I. Ovide
Os homini sublime dédit cœlumque tueri Jussit et crcctos ad sidéra tollcre vultus.
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trion n*en sçavoient non plus que dire que s'ils n'eussent jamais veu lever ne coucher le soleil, qui est plus grande ignominie que l'on ne pense. Car qui ne ticndroit un homme pour hebeté du sens, qui ayant demeuré libre quinzejvint ou plus d'ans en une ville, ne sçauroit monstrer à un survenant place, palays, temple, rue ne partie aucune d'elle, non plus que s'il y fust nouveau venu et estranger ? Ne nous mettons doncques au-dessoubz des bestes desquelles aucunes mesmes cognoissent Orient (comme Pline dict que font les elephans). Et nous est domesticque l'exemple des cocqs, qui de leur chant saluent le soleil revenant à nous après la mynuict et puis se levant sur nostre hémisphère au matin et puis estant à mydi sur noz testes et non quand il se couche. Et non seulement en la terre y ha des animaulx de ceste nature, mais aussi en la mer y ha un poisson, lequel (comme dict Galien) est expressément nommé Uranoscope, pour ce qu'il ha ordinairement la veue dressée vers le ciel, comme se délectant sur toutes choses de sa belle figure et clarté. Si doncques nous sommes si terrestres que de ne lever jamais la veue ne l'entendement au ciel et aux beaulx ouvrages de la nature, pour les entendre, nous, en lieu d'estre excellentz sur toutes créatures, et avoir domination sur elles, serons inférieurs à beaucoup d'elles.
Pour laquelle indignité fuyr se fault néanmoins garder de tomber en une encores plus grande, qui
seroit, si par curiosité nous voulions ou nous enquérir trop avant des mystères que Dieu (comme j'ay dict) ha reservez à luy, ou nous mesler, soubz umbre de Tastrologie, de vanitez et superstitions pernitieuses et meriteement deffendues. Car ainsi comme ignorans nous sommes proprement comparez aux taulpes, chauans et chaulvesouriz aussi curiculx de trop scavoir, et oultre la sobriété que recommande sainct Paul, nous devenons semblables aux géantz que les poètes faignent avoir tenté le ciel, et à Icarus qui tumba essayant de voler, et à Salmoneus qui fut fouldroyé, voulant contrefaire Juppiter et sa fouldre. Et n'est autre chose signifiée par Prometheus (du foye duquel une aigle se paist continuellement à cause du larcin qu'il avoit faict du feu céleste), si non la conscience ulcérée, et continuellement rongée de ceulx qui, par mal user de la céleste discipline, se détournent ? sortilèges, malciîcesj caractères, ymagcs, necromantie, phithons et autres telles observations paganiques, qui toutes pour se donner auctorité s'advouent filles de l'astrologie, qui ne les cognoit point ne plus ne moins que assez de exorcismes et invocations d'espritz se parent du nom de Dieu et des motz prins en la sainctc Escripture, qui par tout les condamne. Il fault avoir grande discrétion, pour scavoir séparer le vray du faulx et ne se laisser décevoir par l'apparence de l'affinité que les ars reprouvées semblent avoir avec les permises. Le prodigue ne se doit prendre pour libéral, ny le
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téméraire pour le hardy, ne l'hypocrite pour religieux. Aussi ne se doyvent le Necromantien, Gcomantien, Chiromantien et autres telz pour astrologiens, combien que tous se servent des noms et figures de l'astrologie t. ainsi comme les singes se peuvent vestir de robbe^ bonnet et chausses d'hommes, qui neantmoins demeurent singes. Et ne fault qu'ilz se vantent de tendre à mesme but que font les astrologues ; car eulx ayans différente source ont aussi différente fin. La prédiction des choses futures n'est point le but principal des vrays astrologues ; mais est seulement un scavoir accessoire, qui leur revient d'entendre premièrement les qualitez et natures de toutes choses, et par conséquent l'aliance, le symbole et correspondence qu'elles ont ensemble, et célestes, et inférieures. Et puis par ceste sublime ccgnoissance comme par les causes veoir les effects non seulement presens, mais aussi ceux qui ont à estre. Voilà la divine source de ceste part d'astrologie, qui ne s'acquiert par vaines et extérieures observations, poinctz, paroUes et ymages, mais par grandissime élévation d'esprit et continuel labeur conduict et illustré d'une expresse faveur et grâce de Dieu. C'est celle divine philosophie que les anciens appelloient magie naturelle, bien différente de la terrestre et prophane. Car l'une saincte et innocente apprend à cognoistre et craindre Dieu qui est son but et sa fin. Et l'autre payenne et maléfique conduict à l'accointance des malings
