se vend à Paris chez Desauges, libraire, rue Saint-I<ouis du Palais, MDCCLXXXI.
Robespierre s'adressa à Merigot jeune, libraire, quai des Augustins (1) ; l'impression des deux travaux était achevée à la fin de l'année 1784.
Je ne veux point comparer ces deux Discours sur les Peines Infamantes écrits par deux avocats d'âge et de maturité d'esprit très difîérents. Sans aucun doute les Réflexions préliminaires sur les Préjugés nationaux que Lacretelle a ajoutés au discours envoyé à Metz, le développement même de ses discours qui ont plus d'ampleur, plus d'envergure, révèlent un écrivain rompu aux tournois académiques et initié au procédé des paradoxes heureux. Robespierre, qui est à son coup d'essai, n'a pas autant de savoir-faire, caresse moins son style et n'est pas aussi « prêt de l'art, ou plutôt du talent d'enchaîner fortement ses idées, de grouper ses tableaux, de varier les formes de son style et d'y jeter cet éclat qui anime sans fatiguer ». Je me permettrai d'autant moins de comparer ces deux œuvres que Lacretelle (premier prix) s'est chargé lui-même d'apprécier et de juger celle de Robespierre (deuxième prix); aussi bien ena-t il fait, dans le Mercure, la critique (2).
On trouvera peut-être qu'il y a quelque présomption, voire même une vanité outrecuidante à juger un concurrent par ce qu'on a écrit soi-même et en se citant comme modèle. Lacretelle ne le pensait pas; il parlait avec assez de candeur pour écarter ce soupçon et rendait justice avec une satisfaction libre et entière. Ecrivain connu et apprécié, il pouvait faire loucher du doigt les défauts d'un débutant, dont il louait l'espiit juste, l'éloquence simple et la sensibilité. .\ussi bien le critique fut-il très mesuré, ses coups de patte furent très légers; !l adressa moins de reproches qu'il ne donna de conseils à un jeune confrère qui certes « ne vivait pas à Paris, où le commerce des gens de lettres déve-
(1) Le mi'MTioire de Robespierre parut chez Merigot en nsô et comprenil 60 pages.
(2) Cet article a été rcMiiipriiiié dans les Œuvres Dioernes, op. ril., t. p. 328-352. Nous le donnons à notre tour :i l'appendice IV.
loppc le talent et perfectionne le goût », mais dont louvrage était « rempli de vues saines et de traits d'un talent heureux et vrai ». Lacreteile s'attachait particulièrement aux ouvrages qui font bien penser de l'écrivain. Comme il avait démêlé dans le discours de Ilobespicrrc une très réelle valeur, pleine « d'espérances », il l'écrivit dans un journal de la capitale. L'académicien d'Arras dut en éprouver quelque légitime orgueil.
Dans les deux ouvrages couronnés par l'Académie de Metz, on Irouvc un grand nombre didées semblables. Lacreteile le remarqua. « Cela est au point, écrivait-il, qu'on ne manquerait pas de croire que l'un a été fait d'après l'autre, s'ils n'avaient été écrits dans le môme tems, et par des hommes qui ne se connaissaient pas. On rencontre assez souvent cette singularité, qui est moins réelle qu'elle ne le paraît. Kt cela doit tenir en garde les esprits justes et droits, sur l'inculpation de ./^/rtf^/a/ qu'on prodigue si aisément ». Cela prouve tout sim[)lement que Lacreteile et Robespierre ont écrit d'après l'esprit de leur temps ; ils avaient In les productions des philosophes, des historiens, des criminalisles. Leur originalité n'était pas dans les idées, mais dans la façon d'assimiler les idées communes, exposées avant eux.
