‹ Œuvres complètesChapitre 5 sur 106 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

AMOUR voyant sa mère cstre marrie p^ue de Phœbus la sœur pleine d'audace Sur clic avoit victoire et seigneurie Pour l'exercice et labeur de la chasse, S'est advisé de nouvelle fallace En luy baillant son arc, flèches et trousse. Pour arrester beste soit noire ou rousse, Qu'elle poursuit après pour venaison.

Lors clic faict que soubs la saulce douce Les traicts d'Amour ont laissé leur poison',

I. Je suppose que le poct^ a fait ces vers en mangeant quelque pièce de gibier abattue par si mais-

tresse. C'est elle la Vénus à qui l'Amour a prêté ses armes ; et le poëte, en savourant la venaison, avale avec la sauce le poison de l'Amour. Le Ms. porte pj^îson, qui me semble une faute. p. b.

D'ainsy me condemner s'ils ont eu tort ou droict Je le remets à Dieu qui cognoist toute chose ; Mais de payer comptant Tamende il le faudroit Et le fauldra bientost sy le Roy n'en dispose, La donnant à celuy qui advancer ne l'ose, Aymant mieux telle amende au maistre demander Que sans telle demande en ce poinct s'amender. Fay-donc d'amy office ; et soit bien entendu [der. Que pourm'acquitter d'une en fault deux comman- Ou seroit pour toy temps et pour moy //?;;/ perdu',

I . Ce dizain, tout rempli de jeux de mots et de concetti, est relatif à la perte d'un procès. Peut-être s'agitil de l'affaire qui avoit été suscitée au poëte à propos de son abbaye de Reclus. Nous avons vu (t. I, p. 255) des vers à ce sujet : Le voy prochain du céleste pouvoir. Nous en verrons plus loin d'autres : Fortune de mon bien envieuse et jalouse. e. p.-b.

JE me cognois et me sens si peu mien, Régnant sur moy Amour et sa malice ; Tant obligé je me suis par service Et tant perdu par folastre maintien, Que je ne puis luy vouloir aucun bien,

lO *ŒUVRES POÉTIQUES

Et fust son cueur entier comme il souloit ; Ny me passer d'aymer et d'estre sien, Eust elle faict ce qu'un aultre vouloit.

DIX et dix ans Amour avoit taschc De rendre aimé son subject La Rivière Et si l'eust faict par force ou par pricie, Si povreté ne l'en eust empesché.

Quand il se veist de deux maux entaché Dont l'un requiert que tousjours on se monstre Et l'autre veult qu'on se tienne caché, La mort luy fust heureuse malencontre '.

I. Ces vers sont l'épitaphe du malheureux La Rivière, qui mourut de faim et d'amour. Il ne tenoit sans doute pas à l'illustre famille des vicomtes de Rivière, qui occupoient alors de grandes charges à la cour. Si c'ctoit un poète, les biographes n'ont pas jugé à propos de conserver son nom.

J'ay vostre cœur si doulcement traicté Qu'il est à moy ; vous n'en estes plus maistre Et si sçay bien que, s'il eust voulu estrc En aultre part, vous me l'eussiez esté. Par un despit souvent il a esté Prest de partir et moy de le vous rendre ; Mais le mien bon l'a tousjours arresté. Disant : — «Madame, achevez-luy d'apprendre

Par moy que c'est d'Amour et Fermeté; Puis le donnez à qui le pourra prendre * ! y)

I. Melin, comme il le fait quelquefois, a-t-il mis ce dizain dans la bouche d'une femme ? Le mot maistre^ au second vers, le ferait supposer, car il s'npplique à un homme ; mais comme l'auteur dit madame au huitième vers, la solution reste indécise. p, b.

LES diamans, les perles, les rubis *

A vous parer ne servent nullement ; Car vos beautez gardent certainement Que l'on ne puisse adviser aux habits.

Donc qui vouldroit bien parée vous veoir, Sans parements il vous fauldroit avoir *.

I. Ce joli sixain rappelle une plus jolie épigramme de Marot (liv. II, ép. xvii), sur M^eYsabeau de Navarre, qui commence :

Qui cuyderoit desguîser Ysabeau

D'un simple habit, ce seroit grand simplesse...

et qui finit ainsi :

Mais il me semble (ou je suis bien trompé) Qu'elle seroit plus belle toute nue.

