DE LA DEFFAITE DES BOURGUIGNONS
DEVANT BEAUCAINE * OU FUT PRIS LE DUC d'aSCOT, PAR LE BON ORDRE DE M. LE MARESCHAL DE SAINCT- ANDRÉ.
TosT s'aperceut le regnateur d'Asie " Que la faveur des Dieux ses partisans L'avoit laissé, et l'Europe choisie Pour y porter son sceptre après dix ans.
Le prince ^ aussy des peuples mesdisans, Du nom françois peult par leur suite entendre, Que Sainct- André, qui les souloit deifendre, Les persécute et contre eux prend les armes^ Puisque les feux que mal sceurent esprendre Il voit esteincts de leur sang et leurs larmes.
I . Beauquesne est une commune du département de la Somme, arrondissement de Doullens. Le fait
IlS ŒUVRES POÉTIQUES
d'armes dont il s'agit eut lieu dans une des deux campagnes que ht. en Picardie, en i553 et i555, le maréchal de Saint-André, Jacques d'Albon, marquis de Fronsac, seigneur de Saint-André, chevalier de Saint- Michel et de la Jarretière, gouverneur du Lyonnois et maréchal de France. Ce gentilhomme, né vers i5o5, mort en i562, étoit beau, brave, spirituel, magnifique, mais en même temps avide et rusé. Il avoit épousé Marguerite de Lustrac, dont Sainct-Gelays a aussi parlé. p. B.
2. Le regnateur d'Asie étoit Priam, qui succomba dans Troie, sa capitale, après un siège de dix ans.
3. Philippe III, sire de Croy, duc d'Aerschot, prince de Chimay, chevalier de la Toison d'or, etc., s'acquit beaucoup de réputation durant les troubles des Pays- Bas. 11 mourut en 1493, âgé d'environ soixante-dix ans. p. B.
CHANSON
JE consens Que tous leurs sens Ont perdu ces amoureux', Qui espris Sont des esprits Qui les font si malheureux.
Pour esbat, Guerre et dcsbat Vous prenez Icgiercmcnt, Et vous plaict Ce qui desplaict A tout bon entendement.
Tel se plainct, Qui sont mal feinçt Pour vous mettre en passion, Et au cueur Ne sent douleur Si ce n'est par fiction.
Tous ces vœux Estimer veux Voués à ung seul amy ; Mais souvent Ne sont que vent.
Et n'ont d'amour qu'à demy.
Mais combien Que vostre bien Soit accomply en tout heur.
Nonobstant Ne blasmez tant Ceux qui ont quelque valeur.
Pour avoir
Perfaict devoir
D'une vraye loyauté,
[1 ne fault
Voler si hault
Ny user de cruauté.
Vous chassez Et effacez Tels du rang de vos amis,
Qui après Ne seront prêts Quand vouldrez qu'ils y soient mis.
N'estimez Les mieux aymez Estre tousjours plus heureux.
Muable est Ce qui vous plaist Et n'est rien scur sous les cieux.
Les travaux
Les plus loyaux
Vous sont esbat et plaisir;
Mais tousjours
N'aurez les jours
A vostre grc et désir.
' Qui mesdit
De ce qu'on dict De cueur et d'affection, A bon droit Mcritcroit Grande rcprehension .
Chascun sait Son propre fait Tel qu'on le puisse estimer, Et s'il peut Celle qu'il veut 11 induit à bien aimer.
Db MELIN DE SAINCT-GELAYS. 121
Plus de trois Plus d'une fois En plus d'un endroict j'ay veu, Pourchasser Aultruy chasser Et cstre en son lieu pourveu.
Tel à Dieu ' Venant d'un lieu Oh n'est mon cœur arresté, D'esmouvoir N'a le pouvoir De mon cueur la fermeté.
Serviteur Ayant cest heur D'estre aymé loyalement, Ja ne craint Qu'on soit contraint De le tfaicter rudement.
1 . Cela veut dire : J^avoiie que ces amoureux ont perdu tous leurs sens. — La même interversion existe au couplet suivant : Vous prene:{ legierement guerre et débat pour ébat. e. p.-b.
2. Ou adieu, comme on écrit aujourd'hui. On pourroit lire : tel adveu. p. b.
CHANSON
ES yeux qui me sçeurent prendre ' Sont si doux et rigoureux '^
Que mon cœur n'ose entreprendre De s'en monstrer langoureux.
Il se sent mourir pour eux Et fcinct d'estre sans douleur.
O que celluy est heureux Qui peut dire son malheur!
Le temps, qui tout mal appaise, Rend le mien plus vigoureux, Et fait que rien ne me plaise Si non d'estre douloureux.
Mon pleur large et plantureux Nourrist ma flamme et chaleur :
O que celluy est heureux A qui desplait son malheur !
- D'amour je ne me veux plaindre, Ny du sort aventureux ; Ny la mort je ne puis craindre, Car j'ay mal plus dangereux.
Un bien me fait malheureux, Dont j'ay perdu la valeur :
Celluy au prix est heureux Qui n'eust jamais que malheur.
1. Il y a lieu de penser que cette chanson, une des plus jolies du poète, a été composée pour une dame mariée, de très- haut paragc. — La chanson : O combien est heureuse (I, GG), est en plus d'un endroit l'antiphrase de celle-ci. e. p.-b.
2. C'est le ■{}.'jy.\jiz\-ji.ço% des Grecs qui revient si souvent dans VAntlwlogic, surtout dans les gracieuses poésies de Méléagre. e. i-.-n.