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CESSE, mon œil, de plus la regarder Puisque ton mal procède de son bien ; Et toy, mon cœur, qui ne te peux garder De la servir, apprens à estre tien; Car si tu es contrainct demourer sien Par les efforts de sa grâce et beaultc. Ne monstre pas (au moins) ta loyaultc ; Car d'autant plus que la feras cognoistrc, Plus sentiras sa grande cruaultc Et moins vouldra tes labeurs recognoistrc.
AMOUR n'est pas un dieu, c'est un magicien ', Qui enchante les cœurs et les sçait si bien prcn- Sous couleur de plaisir et espèce de bien, [drc, Que d'cux-mcsmes à luy ils cherchent de se rendre.
Et dès lors ils sont siens ; en lieu de les défendre, Il les trompe et déçoit et faict que la prison Leur semble liberté, les yvrant de poison. Donc, puisque mort s'ensuit, appert qu'il n'est pas Car un Dieu n'useroit de telle trahison ; [Dieu j Mais l'esprit aveuglé luy a donné tel lieu *.
1. Q.ue l'amour soit un magicien donnant toutes les ressources, enseignant toutes les ruses, c'est ce qui a été dit bien des fois, notamment dans le Traité de V amour, où Plutarque allègue, entre autres, ce mot d'Euripide :
Amour enseigne à Thomme la musique, î^uoy qu'il n'en eust devant nulle pratique.