Il est certain ([ue Robespierre est le disciple fervent et fidèle de Montesquieu, qu'il cile d'ailleurs. C'est dans l'Esprit des Lois qu'il a puisé sa théorie de l'honneur, âme du gouvernement monarchique; car on sent, comme disait Montaigne, qu'il a réduit ce livre en sang et en nourriture; mais il s'est inspiré également d'ouvrages qui n'ont pas eu la môme célébrité. En 176.'5, un certain Denesle avait écrit trois volumes sur l'Honneur (1), où l'on trouve des conceptions analogues môlécs à beaucoup de rhétorique stérile et vul-
I; Les l'icjiif/és ilu public sur rituiiiieiir avec des observations ciiliques, morales el tiistori(jues. A Paris, chez U.C. de llansy, libraire, rue Saint- Jacque«, prcs le» Mathurins.
f>aiie. Un professeur royal d'hébreu, membre de l'Académie des Inscriplions et Helles-Letlres, Garnicr, demandait dans son ouvrage sur Tllomme de Lettres (]) qu'on employât à détruire les préjugés et Terreur le temps qu'on passait trop souvent à les nourrir, les multiplier et les répandre; il souhaitait que le principal objet de l'application et des travaux des gens de lettres, fût de rendre les hommes meilleurs et plus heureux! C'est une idée semblable que développe Robespierre dans l'édition de 1785 (2), et dans des termes presque identiques.
Peut-on faire un grief à Robespierre de s'être inspiré des considérations sur les mœurs de Duclos et surtout du Traité des délits et des peines de lieccaria? ce serait en quehiuo sorte lui reprocher ses lectures, lui reprocher de s'être tenu au courant des écrits philosophiques et criminalistes de son temps. Les Académies de province, par le choix des sujets proposés en prix, n'avaient d'ailleurs pas peu contribué à appeler l'attention des philosophes cl des juristes sur les pi-oblèmcs les plus ardus de la législation criminelle; celle de Chàlons avait mis au concours en 1783 " les moyens de rendre la justice eu France avec le plus de célérité et le moins de frais possibles (3) ; en 1780, les moyens d'adoucir la rigueur des lois pénales; elle avait couronné deux mémoires, l'un de Brissot, le futur girondin, avocat au Parlement de Paris qui se faisait appeler alors Brissot de Warville (4 , l'autre de Bernardi, avocat au Parlement d'Aix. Le premier, criminaliste distingué, célèbre par sa théorie des Lois criminelles parue en 1780 (3), réclamait des
(1) VHomme de Ultres. Paris, chez Paiickoucke, libraire, nie et À coté de la Comédie Française, 17G4.
(2) Page 42-43.
(3) Discours qui a remporté le prix à l'Académie de Chaulons en l'un' née MDCCf.XXXIIIsur celle question proposée par la même Académie. •< Quels seroienl les moyens de rendre la justice, etc. A Bcauvais, chez la veiivc Uesjardins, imprimeur, rue Saint-Jean, MDCCLXXXIX. iii-4" x-192-47 p.
(4) Brissut était né en 1704, à Ouarvillc, près de Chartres.
(3; L)c 1780 à 1780 Brissot fit paraître 10 volumes de la bibliothèque philosophique du législateur, du politique et dujurisco:isuUe sur les lois criminelles.
amélioralions philanthropiques dans la législation qui disposait de la vie et do l'honneur des hommes ; et cherchait ù rendre inutiles les supplices que les tyrans ne songeaient qu'à multiplier. Le second, légiste connu également par un Discours sur la justice criminelle (1780), ([ui avait fait <' sensation », considérait qu'il était du devoir du gouvernement de punir les crimes qui! n'avait pu arrêter, en ménageant l'honneur et la liberté des citoyens.
La nature même des sujets proposés par la Société de Metz annonçait le désir très net qu'elle avait d'éclaircir certains problèmes de législation ou de morale (1); elle tenait, au nom de l'humanité, à soumettre à la discussion tous les préjugés (2;. En cela elle ne faisait que développer les idées de lieccaria dont le traité fameux avait paru en 1766 (3), et soulevé une lempôte de critiques acerbes cl souvent absurdes. Les esprits faibles que les nouveautés eiTrayaient, émules du contradicteur le Père l'achinei, avaient vu d'un très mauvais œil lapparilion d'un livre qui respirait l'humanité et la raison, et où les vérités les plus utiles « étaient exprimées aVcc une éloquence énergique, noble et tendre ». Beccaria ne s'illusionnait pas sur la force des préjugés qu'il attaquait. 11 savait bien que les vérités nouvelles germent lentement et ce furent précisément les Académies qui en achevèrent la maturité. Celle de Metz récolta dans les discours proposés par elle la moisson dont les philosophes avaient jeté les semences (4). Hacon n'avail-il pas dit qu'on ne peut à la fois
(1 Lacrclellc, Sur les sujets fjliiloso/jliiques et politiques proposés par l'Académie de Metz flEuvrc» diverses, t. I, p. .'J53-366).
