Lescius Bcllancius,dc Sienne, célèbre astrologue
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pondu si proprement à ses raisons, que ce livre là n'est aujourd'huy guères mieux visité que s'il n'avoit jamais esté faict. Et quand bien il seroit es mains d'un chascun^ aussy est celluy qu'il ha faict sur le premier chapitre de Genèse, qu'il nomme Heptaplus^ auquel il s'ayde tellement de la qualité des Planettes qu'il réprouve en l'autre, que le lecteur le peult prendre pour autheur de contraire opinion contre luy mesmes. Mais encores plus clairement, en conclusions et mesmement en la vingt-dcuxiesme et en la vingt-quatriesme, en la defFension desquelles il donne grande louenge à Roger Bacon, astrologue^, lequel, après, en ses disputations, il reprend et déprime en maints lieux, de sorte que son inconstance rend legiere son authorité. Presque pareille fantasie ha pris un autre bon esprit de nostre temps, lequel pour monstrer son érudition s'est essayé de prouver par démonstrations que le ciel ne tourne point ; mais que c'est la terre qui ha ce mouvement que nous pensons veoir au ciel, jaçoit que nous ne la
du xv« siècle, avoit, dit-on, prédit à Pic de La Mirandole qu'il ne vivroit pas au delà de vingt-trois ans.
1. Heptaplus, îd est de Dei creatoris opère sex dierum libri septem. Cet ouvrage a été imprimé à Bologne dans les œuvres de LaMirandole (1496, in-fol.).lla été traduit en françois par Lefèvre de La Boderie : l'Heptaple où en sept façons et autant de livres est exposée l'histoire des sept jours de la création du monde. Paris, 1578, in-fol.
2. Ce titre n'est guère applicable à Roger Bacon, dont la science devançoit les siècles.
sentions point tourner, nous comparant en cela à ceulx qui naviguent près delà terre, lesquels, regardans au rivaige, cuydent qu'il aillent et que le bateau où ils sont ne bouge, et ha traicté ce paradoxe si gentilement qu'il est loué d'un chascun, combien que nul ne croye que luy mesme creust ce qu'il s'essaye de faire croire aux autres'. Un autre aussi entendant bien ceste art et cognoissant par elle assez de malheurs lui devoir advenir, et la brièveté de sa vie, pour divertir l'ennuy qu'il en avoit pris, se meist à vouloir persuader à soy mesme et à autruy qu'elle est incertaine et pleine de mensonges ; mais la survenance des maulx et de sa mort trop hastive la luy feirent trouver trop véritable- Parquoy il ne faut s'arrester aux escripts des sçavants en elle, qui, par passion ou par désir de apparoistrc, l'ont combattue; mais aux évidentes démonstrations et rr.isons qui la defFendent et la rendent invincible.
Et si vous me dictes que beaucoup de jugemens d'astrologie se sont trouvez et trouvent tous les jours par leur yssue convaincus de faulseté, je le confcsscray ; et ne se fault esbahir si en si grande perplexité de révolutions, aspects et influences, qui toutes disposent des chosesclementaires, il en
I. Sainct-Gelays a pu connoîtrc Copernic à Bologne; mais il en est resté au système de Ptolémée. Je crois qu'il a en vue Oronce Fine et sa Théorique des ciel^, etc. Paris, S. Dubois, i528. Cet autre dont il parle ensuite pourrait bien être Marsilc Ficin.
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est beaucoup qui ne tombent en la considération des hommes , tellement que leur divination en demeure imperfecte. Car mesme des choses subjcctes à nos mains, comme sont les herbes, les pierres, les metaulx et autres simples, à peine avons-nous cognoissance de la moindre partie ; et néanmoins, pour ce qu'il s'en fault, les médecin» ne laissent à user de ce qui leur est cogneu et en font des aydes et remèdes si évidens que celluy seroit bien amy de contradiction qui diroit la médecine estre science vaine et inutile, encores que plusieurs s'en meslentqui en sçavent mieulx faire leur profict que leur devoir et honneur ; contaminans en cela leur nom et non celuy de la médecine. Et combien y ha il de professeurs de loix qui à peine ayant donné un ou un autre an à la sommaire leçon des Institutes et à quelque autre veue du Code et des Digestes^ s'en reviennent en majesté de jurisconsultes se mesler de la vie et des biens d'un chascun ? pour la présumption desquelz les véritables sçavans ne perdent leur lustre, mais bien, à la comparaison d'eulx , apparoissent plus utiles à la Republicque. Ne seroit-ce pas inique jugement pour la detestation des maltraictans la saincte Escripture condamner elle et la Théologie^ sans laquelle nous ne sçaurions tranquillement vivre en ce monde ne heureusement passer en l'autre? Ainsi est-il de l'astrologie, soubz umbre de la quelle aucuns qui à peine sçavent l'usaige des ephémerides publient leurs prognostications
