‹ Œuvres complètesChapitre 29 sur 106 · Deportez-vous... de paindre : Dispense^- vous cCexposer · texte numérisé non relu

Deportez-vous... de paindre : Dispense^- vous cCexposer

?> . Maindre, moindvQ. e. p.-b.

EST-IL nul mal qui soit semblable au mien .? Veu que le lieu, le temps et le moyen A mon désir ne font que contredire; Et puis celle qui sait et cognoist bien Que tant je l'aime et lui veux tant de bien, Tousjours me fuit, sans la cause m'en dire. Quelle craint ceux qui veulent mesdirc, Ou elle veut deffaire le lien, Sans me jamais laisser monstrer ne dire La moindre part de mon cruel martyre.

Mais tout cela luy sert de moins que rien ; Car plus me fuit, plus me sens estre sien ; Moins je la voy, plus pour elle souspirc ; Car n'ayant rien, tout avoir je désire.

vEUGLEs yeux, qui faictcs jugement Selon les miens, qui très mal sûrement,

Puis ça, puis là, regardent chaque femme^ Disant qu'une m'a lié fermement, Ou que l'autre m'a pris soubdainement, Jugeant mon cœur, ma pensée et mcn âme, Je vous responds que je n'ay qu'une Dame, Dont l'image n'est painte seulement Devant mes yeux ; car Amour de sa flamme Au plus profond l'engrava vivement, Voire et du cœur m'ostant tout sentiment D'austres dames ; car mcn amour est telle Que, les voyant toutes, je n'y voy qu'elle \

I. L'idée de ce treizain est gracieuse, mais il abonde en fautes de versification. A-t-iléié improvisé et conservé tel quel Pou plutôt Sair.ct-Gelays n'en est-il pas l'auteur ? C'est ce qu'on peut supposer d'après la contexture du Ms., qui contient des vers de plusieurs mains. p. b,

C'est assez dict, sans que plus vous en dictes ! Je sçay tout ce que vous pouvez penser. Ne veuillez plus, pour compter vos mérites Et vos bienfaicts, si fort vous avancer. Vous pourrez trop vérité ofFenser, En vous louant de vertus si petites ; Carde tous maux et cas trop illicites Le plus méchant seroit de vous aimer : Veu qu'on ne doit les blanches marguerites. Devant pourceaulx, en la fange, semer \

I. C'est bien le proverbe : Nemargaritas ante porcos ! On appeloit alors les perles des marguerites, et T. m. 5

DieLi sait si les poctes du xvi' siècle se sont privés de faire cette allusion au nom de Marguerite, à propos des Marguerite de Navarre, de France et de Valois.

Voici une véritable épigramme digne de Sainct- Gelays, comparable à l'épître aune malcontente :Powr tous les biens qui sont delà la mer (1, 196), au rondeau : En bonne foy... [l, 3i3), et tous trois pourroient bien avoir été dirigés contre la même personne, e. p.-b.

N'est pas mon feu de la pire nature Oui oncques fut? Puisque toute verdure Scichant par feu attend fin de douleur, Et le bois sec sa cruaulté endure, Et qu'il soit vray, sa grand flamme ne dure Alors qu'il a changé forme et couleur.

Mais quel espoir doit avoir mon malheur, De moy, plus mort que nul en sépulture, Contre le quel feu met force et valeur, Et si ne suis que cendre froide et pure? Par feu prend fin chascunc créature, Fors moy dont luy, pour ne se consommer, S'unist à moy, me contraignant d'aymcr : Par quoy son feu, d'immortelle chaleur Se nourrira de ma morte froideur.

Ou'est-cc de moy? feu ne me puis nommer Ne cendre aussy le sentant m'essimer *. Mort suis vivant, prenant de mort pasture.

I. Essimcr : terme de fauconnerie; amaigrir un oiseau par une nourriture particulière, afin de le rendre plus apte au vol. p. b.

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