d] Elle coninienea par le préjugé îles peines infauiantes, proposa en prix la bâtardise, s'occupa des causes de lavilisseuient des Juifs.
(:)) Ti-uilé des délits et des peines traduit de l'ilalieH d'après la 3' édition, reçue, corrigée et augmenlée par l'auteur, avec des additions de fauteur qui n'ont pas encore paru en lluHen, \ Lausanne, 8°, MDCCLXVI. Un exemplaire de cet ouvrajje (|ui porte le fer de l'Académie d'Arras est à la Bibliothèque de la ville d'Arras, u° iO;>8.
(4) Cf. Df Krilï Uôrig, '£u:ei Skizzen aua dem geistigen Leben von Met: uiiler deiii <i .l;iti('/i Uéf/iine » Jahrbuch der Gcsellscbart fur lotbringischc Uestbichtc uiid Alterluniskundc \.\. 1908 .
scmei' ot récolter, cl que la maturité n'arrive qu'après un long travail (1). N'était-ce pas là le passage que IJeccaria avait pris pour l'épigraphe de son livre?
Robespierre — et il nous le dit lui-môme dans son discours — est le disciple de Hacon et de Montesquieu; il aurait pu ajouter qu'il l'est également de Beccaria. Comme lui, il veut « exciter dans les cœurs ce doux frémissement par lequel les âmes sensibles répondent à la voix du défenseur de l'humanité ». Comme lui, il se pique de sensibilité et fait une apologie de l'humanité ou plutôt un plaidoyer en faveur d'une malheureuse portion du genre humain. 11 vivait dans un temps où le zèle des criminalistes contre les anciens' préjugés, au risque de sombrer dans des innovations que certains jugeaient dangeureuses, déferlait avec rage. A l'approche de la Révolution, fous montaient à l'assaut, les athées cl les spiritual istes, aussi bien que les croyants catholiques. C'est le cas de ce conseiller au Grand Conseil, Muyarl de Youglans, qui jugeait bon d'adjoindre à son traité des Lois criminelles (2), paru en 1780, les motifs de sa foi en Jésus-Christ ou « points fondamentaux de la religion chrétienne discutés suivant les principes de Tordre judiciaire».
Youglans, bien inconnu aujourd'hui, s'était fait une place en vue parmi les juristes, avant même d'éditer ses Lois criminelles (3) ; il passait pour le continuateur de l'avocat Prévôt et du commissaire Lamarre. Robespierre lui doit beaucoup; il lui doit d'autant plus que Muyart de Youglans avait écrit un Mémoire sur les Peines infamantes (4) très documenté, rempli de considérations justes, et de réformes
(1) In rébus quibuscnmqiie difficilioribtis non exiieclaiidum ut quia semel et serai et inetat,; sed praeparalione opus est ut per rjradus maturescant,
(2) Les Loix criminelles de France dans leur ordre naturel dédiées au Roi. A Paris chez Mérigot le Jeune, libraire quai des Augustins, etc. MDCCLXXX in-fol., .\i,iii-88i p.
(3) 11 avait écrit Vlnslitut du droit criminel, le Traité des crimes et 17/i»truction criminelle.
