‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 106 · I. C'est une femme qui parle. p. b · texte numérisé non relu

I. C'est une femme qui parle. p. b

TANT a donné de plaisir à mes yeux Le seul regard de vostre portraicturc, Que le mien cœur, se meslant parmi eux, S'est voulu rendre oeil contre sa nature. Ma bouche aussi, baisant ceste paincture, Œil pour la veoir, souhaita devenir ; Mais tout soudain, par le doux souvenir D'une beauté qu'avez par trop naïve,

Je desiray que l'on vous peust tenir Là en paincture et icy toute vive.

L'œil dict assez, s'il estoit entendu, La bouche veult mon désir révéler ; Mais cela m'est par crainte défendu.

Ne sçauroit-on entendre sans parler?

Ne respond-on jamais sans appeler?

A mon semblant mon besoing se peult lire S'on Y prend garde, et je n'ose rien dire. Je ne sçay plus où mon espoir fonder.

Il est mal prest d'avoir ce qu'il désire, Oui n'ose ouvrir la bouche pour s'aider'.

I. Cette pièce semble former une suite ou une réponse à la précédente. e. p.-b.

LE temps est bref et ma volonté grande ' Qui ne me veult permettre le penser.

La passion me contrainct et commande Selon le temps le parler compenser'.

Jusques icy j'ay craint de m'advancer, En attendant un temps de long loisir; Mais il n'est pas en moy de le choisir, Par quoy de peu fault que mon profit fasse. En peu de mots vous diray mon dcsir;

C'est que je n'ay volunté ny plaisir Que d'estre seur de vostre bonne grâce.

1 . Ce vers rappelle vaguement le premier aphorisme d'Hippocrate : Ars longa, vîta brevis. e. p.-b.

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