cspritz. De la première furent studieux Hermès, Orpheus, Lynus, Thaïes, Pythagoras, Parmenydes, Philo, Platon, Salomon et autres assez. De l'autre furent curieux Zoroastes, Balahan, Symon et tous les semblables à ceulx qui résistèrent à Moyse en Egypte. Et n'est pas nouveaulté que ceste cy adultérine veuille usurper l'honneur de la vraye et légitime, estant la coustume de l'ange de ténèbres de se transmuer en celluy de lumière. Et combien que aujourd'huy la haulte et souveraine magie ne soit pas si usitée qu'elle fut aux premiers siècles, qui non sans cause se nomment siècles d'or, et qu'une grande partie des philosophes, prenans le plus court, si accommodent à ce qui nous est demeuré de jugements et apotelesmes des anciens, sans s'enquérir de la raison pourquoy ils jugèrent ainsi ; si n'est-ce pourtant que pour estre leurs livres en partie péris par le temps, ladicte raison ne soit tousjours vive et en nature, comme tres-doctement entre les derniers venuz s'est efforce de monstrcr Jo. Pontan, chancellier de Naples \ en son livre des choses célestes, rapportant les jugemens faictz par les astres aux raisons physiques et naturelles. Et ce mesmc habriefvement bien touché Jo. Picus Mirandula, en son livre Heptaplus.
^ui donqucs entendra bien le fond et la racine
I. Giovanni Pontano, homme d'Etat et humaniste italien (i426-i5o3). L'ouvrage cité est: de Rébus cœlestibus, libri XIV. Neapoli, S. Mayer, i3i2, in-fol.
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de ceste science en tiendra cher le fruict ; ne pour quelque mauvaise branche qu'il y trouvera entre, ne se mettra à coupper tout l'arbre ; mais estant le superflu, la cultivera soigneusement ainsi que feit Albert*, non moins grand en saincteté que doctrine. Et avecques lui sainct Thomas le Dominican, homme de tres-subtil et clair entendement, lesquels en assez de lieux tesmoignent avoir veu par ceste science des choses incroyables et approchantes de impossibilité. Et si pour le contraire, on mect en avant l'auctorité de sainct Augustin, qui en quelque lieu la condamne, amenant contre elle aucuns argumens et exemples, comme entre autres est celluy de la roue d'un potier tournante. Je responds que non imprudemment ledict Jo. Picus (qui ha labourieusement recueilly tout ce qui se peult dire contre les astrologues) n'ha faict aucune mention de ces exemples là, les sentant de trop peu de force. Et aussi que par sainct Augustin, qui en autres endroicts parle à l'avantage de ceste art, on la peult defFendre contre luy-mesmes. Ainsi est-il de Marsilius Ficinus, Florentin, médecin, lequel ha faict une apologie contre les astrologues, et néantmoinsluy-mesmes, en son livre de Fit a celitus comparanda'^ ^ leur donne toutes les
1. Albert le Grande célèbre philosophe scolastique, professa notamment à Paris; il eut pour disciple S. Thomas d'Aquin.
2. Le titre du livre cité est : Liber de Vità, in très libros dipisus. Primus de vitd sand. Secundus de vitd longd. Teriius de vitd cœlitus {Floi-entice , A. Mis-
louenges du monde, ne voulant pouf les approuver aultrc espreuve que ce qu'il dict avoir faict et veu par leurs enseignemens jusques à approcher de superstition. Voila l'inconstance des hommes, et (comme je disois au commencement) la variétédes opinions, qui en mesmes personnes ne durent pas tousjours en un estât, et ce pour ce que ayant apris par le temps ce qu'on ignoroit au premier aage, ce n'est merveille si on vient après quelque fois à changer d'advis. Et qui croiroit à Lactance reprouvant l'astrologie, après avoir sceu qu'il y scavoit si peu qu'il nyoit les antipodes et la terre estre ronde et estimoit le ciel finy, comme est nostrcveuesur l'horizon, et telles fables qu'à peine diroient les petitz enfans.
Parquoy, puisque vous voyez de toute antiquité ceste science avoir esté en grandissime réputation et avoir de si grands hommes pour elle et celle opinion mal appuyée qui luy veult rendre la sainctc Escripture ennemye, n'en veuillez esloigncr la vostre. Et considérez que si quelquefois elle a esté descriée ctdcffendue par les loix (comme elle fut du temps de Justinian, empereur), ce fut par la coulpe des abusans d'elle, et corrompans sa purité par les taches de leur avarice, ignorance et superstition, à bon droict tousjours reprimée par les princes et prclatz, comme générale peste de la religion. Mais tout ainsi que ce seroit œuvre de
chomiunsy 1489, pet. in-fol.). H a été traduit en francois par J. Bcautilz cl par Lcfevrc de La Boderie.