[i] Op. cit., p. 8:t2.
urgentes à opérer dans la législation criminelle (1). Bien que Louis \VI eût |>ar su déclaration du 2i août 1780 aboli la Question préparatoire, Vouglans ne se tenait pas pour satisfait; il demandait une revision coniph'ite de la législation criminelle ; il s'élevait contre les abus et, au nom des idées philanthropiques, de Ihumanité outi'agée, dénonçait avec indignation le préjugé des Peines infamantes. « Le caractère dominant de notre nation, écrivait-il, est, comme l'on sait, une extrême délicatesse sur le point d'honneur : délicatesse (|ui a pris vraisemblablement sa source dans cette maxime de notre Droit Français, qui ne souffre point d'esclavage dans ce Royaume, et (jui veut i[u'en naissant sujets du Roi, nous naissions tous libres et citoyens. D'où il faut conclure qu'un des principaux objets de notre Législation Criminelle dans ce Royaume, doit tendre à déterminer la manière dont on doit procéder dans l'imposition de ces sortes de Peines qui emportent l'infamie ou la flétrissure des condamnés.
< En effet, quel objet plus important et plus digne tout à la fois de la justice et de la bonté d'un Souverain, le père de ses sujets, que celui de renfermer en de certaines bornes cette liberté dangereuse que se donnent les Juges de prononcer indifféremment ces sortes do llétrissures, lesquelles ne frappent pas seulement sur la personne des condamnés, mais encore sur leur innocente famille, en éloignant ou retranchant du môme coup, et de la société et de leur pairie, une foule de citoyens qui auraient pu leur rendre des services essentiels ».
Kt il ajoute plus loin : « L'exécution est irréparable, lorsque les condamnations tendent au dernier supplice ou à de certaines peines corporelles qui laissent une impression perpétuelle sur la personne, telle que la mutilation des membres, le fouet, la marque, la langue coupée, ou bien lorsque
,1) l>cs peints inruiiiaiitcs sont la mort, les galères, le baonis^ciiicut perpétuel, le fouet, la marque avec un fer ù cheval, la langue coupée ou percée, le poing coupe, le carcan-ol le pilori, la détention dans une maison de force.
18 ŒIVRF.S COMPLÈTKS DE MAXIMII.IKN ROBESPIKRRK
tii peine s'exécute publiquement et d'une manière ignominieuse comme le carcan et le pilori. Que peut faire d'ailleurs ce condamné qui est dans les fers? il n'a plus de secours à espérer que du côté de sa famille et celle l'aniille est-elle toujours en état de faire les frais et les poursuites nécessaires pour parvenir jusqu'aux pieds du Irônc et y faire entendre sa voix. Les Lettres de grâce excmplenl de la peine, mais lie lèvent point la note dinfamie, suivant celte maxime vulgaire : Princcps qtios absolvit notât ».
"' Lacrclelle avait raison de dire que « l'originalité d'un penseur ou d'un écrivain ne peut pas être dans ses principales idées, qui peuvent se trouver ailleurs et môme partout, mais dans les consécjucnces où elles le mènent, dans le système où il les fond et les lie, dans les développements qu'il leur donne. Il est, dans chaque sujet, une foule d'idées, qui ne peuvent échapper à ceux qui les méditent; et il peut aussi se rencontrer des esprits de la même nature qui, en procédant par les mêmes recherches, doivent arriver aux mêmes résultais ». J{ien que Muyart de Vouglans ait écrit, en 1780, son mémoire sui' les l'eiues infamantes que lîohespierre a pu lire et dont il a pu profiter quatre ans après, il ne s'ensuit pas que ce dernier soit un plagiaire. Un avocat, qui étudie une question, consulte les livres où elle est traitée; qu'il s'agisse de discours académiques ou de plaidoyers, il s'inspire des travaux de ses devanciers. C'est à ce litre que Maximilien Robespierre a mis à contribution le traité des Lois criminelles dont l'auteur de ce recueil encyclopédique avait disserté spécialement sur le préjuge des Peines infamantes, avant que l'Académie de Metz eût mis le sujet au concours.
Brillant élève du collège Louis-ic-Grand, couronné au Concours général même depuis la quatrième, Hobespiorre donne dans ce discours la mesure de sa culture classi(iue. Le jeune avocat, qui « plaidait ses premières causes dans le temps où il écrivait ce discours », ne manque ni de talent ni d'éloquence. Il 5cril avec chaleur cl parfois avec vigueur.
