I. Je vous oblige : Je vous impose une obligation
DE MÊLIN DE S AINCT - GE L A Y8. 3I
SI je vous ay aucun temps estrangé ', Tant seulement d'œil et de contenance.
Et non de cœur, qui n'a jamais changé En vostre endroit sa foy ne sa constance, C'estoit pour voir vostre persévérance Et si vouldriez quelque peine endurer Par nostre amour; mais quand le murmurer Et reprocher toute grâce surmonte.
De vostre part elle ne peut durer :
Amour ne met jamais sa mise en compte.
I. Ces vers sont mis dans la bouche d'une dame et semblent être une réponse au dizain qui précède. Nous avons déjà fait observer que le verbe estranger signifioit éloigner. p. b.
SI mon subject a esmeu ton pouvoir A me clamer^ Sire, tant bien nommée ^ , Je ne me puis qu'en liesse esmouvoir, Morte de corps, vivant de renommée.
Ce los d'honneur, dont m'as tant csprouvéc, A toy premier certes est bien duisant : Noblesse au noble est tousjours estimée ; Car tout honneur revient au produisant.
I. François I" avoit reconstruit le tombeau de Laure et y avait inscrit des vers. Ici c'est Laure elle-
même que Sainct-Gelays fait parler et répondre au roi.
Voyez t. II, page i65, le huitain : Ce sépulchre est la restauration... p. b.
TOUTES les fois que je vais veoir Loysc, Que le ciel m'a de servir ordonné, Elle me faict une mine si grise ' Oue je vouldrois quasi n'estre point né. Et néanmoins moy povre infortuné, Oui d'elle n'eus oncq un mot gratieux, Sans craindre pis je n'ay pour trouver mieux De la laisser ny d'autre prendre envie. Helas! Amour mit la mort en ses yeux ; Et si ne puis, sans la veoir, avoir vie ' !
1. L'expression /<2/Ve gr/se mine est encore vulgairement usitée. On dit aussi : En faire voir de grises.
2. Je n'ose voir ici une grossière équivoque. Elle seroit pourtant dans le goût et les habitudes de l'auteur. E. P.-B.
J'avois osé m'ordonncr pour maistresse Loyse seule et souvent entrepris En style bas cslcver sa hautesse; Mais la nuée estant en mes esprits Trop csloignoit sa clarté et hault prix Et allumoit le feu de mon dcsir.
Par quoy Amour, pour mon bien et plaisir^ Et pour le nom d'elle rendre immortel, Taire me feist et luy voulut choisir Un Bouche d^or^ qu'on nomme Bouchetel * .
I . Bochetel (Guillaume), secrétaire d'Etat sous François l" ; peut-être avoit-il projeté une alliance avec Louise (dont le nom de famille étoit du Plessis), mais il épousa Marie de Morvilliers. (Dict. de Moréri.)
DIFFICILE est que douceur, en beauté, Parole ou grâce ait désormais puissance De rappeler la mienne volunté Au lieu premier de son obéissance; Car, cognoissant d'amour la decevance, Comment pourrois-je en luy fiance avoir ? Et toutesfois, si le certain savoir Estoit pareil au semblant qu'il me monstre. Je ne dis pas qu'il n'eust bien le pouvoir Encore un coup me passer à sa monstre ^
I . On appeloit alors une monstre ce qu'on appelle aujourd'hui une revue ou une inspection de troupes,
LAS ! si le feu qui me brusie sans cesse Faisoit fumée ou flamme qu'on peut veoir, Chacun pourroit de mon cœur la tristesse De près ou loin assez apercevoir.
Puis si m^ami' ne faisoit son devoir,
En le voyant^ de sa chaleur esraindre,
Près de son corps soudain me verriez joindre
Pour de ce feu comme moy l'allumer;
Et si son corps je ne pouvois attaindre,
A tout le moins sa robe luy brusler.
CELUY qui met contentement en feu, Oncq de ce mot la force n'entendit ; Car s'il devoit quelque part avoir lieu, Nul tant que moi n'en goustcroit le fruict. Et toutesfois quelquefois il me fuit, Tant qu'envers luy ne me puis avancer.
Si n'ay-jc pas matière de tancer; Car j'ay tout eu ce qu'est d'honnestc attente. Hclas ! que peut le mal traictc penser, Si qui a tout de tout ne se contente ' ?
I. Encore un de ces dizains dont raflctcric faisoit merveille à la cour. \.ù feu^ c'est le feu d'amoiir; le fruit, c'est la jouissance d'a.iiour, etc. p. b.
L'un a le temps, le lieu et le loisir; Mais il craint tant qu'il n'ose un seul mot Car il a peur de faire dcsplaisir, [dire.
Si l'on cognoist en rien ce qu'il désire. L'autre n'a moins de douleur et martirc ;
Il scait tres-bicn que veoir, parler, escrirc
Donnent plaisir. Au lieu de luy aimé
Il ne craint rien ; mais le temps luy retire
L'occasion. Jugez s'il a du pire,
Et qui doit estre heureux moins estimé ' ?
I. Ceci est une de ces questions que Martial d'Auvergne eût décidée gravement et enregistrée dans ses Arrêts d'amour, véritable recueil de la jurisprudence des cours d'amour si à la mode au moyen âge et encore au XVI* siècle. p. b.
LE petit dieu par la France voloit, Las de tirer contre une demoiselle Qui par sa foy rien aimer ne vouloit.
Mais quand il xeit le Roy parlant à elle : (( — Ah ! cœur, dit-il, de femme tant cruelle Contre le quel ma sagette rebouche.
Pour te brusler ne faut qu'une étincelle Du feu qui vient de si honneste bouche * ! »
I. On peut supposer que la personne à qui ce huitain s'adresse n'est autre qu'Hélène de Gulant, propriétaire du Ms. d'où il est tiré. p. b.
CE sont deux cœurs dont l'un est bien aimé, L'autre est aimant sans jamais l'oser dire. L'un a reçu ja le bien estimé, L'autre n'en peut estimer que martire; Vray est que l'un d'eux tristement soupire
Quand il va perdre, helas ! ce qu'il veut tant ; L'autre a le mal du bien qu'il trop désire. Si l'un se plaint, l'autre n'a de quoy rire, Et leurs ennuis vont entre eux disputant. Lequel des deux jugez vous moins content * ?