‹ Œuvres complètesChapitre 28 sur 106 · RONDEAU · texte numérisé non relu

RONDEAU

PAR sa vertu elle est fort estimée; Elle est fort belle et honneste clamée ; Mais l'on ne sçait si son honnesteté Louable est plus que sa grande beaultc, Tant elle en est parfaicte et consommée. La beaulté plaist; mais ce n'est que fumée, L'honnesteté luy promet renommée, Jusques au ciel, comme elle a mérité, Par sa vertu.

Et si elle est par envie blasmée, Jà n'en sera sa louange entamée ; Car riens ne peut obscurcir sa clarté, Et tort luy faict quiconque en a doubté ; Veu qu'elle n'est fors à honneur aymée, Par sa vertu *.

I . D'après les éloges que le poète a prodigués ailleurs à Mlle Loysc du Plessis, ce rondeau paroît lui être dédie. É. p.-D.

IL ne nasquit onqucs en nation Homme moins plain de variation, Ne moins tirant à dcxtre et à sencstrc, (h\c j'ay esté ; et encore est à naistrc (^ui m'a cogncu user de fiction.

Mais, vous, voyant ma grande aflcction,

Faictes semblant de ne point me cognoistre. Pour mieux garder vostre tort de paroistre; Et accusez, pour après récuser, Ung jà usé de trop vous excuser *,

I. Les deux derniers vers de ce dizain en terminent un autre tout différent, qui commence ainsi : Mon long pourchas et obstination (t. II, p. 1 24).

L'heur et bon vent qu'a eu vostre navire' N'est pas de mer, ni de ses environs, Ny des vogueurs, ny de leurs avirons.

Il vient du cœur d'une qui vous souspire" Autant de fois que vostre se désire, Et vous promets que c'est trop plus souvent gue vous n'avez ouï venter le vent :

J'en tiens le compte, et le vous puis escrire.

1. Ce huitain est fait pour être adressé par une dame à son ami absent. p. b,

2. Le verbe 50M;;zrer est aujourd'hui un verbe neutre. II est ici actif, comme dans ce passage deTibulle : 7 e tenet, absentes alios suspirat amores. e. p.-b.

HEUREUSE nef flottant en mer profonde', Dans laquelle est marchandise si chère gu'encore assez n'est cogneue du monde.

Las ! garde toy de la coste rochère ; Maine à bon port^ à saine et bonne cherc

6o ŒUVRES POÉTIQUES

Les deux qui sont eslongnez de leur tiers ! Toy, Eolus, enferme tes vents fiers, Fors que le Nord, qui bientost les rameine Avec le flot ; car aultre bien ne quiers, Que reveoir ceulx sans qui ma vie est vaine.

I. Ce dizain gracieux est imité de. l'ode d'Horace Adnavem quà Virgilius vehebatur (liv. I, ode m).

cxiu.

L'adversité ou du temps la longueur Peuvent finir l'amoureuse langueur; Mais seule Mort pourra donner respit A mon amour, ou quelque grand despit [û),

a. Var. du même Ms. :

Asse:{ d'Amans ont ^ny leur langueur Par infortune ou du temps la longueur; Mais seule Mort vie donnera respit, S'il ne me vient un trop juste despit.

SI vous voulez partir esgalemcnt * Foy à ma langue et au cœur le tourment, J'estimerois m.a peine bien heureuse; Non espérant veoir vous moins rigoreuse, Mais mon travail cogneu entièrement.

1 . Nous avons déjà \u partir ayant le sens de par taser. p. b.

SI vostre huis n'est à mon commandement, Je ne m'en veux plaindre ny tormenter ; Car ce qui vient de vostre mandement Ne peut si non me plaire et contenter. Mais de mon sort je me veux lamenter, Qui en mes maux faict (dont il me desplaist) Que plus j'en ay plus la cause me plaist : Et si ne laisse à bien m'aperceveoir Que d'estre aymé celuy-là n'est pas prest *, Qui est banny du parler et du veoir.

I. Cette locution j7re^ de, si sévèrement proscrite, est fort ancienne et a tout au moins pour elle un long usage. Si c'est une faute, tous les écrivains du xyi^ siècle la font. e. p.-b.

FUYEZ de moy, maies conditions !

Où est mon bien là est mon espérance.

Vet-tu est toute en mes affections, Tant que de vice en moy n'a apparence. Rien fors que Dieu en mon cœur n'a crédit ; Et s'il n'est vray, au moins est-ce bien dict '.

I. Ce sizain a presque une apparence chrétienne et semble un fragment d'une pièce plus longue et sérieuse. E. P.-B.

6sb. ŒUVRES POÉTIQUES

SI mon désir a passé mes mentes, Sij'ay plus sceu vouloir que desservir, Accusez-en mes puissances petites Et la grandeur qui les sceut asservir, Qui se peult mieux estimer que servir.

ET puis, Amour, ne dites-vous plus rîcn? De quoy vous sert si triste contenance? — C'est que je voy que l'espoir de mon bien Est converty en dure pénitence; Car j'ay receu non seulement défense De déclairer ma juste passion Ne descouvrir du tout ce que je pense,., Mais d'arracher ma forte affection ; Et nonobstant tousjours l'occasion Se présente d'augmenter mon envie, Qui me contrainct, sans consolation.

Dans un corps mort porter un cœur en vie'.

I. Ce dialogue entre le poûte et l'Amour débute ^a* abrupto d'une façon assez piquante. Ce n'est pas la seule fois que l'Amour est ainsi représente piteux ou confus. Il y en a de nombreux exemples dans l'Anthologie, dans Anacréon et chez les erotiques modernes, surtout les Italiens. E. P.-D,

L*AisE quej'ayde vostre liberté Rend trop content mon malcontcntcniçiit ;

DE MELIN DE S A IN-CT -G EL A YS, Ôj

Car vostre bien et ma grand' fermeté-

Par ce moyen croissent esgalement..

J'en ay basti la cause ; mais vrayment

Je le sens bien, veu que ce n'est point songe:

En vous voyant je meurs incessamment,

En vous fuyant ma vie trop j'allonge.

cxx»

y^>vUAND le souffler et Peau ne peut tuer V^ Un aspre feu, mais le croist et augmente ; Quand rien ne sert de trop s'esvertucr Pour amoindrir sa fureur véhémente, Couvrir le fault par une doulce attente Et peu à peu la cendre sur luy mettre. Mais si, couvert, encore il se tourmente. Tant qu'en luy sent sentement avoir estrc^ Je suis d'avis de le couvrir si fort, Qu'il soit trouvé, au lieu de couvert^ mort '.

I. Ces vers sont au nom d'une dame, qui conseille d'éteindre un amour inutile. Mclin répond dans la pièce suivante. e. p.-b.

RESPONSE

MAIS pensez-vous, par une morte cendre.

Et par vouloir tousjours fuïret faindre, L'honneste fin que je veux entreprendre Et l'heureux feu au long* aller estaindre?

Deportez-vous d'une telle erreur paindre' Devant vos yeux ; car je vous fais entendre Que mes souspirs n'ont point la force maindrc' Que la froideur dont vous voulez défendre. Plus m'estaignez, plus feront mon feu prendre j Plus vous pensez me deffaire et me nuire, Plus mon amour ferme ferez reluire.

Page 1