‹ Œuvres complètesChapitre 45 sur 106 · Sans milieu, ni bords. p. b · texte numérisé non relu

Sans milieu, ni bords. p. b

3. Départ, troisième personne de l'indicatif de départir, partager, séparer. e. p.-b.

HONNEUR, despit encontre Amour, a dict Que tout entière il veut ma Dame avoir. Amour, gardant par fureur son crédit, A respondu : — « Tu n'as pas ce pouvoir ! » Sur ce débat chacun feit son devoir A qui du tout en seroit le vainqueur.

go ŒUVRES POÉTIQUES

Lors arriva ou Foiblesse de cœur Ou bien Raison, qui fit tous leurs accords. Le cœur bailla à TAmour, et l'Honneur Feit possesseur du demeurant du corps.

Par quoy ne crains la rigueur du dehors, Puisqu'au cœur est Amour plain de doulccur '.

I. Ce badinage rappelle une jolie épigrammc de Paul le Silentiaire, dont voici la fin :

OuTito 5'AçpoYiveiav Ô).r,v Qov àXX'eTi xàfJLVw, TTapOsvov àfJLç-teTiwv )ixTpov àvaivo[JLivr,v,

II'fjLiau yàp IlaçiYi, t6 ô"ap' f,[jLt<Tj Swy.ev 'Aûv^vri, Auxàp èyà) (j.£a(TO<; Tyixo[ji.at àfJLçoxÉpwv,

{Anth. pal., v. 272.)

d Mais jamais jusqu'ici je n'ai conquis Vénus tout « entière : loin de là, je suis encore dans la peine, « poursuivant une vierge qui me refuse sa couche. Car « elle en adonné une moitié à la déesse de Paphos, et « l'autre moitié sans doute à Minerve. Ainsi, je me tf consume au milieu de ces deux divinités!»

Mais on voit que la conclusioa de Melin est toute difl'érente. e. p.-b.

AMOUR a dict que de ma fermeté.

Par cruaulté, me fera repentir.

Et que ma mie, où ne voy seureté, Fera, de moy pour aultre, départir'.

Hélas ! Amour, vous pourriez bien mentir ! Car son cœur double et vostrc grand finesse N'ont le pouvoir de rompre ma fcrmcssc. Et, si son cœur veut cstrc variable,

DE MELIN DESAINCT-GELAYS. Çï

J'ayme trop mieux que le mien, de tristesse, Meure soubdain, qu'il soit au sien semblable.

I. Fera départir de moi pour autre : me quittera pour un autre. Ici, départir est pris substantivement.

Vous avez faict, ô Amour, un nouveau, Pour moy cruel et trop fascheux partaigc. Donné avez vos aelles et bandeau.

Pour aveugler et faire plus volaige Celle qui fut tousjours pour mon dommaige, Et ferme Pœil quand me fault secourir.

Trousse, flèche, arc (dont je luy puis ferir) Sont pour ma part. Mais c'est estrange chose : Elle me faict par vos armes mourir, Et, de vos traicts qui me peuvent guérir, Je l'aime tant que frapper ne l'en ose K

I. II y a quelque analogie entre cette pièce et celle qui commence : Amour a fait empenner ses deux aeles (p. 47, ci-dessus). Mais que la phraséologie de Melin est entortillée ! p. b.

APRÈS i'hyver et poignante froidure, Survient l'esté où plaisir se pourmainc ; Après travail, labeur et peine dure.

Le seur repos nous remet en halaine.

92 ŒUVRES POETIOUES

Le temps nous ostc et après nous ramaine, Et n'est douleur si grand' qui ne s'appaise, Ne si grand' soif que la claire fontaine * Ne puisse bien estarcher à son aise.

I. NV auroit-il point ici une allusion galante et badine à ijnc demoisv^lle de la Fontaine, que Marot a aussi célébrée dans une épigramme (liv. II, épig. 2)? La chose est d'autant plus probable que maître Clément joue d'une faç-on tout à fait analogue sur ce nom propre, qui, dans son texte, n'est point déguisé :

Ouant au travail, bien je vous a certaine, Qu'incessamment y seroii exposé, Jusques à tant c^yiaupres de la Fontair.e A mon désir je me sois repose"!

II n'est aucun lecteur lettré qui ne se rappelle, à ce propos, le jeu de mots plus piquant encore fourni par ce nom de La Fontaine à l'auteur bien controversé du rondeau : Sur les Métamorphoses d'Oi'ide mises en rondeaux par Benserade, plaisanterie qui blessa au vif le prétentieux rimeur :

A la fontaine où s'enivre Boileau, etc., etc.

