‹ Œuvres complètesChapitre 9 sur 106 · Régler mon langage suivant les circonstances · texte numérisé non relu

Régler mon langage suivant les circonstances

POUR vraye amour cruaulté me rendez, Et de vos yeux quasi me commandez De m'eslongner, sans plus que je vous hante. Parler, escrire est ce que deffendez A moi tout seul. Les autres attendez Et voulez bien que chacun vous fréquente. Je pense bien quel est vostre pretente * ; C'est que du tout ne me faisait l'honneur De m'estimer vostre humble serviteur, De mon amour vous cuydpz le lien Avoir rompu ;,mais de ceste rigueur Le nourriray ^ au profond de mon coeur. En vous monstrant, en absence, combien Amour est fort qui en moy vit de rien.

1. Le Ms. \iOvie prétende ; la rime et le sens paroisstnl txi^QV prêt ente ^ ànldiûn pretentum, participe de pretendere; on d\V3\t2i\i]ouvdi'\xm prétention, p. b.

2. La gradation eût été mieux suivie s'il avoit dit : Le nourrissant... vous monstreray... L'auteur n'avoit évidemment pas mis la dernière main à ces pièces quand elles ont été transcrites dans le Ms. qui nous les a conservées. e. p.-b.

QUI n'a pouvoir ou ne se veult aider De convertir l'impossible à raison, Il est bien loing de son oultre-cuyder Et dessert bien de mourir en prison *. Pour l'obstiné ne se faict oraison ; Car s'il luy plaist de jamais n'avoir bien. Bonté, conseil envers luy ne font rien. Il devroit doncq à jamais son mal feindre Puis qu'il fuît d'en saillir tout moyen ; Mais s'il se plainct, on ne l'en doit pas plaindre.

I. Ces vers ont évidemment pour objet un hérétique endurci que le poëte jugeoit digne de mourir sans pardon ni prière. Mais il est impossible de deviner si cet excommunié étoit Dolet ou quelque autre.

JE ne scay pas si l'on pourroit atteindre Où je me tiens ; mais j'ay toute fiance, Tant peu je suis accoustumé de craindre Et tant certain de mon impatience ; Car j'aimerois trop mieux la cognoissancc Qu'elle me fust du tout par mort ostce, (^uc l'on me dist, par doubtcuse apparence, Autre l'avoir seulement empruntée *.

I. Melin veut dire qu'il ne doute pas de ^a maîtresse. Toutefois il aimcroit mieux la voir morte que séduite par un autre.

Ce huitain a été imprimé dans ÏHécatomphile,

réuni à tort avec un autre : Ma mie et moi, qui se trouve plus loin. p. b.

Au départir fut faict l'eschangement De nos deux cœurs, dont le tien doulcement Dedans le mien feit entrée honorable, Où il commande et je l'ay agréable ; Mais le mien sert ton beau corps en l'aimant. Si tel servir rend Tamour pardonnable, Mon labeur est autant recommandable Que le pouvoir de ton commandement.

NE voulant plus que mon amour partie ' En tant de lieux incertaine demeure, Elle fera son heureuse demeure En lieu qui m'est autant cher que ma vie. D'aultres aimer je n'en ay plus envie ; Je quitte tout, m'abandonnant à une, Qui est mon heur, mon bien et ma fortune. Du tout m'y rends : je la veux seule amie* !

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