L'Académie royale des Bcllos-Letlres d'Airas, qui avait pris pour devise et emblème en 1737 de jeunes aiglons qui essaient leurs ailes sur le bord de leur nid, pouvait s'applaudir du choix qu'elle avait fait. Et nul des académiciens d'alors, d'esprit si cultivé, n'eût songé à faire un grief à leur nouveau collègue, épris d'idées philanthropiques, d'oser, avec tout le respect dû à la religion et au gouvernement, élever sa voix contre les préjugés les plus alTcrmis (1).
(I) I.e discours de Robespierre existe en original dans les Archives de l'Académie de Metz; la présente édition a été faite d'après ce manuscrit, qui a d'ailleurs été imprimé par l'Académie dans les Mémoires de VAcadémie royale de Metz, lettres, sciences, arts, agriculture, XX» année, 1838-1839, p. 387-416. Les variantes ont été données d'après l'édition de 1783. D'après Quérard, dans sa Bibliographie de Robespierre (tiré à part de sa France littéraire), une première édition de 64 pages aurait paru en 1784 chez Mérigot. Nous ne l'avons pas retrouvée en dépit de nos recherches. La Bibliothèque nationale possède (réserve 263t, 2032 et 4900) 3 exemplaires de ce discours, mais tous de l'édition de 1783. La bibliothèque de la ville de Metz, celle d'Arras (n» 7349), celle du département du Pas-de-Calais (collection Victor Barbier) n'ont que l'édition de 1783. L'exemplaire mis en vente à l'HôIel Drouot en mars 1910 collection Victorien Sardou n» 1164^ était également de 1785. Lorsque Robespierre a publié le discours qui avait été couronné, il y a fait des additions si importantes qu'elles n'auraient pu trouver place au bas du texte primitif. Nous avons rais en notes au bas des pages les variantes de mots et de phrases et rejeté aux appendices F, 11 et III les additions. Le texte original est publié avec l'orthographe et la ponctuation ruKIcmenl respectés.
DiSCOLHS ADIŒSSÉ (1)
A Messielus de la Société littéraire de Metz suit les
QUESTIONS SUIVANTES PROPOSÉES POUR SUJET (2) d'un prix qu'elle DOIT DÉCERNER AU -MOIS d'aOUT 1785-.
Quelle est lorigine de lopinion qui étend sur tous les individus d'une même famille, une partie de la honte attachée aux peines infamantes que subit un coupable ? Cette opinion est-elle plus nuisible quutile .' et dans le cas où l'on se décideroit pour l'affirmative, quels seroient les moiens de parer aux inconvéniensi qui en résultent.
Quod gcnus hoc hoiuinuiu : quacve huiic laQi barbara inoreiu peruiillit patria?
Virg. .Eneid.
Messieurs, C'est un sublime spectacle de voir les compagnies sçavantes, sans cesse occupées d'objets utiles à l'intérêt (3) public, inviter le ge'nic, par Tappas des plus tlatteuses récompenses à (4) combattre les abus qui troublent le bonheur de la société. Ce préjugé impérieux (o), qui voiie à l'infamie les parens des malheureux, qui ont encouru l'animadversion des loix sembloit avoir échappé jusques ici à leur attention; vous avez eu la gloire. Messieurs, de diriger (6) les premiers vers cet objet intéressant les travaux de ceux qui aspirent aux couronnes académiques. In sujet si grand à éveillé rallcntion du public ; il a allumé parmi les gens de lettres une noble émulation : heureux ceux qui ont reçu de la nature les tulens (7) nécessaires pour le traiter d'une manière qui réponde à son importance, et (8) digne de la
(i) Edition de \'iS'j : couronné. — (2) du prix de l'année l^iti. — ;3) au bien public. — (4) à frapper sur les préjuf/és qui. — (a Celte opinion impérieuse. — (6) de tourner. — (7) le f/énie — [8, qui soit dijrne.