J'y trouve tout fort beau,

Papier, dorure, images, caractère,

falloit laisser faire

A Lafontaine. E. p.-d.

QUI profiter vcult en saincle cscripturc, Son cœur il doit à Dieu sacrifier; Car en icelle est Timaigc et figure Dcluy qui seul nous peut justifier.

Et ne faut pas en son sens se fier; Mais, par humblesse, en défiant de soy, Il faut avoir, pour se mortifier, En la lisant ferme espérance et foy '.

I. Ce huitain semble une protestation contre la Réforme, en même temps qu'une sorte d'amende honorable destinée à atténuer l'effet fâcheux de certaines autres pièces pubhées dans le recueil de 1^47, et qui sentent le huguenotisme à plein nez. e. p.-b.

DÉSESPÉRé et prest de m'aller pendre Pour le refus qu'à tort Ton m'avoit faict, La Mort priay de tost me venir prendre ; Ce qu'el' voulust exécuter de faict, Et droit au cœur tira son dard infect. Mais quand du tout transpercé l'aperceut De ceux d'Amour, sa flèche elle ne sceut Jeter dedans et la pousse au visaige, Qui guarison soudainement receut, Par le mesme œil dont sortit tout l'outraige *.

I . Pauvre Melin ! quelle mine de porc-épic il devoir avoir, lardé par l'Amour de tant de fièches que la Mort ne savoit où tirer la sienne. Que d'affectation ! et comme on est peu tenté de le plaindre, quand même il souffriroit en réalité, p. b.

eus estes doncq tombée en maladie.

Après m'avoir faict du pis qu'on peut faire?

O le grand bien (puisqu'il faut que le die), Oui vous fera juger, par son contraire, Que tort avez de me vouloir deffaire ! Si est-ce, amie (afin que je ne mente), Que vostrc mal moins vous que moi tourmente ; Et fais souhait, s'il faut que vous mouriez, Que delà Mort pour vous le coup je sente Et qu'icy bas, pour nous dcux^ dcmouricz'.

I. Ici du moins il y a quelque apparence de sentiment, mais que c'est encore alambiqué ! p. b.

RIEN ne m'y sert de mon luth l'harmonie ' . Pour adoucir l'aigreur de ceste absence, Ayant tousjours au cœur la compaignic Dont je jouis par seule souvenance.

Et m'en souvient si couvent, que je pense Le seul penser beaucoup plus gracieux Que ne fut oncq tout le plaisir des yeux ; Dont n'ay regret qu'à la parole et voix ; Car le surplus je gouste et sens trop mieux. Ne l'ayant point qu'alors que je Tavois '.

1. Sninct-Gclays ne parle pas au figure. Il ctoit excellent musicien. p. n.

2. Le manuscrit n'ayant point d'apostrophe, on peut aussi bien lire : je la vois ou je Favois. Le poëtc a peut-être eu l'intention de faire un jeu de mots, que l'orthographe et la prononciation de son temps ven~ doient possible. p. n.

DE MKLIN DE S A I N C T - G E L A Y S. 95

OviATEURS, ne soyez esbahis Si le soleil n'ose monstrer sa face.

Il sçait trcs-bien Loyse estre en pays, Dont la beauté toute la sienne efface.

Cache se tient cependant qu'elle passe ; Car il a peur d'estre pris et attaint De son amour, ou bien, cherchant sa grâce, La favorise et garde son beau teint.

SI peu ne peut une absence durer Qu'à celuy-là, qui d'amour est surpris, Elle ne fasse un grief mal endurer, Tirant à soy tous les sens et esprits. Je scay combien les miens j'en treuve espris. Auxquels sans vous nul bien ne peut suffire ; Et sont si fort en vous liez et pris Qu'ils n'ont en moy le pouvoir de l'escrire.

JE ne me puis plaindre ny contenter ; Car c'est beaucoup et ne me peut suffire Que, quand vostre œil cuide me tourmenter, Vostre parole adoucit mon martyre.

Si Euis-je heureux (mais pas ne le fault dire) De vous aymer. veu qu'avez le pouvoir

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De satisfaire en un mot au devoir Que vous requiert mon ardente amitit: ; Mais plus qu'heureux seray, si je puis \eoir Que par elFect ayiez de moy pitié.

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