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personne insensée de s'abstenir de allumer feu en sa maison, pour en avoir veu quelque autre brus- 1er, ou de ne vouloir jamais menger pour avoir veu quelcun malade de crudité et indigestion, ainsi bcroit-ce faulte de jugement de rejetter l'usage de ceste philosophie pour en avoir veu aucuns mal user. Et de la température qu'il fault en telz accidens usa tres-considereement l'Eglise au temps des grans tumultes qui furent pour les ymages, laquelle, pour l'infirmité de plusieurs qui les tiroient à idolâtrie, ne les voulut abolir du tout, ne priver de l'utilité de leur vénération ceux qui en sçavoient bien user; mais refrénant l'abus les laissa en publicque, avec tel advertissement que nul ne pouvoit ignorer la façon de les honorer, lequel advertissement (qui n'estoit que une brieve escripture au pied de chasque ymage) s'est depuis desaccoutumé, voyant l'abus estre hors de coustume. Donques si les seigneurs defFendirent en leur saison l'exercice de ceste art, ilz le feirent tres-saigement, pour remédier àu besoing et au scandale alors le requérant. Mais ainsi comme les médecins ostent le vin aux malades durant la fièvre et le leur rendent quand elle est cessée, ainsi est-il à" penser que le monde revenu à convalescence de sa curiosité et usant sobrement des haiilts mystères de l'astrologie, les loix non seulement n'en seront offensées, mais ordonneront salaires et honneurs publiques à ceulx qui la publieront, comme faisoient celles des premiers Perses et Egyptiens. La
coustume universelle de l'Eglise latine avoit, soubz le nom de décret, un temps en detestation les longues barbes, et toutesfois estant le scandale pour lequel elles estoient abominées cessé, et ayant depuis esté la barbe usitée par les principaulx de l'Esglise, chascun l'a receue peu à peu d'un publique consentement, sans que personne aujourd'huy soit mal édifié de veoir aultruy en porter ou n'en porter point. Assez d'autres constitutions ont esté faictes par ci-devant, desquelles cessant la cause est ensemble cessé Tcffect et observance. Et sans m'esloigner de mon propoz, il seroit facile de trouver en l'Eglise romaine des principaulx d'elle qui ont donné bonne partie de leur estude à l'astrologie, desquels furent les cardinaux Bessario*, Grec, et de Alliaco, de Cambray, et d'autres morts depuis naguieres, et en est encores de vivans qui en leur reverendissime et trcs-saincte compaignie trcuvent largement de qui prendre très-honorable exemple en la profession d'elle. Et nesçay qui après de telles auctoritez (quand bien l'astrologie n'auroit pour soy autre deffense) seroit si dcshonté que l'oser blasmcr, ne ceulx qui à leur imitation l'estiment et s'en délectent. Ne craignez donc, Madamoyselle, de faillir vous mettant de ccst ordre, y estant guidée de si illustres exemples
I. Le cardinal Bessarion, né à Trébizonde, a beaucoup écrit sur Platon, sur Aristote, etc. ; mais je ne vois pas que, non plus que Pierre d'Ailly, il se soit beaucoup occupé d'astrologie.
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et appuyée de si fortes raisons. Et estiiî^cz que ceste dextérité d'entendement, accompaignée de tant de grâces que Dieu ha mises en vous, ne sçauroit recevoir ornement plus digne de vostre excellence, ne qui plus vous mette au chemin de l'immortalité que l'exercice de cest estude, auquel si vous vous adonnez et en tirez le fruict qui ne vous peult fuyr, je me tiendray bien heureux de vous veoir par ma sollicitation au degré de la perfection qui voug peult eslever non seulement par dessus les plus louées femmes, mais à l'égal des plus célèbres hommes, combien que sans mon advertissement je ne doubte point que vostre labeur et industrie et l'amour que vous portez aux bonnes lettres ne vous eussent pas longuement souffert estre sans ceste partie^ y estant de vous-mesmes assez encline. Toustefois, soit que vous preniez ce mien office pour exhortation ou pour approbation de vostre jugement, ce me sera grande faveur que vous l'ayez aggreable et que, usant de ma trouble lumière , vous faciez comme le soleil, lequel ayant à se lever sur la terre n'ha à desdaing qu'une moindre estoille luy serve de guide, et annonçant le jour, se monstre la première.