TRAGÉDIE REPRÉSENTÉE AU CHATEAU DE BLOIS EN 1554 ET
A Sopbomsèa, c[\iGique dérobée du Trissino, comme dit Branthôme, et faite en colla- I boration avec François Habert, meritoit d'être réunie aux œuvres de Sainct-Gelays. Ce n'est en réalité qu'une traduction libre, abrégée en certains endroits^ et tout le mérite de la pièce revient à l'auterir italien. Mais, d'un autre côté, c'est une des premières tragédies représentées en France et la première écrite en prose avec des choeurs en vers. Il est à remarquer que ces chœurs jusqu'à la troisième Ir.termédie, parlent constamment en vers, tandis qu'à partir de cet endroit, ils ne se servent plus qu'à trois reprises du langage poétique.
Branthôme, qui vit à Rome la Sophonisba\t.di\\tviïiQ et la Sophonisba Françoise à Blois, revient par deux fois avec admiration sur la pièce de Sainct-Gelays : d'abord dans la vie de Henry II \ et, en second lieu, dans celle de Catherine de Médicis ^, où il
l6o ŒUVRES DE MELIN DE S.-GELAYS.
rapporte que la Sophonisba fut jouée à Blois pour les noces de M. de Cypiere et du marquis d'Elbeuf, et très-bien représentée par mesdames ses files " et autres dames et damoiselles et gentilshommes de sa cour. — li'avis qui précède la pièce (page 162) témoigne que deux des principaux rôles d'hommes étoient tenus par Sainct-Gelays et Habert.
On peut déduire des paroles de Brantôme que la Sophonisba parut à deux reprises sur le théâtre de la cour, à Blois; car les noces du marquis d'Elbeuf eurent lieu le 3 février 1554, et celles du marquis de Cypiere le 21 avril 1556, ainsi qu'on l'a vu par deux cartels qui commencent, l'un : Les six vainqueurs, etc. ; l'autre : (Quiconque sent du fils de Cythérée * .
Il paroit aussi que l'esprit superstitieux de Catherine de Médicis fut frappé par les revers de Siphax et la mort de Sophonisbe. Elle eut opinion^ dit encore Branthôme, quelle avoit porté ?nalheur aux affaires du royaume, ainsy qu'il succéda; elle n^ en fit plus jouer, mais ouy bien des comédies et tragi-comédies, et mesmes celles de Zany et Pantalon, y prenant grand plaisir, et elle en rioit son saoul comme un autre, etc.