‹ Œuvres complètesChapitre 4 sur 106 · Spécialement, tout exprès. p. b · texte numérisé non relu

Spécialement, tout exprès. p. b

3. Le verd est un emblème d'espérance. Les dames amoureuses s'habilloient de verd : " Je rencontray dame Nicole, laquelle estoit de verd vestue (t. I, p. i3). »

DE qui plus tost me devrois-je complaindre, D'Amour, de Vous, de Moy-mesmc ou du Amour me veult à le servir contraindre ; [Temps? Vous refusez ce qu'à bon droict j'attends ; Je vy d'espoir et nul bien ne prétends, Et par le Temps contraint suis m'abscnter. Ainsy j'ay cause assez de lamenter, Mais plus de Vous ; car vous estes à mesmc De me pouvoir promptemcnt contenter D'Amour, de Vous, du Temps et de Moy-mcsmc.

AMOUR aveugle aveugle tout le monde Et moins souvent espargne le plus saige. Oncques le sens, le sçavoir ou faconde Ne peult couvrir ce qu'on voyt au visaige. Or je cognois qu'il vous guette au passaige Le traistre Enfant qui m'a tant abuse ! Fuyez-vous-en ; car il est trop rusé Et n'en croyez Pétrarque ny Ovide ; Mais advisez s'il doit estre excusé Celuy qui prend un aveugle pour guide.

FORTUNE monstre assez sa cruaulté En m'esloignant du lieu ou gist mon cueur ; Amour me rend serf de vive beaulté Et n'adoulcist vostre extresme rigueur ; Le Ciel n'a point pitié de ma langueur ; Nature aussy ne m'a pas figuré Pour estre à vous en grâce mesuré. La Mort souhaite et Mort de moy n'a cure ; Contre moy donc ensemble ont conjuré Fortune, Amour, le Ciel, Mort et Nature \

I . Ce dizain est construit sur le même modèle que le cinquième; tous les lecteurs comprendront que le mot figuré (au sixième vers) signifie /orme, et qu'au huitième : La mort souhaite veut dire je souhaite la mort. Sainct-Gelays abonde en inversions forcées, en expressions qui manquent de franchise et de netteté. Il seroit fastidieux de les signaler toujours, p. e.

FORTUNE avoit à l'Amour endormy Desrobé l'arc, et carquois et flambeau ^ Et le tout mis soudainement en l'eau ; Mais le garson qui ne dort qu'à demy Ouyt le bruict, si se jecta parmy' Et tant ouvra que la plus amortie De ses chaleurs secheroit un amy, Voire la mer^ dont Venus est sortie*.

1. Parmy, à fr^vers; ex. : «S'en revient parmy, Tespce traicte, et luy donne un tel coup. » {Lancelot du Lac,

t. II, fol. 21.) P. B.

2. Cette jolie pièce semble une réminiscence de l'antiquité, Marianus Scholasticus, dans une épigramme grecque (/l?zr/zo/. palat., IX, 627), représente des nymphes jouant le même tour à Cupidon et jetant son flambeau dans leur fontaine, qui devient aussitôt une source thermale. Voyez le Cupidon crucifié d'Ausonne et la Cantate de J.-B. Rousseau intitulée Diarc.

JE ne voy rien si souvent que ses yeux Et ne les puis toutefois retenir.

Je ne voy rien en quoy je pense mieux Ni rien dont moins me sache souvenir, Nature a faict en moy seul advenir Que de mon bien si mal il me souvienne, Afin qu'absent ne me puisse tenir Que pour les vcoir soudain je ne revienne'.

I. Ne pouvant retenir dans sa mémoire les beautés de celle qu'il aime, il ne peut se tenir, s'empêcher de

revenir sans cesse la voir. C'est terriblement alambiqué. P« B.

JE sens par jour tant de sa cruaulté, Qu'il faut par nuit que je la songe mienne ; Je pense tant tousjours de sa beaulté Que ma vie est une fable ancienne.

Je crains Paris et crains qu'il ne revienne Dire : « Voicy celle que j'ay ravie ! » Puis je m'asseure et croy que l'autre Heîeine Eut moins de grâce et beaucoup plus d'envye^

I. Il assimile sa maîtresse à Hélène, épouse de Ménélas, et craint qu'un autre Paris ne vienne la lui enlever. Si, comme je le crois, le Ms. où j'ai puisé ces vers est bien celui d'Hélène de Culant, c'est à elle que sont adressées la plupart des pièces qui le composent, et notamment celle-ci. p. b.

Le mot envye qui la termine paroit avoir le sens erotique de l"î[jL£poç et de l'oTarpoç des Grecs, ou de Yurtica et du Cupido des Latins. L'Hélène antique étoit beaucoup plus peccable et moins honnête que la moderne Hélène. Les vers sont jolis et dignes du bon temps de Melin. e. p.-b.

SI je maintiens ma vie seulement Par ton regard, qu'est-ce que je feray Si tu le donne autre part ? — Je mourray, Et toy bientost après certainement; Car lorsque Mort finera mon tourment.

Te sentiras sans force et sans valeur,

Puisque vivons l'un de l'autre aisément, Moy de ton œil et toy de ma douleur'.

I . Imprimé dans VHécatomphile sous ce titre : Ung autre amoureux parle à sa dame et la suppJye ne luy estre chiche de doulx regards pour maintenir sa vie.

CET aultre est beau ; mais pourquoy ne seroit ? Veu que m'amye est scavante et subtile En amytié, voire et trop difficile^ Pour se venger, a dict qu'el'l'aymeroit. Or ce beau là, je croy bien qu'il pourroit L'œil et le corps d'une autre contenter ; Mais au plaisir jamais ne penseroit Qu*Amour et moy luy sçaurions inventer".

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