Du reste, nos deux poètes n'ont fait que développer ce mot naïf de Plaute [Mostella, act. I", se. m) :

Piilchra mulier, niida erit quam purpwata, pulchrior.

Il seroit possible que les vers de Melin eussent été écrits à la même adresse que ceux de Marot. Ysabeau de Navarre étoit fille de Jean d'Albret, roi de Navarre,

et bellc-sœur de la grande Marguerite. Elle épousa plus tard René, vicomte de Rohan, premier du nom.

LOYSE ' entend que plus je ne demande Fors la servir et tousjours estre sien ; Et toutesfois la fascheuse commande Que de la veoir m'abstienne^ et si sçait bien Que je ne puis et que n'en ferai rien. Dont de despitj en lieu d'une sagette^ Contre ma jambe un baston elle jette '. Le sang en sort. O grande cruaulté ! Mais le barbier ^ trouve ma jambe nette Et dit : (( Le mal en est au cœur monté. »

1. C'est probablement Lojse du Plessis, à qui plusieurs pièces de ce recueil sont adressées. On trouve parmi les Epigrammes de Maiot (1. I, ép. lx) un sonnet où le pocte célèbre les louanges d'une Loyse, qui ne peut être Louise de Savoie. Peut-être seroit-ce cette même Loyse du Plessis. e. p.-b.

2. Ce procédé paroitroit aujourd'hui bien vulgaire de la part d'une fille de bonne maison. Mais au xvi" siècle les mœurs étoient moins sévères, et telle action qui nous choque aujourd'hui sembloit alors toute naturelle. p. b.

3. Les barbiers, en ce temps-là, faisoient la petite chirurgie. p. b.

I ce sainct-là qui trop vous entretient * Estoit un sainct, ne fust-cc que de cire.

Il s'en iroit sans qu'il luy fallut dire.

Et sçauroit bien le grand tort qu'il me tient'.

I. Il s'agit sans doute d'un rival dont le nom^ comme celui de Sainct-Gelays, commençoit par le mot «.aint. Peut-être s'appeloit-il Saint-Cyr? Alors l'allusion seroit encore plus complète. e. p.-b.

DESSUS un lict estoit toute estendue, En attendant son désiré mary, Celle à qui est toute louange deue.

Et lors Amour, qui ne fut oncq nourry Ou'en tout hazard, despit et bien marry D'avoir esté tant de fois refFusé, La voyant seule, ainsy qu'il est rusé, Luy a dict : — « Oh! Dame digne de mieux, N'as-tu pas bien l'esperit abusé D'attendre un homm.e et de laisser les Dieux' ?»

I . Ce dizain a certainement été composé pour quelque prince épris d'une dame mariée, peut-être pour François I"", amoureux de la célèbre comtesse de Châteaubriant. Les dieux qu'elle dédaigne seroient l'Amour et le roi. p. b.

SI je suis seul plus que tous amoureux. Seul plus que tous en amour malheureux, Si plus que tous je vous veulx obéir.

Je ne vous puis malvouloir ny haïr.

On ne s'en doit autrement esbahir, Car je soubstiens que vostre grand beaultc Avoir les cœurs de tous a mérite.

Mais je vous prie aussi considérer (Qu'Amour où trop domine cruaulté Certes ne peut gueres longtemps durer.

CELLE OÙ beauté a esleu son séjour A ses amis le temps a divisé ; L\m a la nuict, et l'autre prend le jour : Si m'est advis que c'est mal advisé Et qu'elle n'a mon mérite prisé ; Car tous les deux doy avoir ou choisir : Or j'ay le jour. Amour donne désir D'avoir la nuict. L'autre est trop bien traicté D'avoir le temps où se donne un plaisir Qui, sur tout autre, est de tous souhaité '.

I. Ce partage de la nuit et du jour, plus d'une fois mis en scène par les poètes, ne l'a jamais été d'une façon plus piquante que par Saint-Lambert dans cette épigramme:

La jeune Églé, quoique fort peu cruelle,

D'une Honesta veut avoir le renom ;

Prudes, pédants, vont travailler chez clic

A reparer sa réputation.