DISCOURS SLR F-KS PF.INES INFAMANTES 2t
Sot'iéU' célôbro qui la proposô ! Jo suis loin de trouver en moi ces grandes ressources : mais je n'en ai pas moins osé vous présenter mon tribut : c'est le désir d'être utile; c'est l'amour de l'humanité qui vous l'olTre ; il ne seauroit être tout à fait indigne de vous (I).
La première des trois questions que (2) je dois examiner pourroit (3) paroilre, au premier coup d'a-ii, offrir des difficultés insurmontables. Comment découvrir l'origine d'une opinion qui remonte aux siècles les plus reculés? Comment démêler les rapports imperceptibles par lesquels un préjugé peut tenir à mille circonstances inconnues, à mille causes impénétrables? S'engager dans une pareille discussion, n'estce pas d'ailleurs s'exposer à rendre raison de ce qui n'est peut être que l'ouvrage du hazard? N'est-ce pas vouloir (4) en quelque sorte ciiercher des règles au caprice, et des motifs à la bizarrerie ? telles sont (5^ les idées qui se présentèrent d'abord à mon esprit : mais j'ai réfléchi, qu'en proposant cette question, vous aviez jugé par là môme qu'elle "n'étoit pas impossible à résoudre : votre authorité m'a séduit et j'ai osé entreprendre cette tache.
Il m'a semblé d'abord qu'une observation très simple me découvroit les premières traces du pnîjugé dont (6) il est ici question.
Quoi(|ue les bonnes et les mauvaises actions soient personneles, j'ai cru remarquer que les hommes étoient partout naturellement enclins à étendre, on quelque sorte, le mérite ou les fautes d'un individu à ceux qui lui sont unis par des liens étroits : il semble que les sentimens d'amour et d'admiration que la vertu nous inspire se répandent jusqu'à un certain point sur tout ce qui tient à elle; tandis que l'indignation et le mépris qui suivent le vice rejallissent en partie sur ceux qui ont des (7) rapports avec lui. Tous les jours, on dit de cet homme, qu'il est l'honneur de sa famille; et de cet
Hi Edition de 1785 : PRE.MIKUE PAKTIE. —(2) Jai à discuter.— [3] pourra. — (4) en quelque sorte deest — (5) Messieurs. — ,6) dont je parle. — (7, quelques.
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autre, qu'il en est la honte. On applique même cette idée à des liaisons plus générales, et parconséquent plus foiblcs ; on intéresse quelquefois, pour ainsi dire, à la conduite d'un particulier la gloire d'une nation ; que dis-je? celle de l'humanité entière ; n'appelle-t-on pas un Trajan, un Antonin, l'honneur de l'espèce humaine? ne dit-on pas d'un Néron, d'un Caligula qu'il en est l'opprobre ?
Ces expressions (i) sont de toutes les langues, de tous les temps et de tous les pays ; elles annoncent un sentiment commun à tous les peuples; et c'est dans cette disposition naturelle, que je trouve le premier germe de l'opinion dont je cherche l'origine.
Modifié chez les différens peuples par des circonstances différentes elle a acquis plus ou moins d'empire : ici elle est restée dans les bornes que lui prescrivoient la nature et la raison; là elle a prévalu sur les principes de la justice et de l'humanité, elle a enfanté ce préjugé terrible, qui flétrit une famille entière pour le crime d'un seul et ravit l'honneur à l'innocence môme.
Vouloir expliquer en détail toutes les raisons particulières qui auroient (2) pu influer sur les progrès de cette opinion (3), ce seroit un projet aussi immense que chimérique; je me bornerai dans cette recherche à l'examen des causes générales.
La plus puissante de toutes me paroit être la nature du gouvernement.
Dans les états despotiques, la loi n'est autre chose que la volonté du prince, les peines et les récompenses semblent elre plutôt les signes de sa colère où de sa bienveillance que les suites du crime où de la vertu : lorsqu'il punit, sa justice même ressemble toujours à la violence et à l'oppression.
Ce n'est point la loi incorruptible, inexorable, mais sage.
(1) Ed. de 1785 : manières de s'exprimer — (2) qui ont. — (3) sur ses progrès.