Là, tout le jour un cercle misanthrope

Avec Églé médit, fronde l'amour :

Hélas! Églé, semblable à Pénélope,

Défait la nuit tout l'ouvrage du jour.

Comparez aussi la lin d'une jolie pièce latine de J. du Bellay: Optât se inclusion ciim Faustina {Amenitatcs Poct. de Barbou, 1779, P» 359). ^' ^''^'

^^-v UATRE éléments sont autheurs de la vie,

V^Par un accord que Dieu entre eux a mis,

Et est soudain l'âme du corps ravie

Quand l'un deiFaut ou l'autre est trop remis*.

Ainsy pour vray il est de quatre amis,

Joincts et unis par telle affection

Que de l'un seul la séparation

Mourir feroit tous les quatre en une heure ;

Mais quand des lieux survient mutation,

Le cœur de l'un faict que l'autre ne meure'.

1 , Deffauty manque ; du latin déficit. Remis, éloigné, séparé; remissus.

2. Si l'on cherchoit quels pouvoient être ces quatre amis, peut-être ne se tromperoit-on guère en nommant Cl. Marot, Ant. Dumoulin, F. Rabelais et le poète lui-même. p. b.

POUR VOUS aymer moy-mesme veuil haïr ; Pour vous garder je me veuil délaisser j Pour vous tenir la foi me veuil trahir ; Pour vous guarir content suis me blesser ; Et maintenant que me voulez chasser Sous ne sçay quelle honneste couverture ', Croire je veuil et souvent je m'asseure Qu'ainsy Pavez par raison entrepris ;

Mais il n'est dict qu'on doive estre repris De se fâcher quand par trop on endure .

I. Honnête prétexte. Marot a employé la même locution dans son épigramme du Jour des Innocents, où il fait allusion à cette coutume tort scabreuse qu'avoient alors les jeunes gens d'aller innocenter, c'est-à-dire fouetter les jeunes filles qu'ils surprenoient au lit le matin de ce jour-là.

DIEU qui pouvez tout, comme je le croy, Comme il est vray et point n'enfault doub- Qui cognoisscz ce que suis mieux que moy, [ter, Sçavez les maux qu'elle me faict porter, Voyez qu'en moy n'est de les supporter ; A vous me viens adresser pour le mieux Et vous supply (si pitié règne aux cieux) Oue commandez que pour sien me retienne. Mais si voulez faire devant nos yeux Un grand miracle, il fault qu'elle soit mienne \

I. Cette petite pièce est digne de Bernis, de Voisenon ou de tel autre abbé galant du xviii' siècle, postérité littéraire plus ou moins directe du vieux Melin.

JE n'y vais plus, car ils sont plus de trente : L'un tient sa coëfi'e et l'autre son bandeau, L'un dict qu'Amour le moleste et tourmente^ Et l'autre faict le doux, l'autre le beau.

Quelqu'un aussi peut-estre faict le veau. Or quant à moy je veux fuïr la presse ; Et si l'on dict que j'aime, je confesse Que j'aime tant que ne m'ose monstrer.

O forte Amour ! estrange est ta rudesse : Tu me conduis et me défends d'entrer*.

I. L'usage permettoit alors aux gentilshommes et même aux gens d'Eglise d'assister au lever et à la toilette intime des dames de la cour. C'est à cette indécente coutume que fait allusion cette petite pièce, où l'on croiroit voir au premier abord figurer tout un essaim de Cupidons, comme dans certaines odes d'Anacréon ou épigrammes de V Anthologie. e. p.-b.

CELLE qui fut envers moy plus cruelle Que je ne puis ne dire, n'exprimer, Et continue à estre tousjours telle Comme je fais et feray de l'aimer, Voyant qu'ennuy ne me peut consumer, Un grand plaisir me donner s'advisa Et d'un piteux œil * me favorisa; Dont toutesfois ma douleur ne s'appaise ; Car mon cœur sceut qu'ainsi elle en usa, Pour tout soudain me faire mourir d'aise.

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