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des grandes mutations du monde, menaçans de guerre ou de paix, de pestilence ou de santé, de cherté ou d'abondance, pour l'indiscrétion desquelz ce n'est raison que les sobres et exercitez soyent dejettez de la faveur qu'ilz méritent. Lesquelz ainsi comme à bonne raison furent honorez des monarchies susdictes, aussi à juste cause fut leur profession un temps bannie de la Republicque des Romains, laquelle aussi quelquefois en osta la medicine, de sorte que celle art tant et si heureusement traictée des Grecs et practiquée par les Arabes fut bien deux cents ans non receue à Rome, là où néantmoins la paincture et la musique estoient cependant en tel prys, qu'il y en avoit collèges et professeurs exprès. Et mesme occasion esmeut Platon de ne vouloir point de poètes en la sienne, les voyant lors descheuz de l'ancienne dignité et saincteté de leur vacation qui proprement estoit théologie et astrologie (comme bien ilz signifièrent par les noms des neuf Muses, qui ne sont autre chose que les neuf cieux), et n'entendre que à fabuleuses et lascives narrations, ce que ni luy ni les autres n'eussent faict, si les professeurs des dictes arts se feussent contenuz en leur office. Pareillement ne doivent aujourd'hui les bons astronomiens succéder au reproche des téméraires ou ignorans, mais seroit plus raisonnable de rcccgnoistre en eulx la grâce que Dieu ha faicte aux hommes de leur départir telle portion de sa divinité, que de prévoir au-
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cuncs choses advenir, pour avec son aide se préparer à l'encontre des adverses et en le remerciant user des prospères. Et combien que beaucoup de jugemens qu'il luy ha pieu retenir devers sa sapience nous soyent cachez,'si n'est-ce pas peu en telle profondeur et obscurité d'avoir quelque lumière, comme à un pèlerin fourvoyé de nuict, ce n'est peu de plaisir de veoir apparoistre de loing tant soit peu de clarté qui l'adresse au lieu où il tend. Et ne fault estre si envieux sur nous-mesmes que cercher à nous priver de ce don que Dieu nous ha faict ; voulant trouver qu'il le nous ayt deifendu mesmement en l'Evangile ^ prenant contre l'astrologie ce qu'il dict aux apostres : « Ce n'est pas à vous à cognoistre les temps et les momentzque mon Père ha mis en sa puissance p) car comme j'ay nagueres dict, Dieu s'est réservé beaucoup de choses qu'il veut nous estre incogneues, comme celle que lors les apostres demandoient à Nostre Seigneur, quand c'est qu'il restitueroit le royaume de Israël, ceste restitution est des choses que Dieu veult estre retenues à la cognoissance de luy seul, comme aussi est celle du dernier jour, qu'il dict n'estre sceu ne d'ange ne d'autre que du Père céleste. Ce n'est pourtant qu'il ne veuille bien que nous comprenions, par les signes qu'il ha mis en la nature, le temps trouble ou serain à venir, comme luy-mesme ha dict estre signifié par le soir pasle ou vermeil et que l'esté est près quand le figuier commence à
jetter bourgeons. Et telles choses lesquelles bien que ne soient sublimée ne prinses des aspects des astres, il fault estimer qu'il les bailloit ainsi basses et terrestres aux apostres selon leur capacité, qui estoient encore simples et rudes et n'eussent entendu ce qu'il leur eust dict du ciel en mesme signiiiance, combien que envers luy autant est excellente la signification de Tadvenir par les choses inférieures que par les célestes, veu qu'il est aussi bien facteur des unes que des autres ; et autant est son ouvrage que les rochers suans annoncent la pluie, ou le baigner des oyseaulx, que la conjunction des estoilles en signes aquactiques. Si doncques il approuve telles prédictions par causes naturelles et qui à l'expérience sont ordinaires, pourquoy rejettons-nous les célestes, qui sont les causes d'elles ?
Si l'on me dict que telle prédiction des choses accoustumées est permise^ mais non celle des particuliers evencmens, je respondray que Nostre Seigneur mesme ne s'est arresté aux seules choses élémentaires, accoustumées et cogneucsd'un chascun ; mais bien oultrc ha dict que la grande mutation qui sera au monde devant son advcncment sera signifiée par les signos qui seront au soleil en la lune et aux estoilles, qui est autre prédiction que par la couleur dej nues ou par les rcjettons d'un figuier et d'autre matière que de la pluyc ou de beau temps ou de l'esté s'approchant ; et par ainsi semble l'astrologie et la cognoissance de l'ad-
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venir estre par l'Evangile non-seulement non deffendue, mais louée et auctorisée, veu que Nostre- Seigneur nous assigne la prévoyance de si grandes choses sur les signes et dispositions du ciel, encores que du reste il ne nous ayt donné certitude que bien limitée et se soit réservé des secrets à nous imperscrutables, donnant comme un frein à nostre curiosité : de quoy le devons infiniement remercier. Et seroit l'homme bien insolent auquel le Roy ayant faict cest hoxineur d'escripre une simple lettre, vouldrait se vanter, à cause d'elle, de sçavoir tous ses secretz et entreprises et presque plus que messeigneurs de son conseil privé. Bien est-il vray que de ce qu'il luy auroit escript, il ne pourroit douter, l'ayant sceu lire ; mais de ce qui ne luy est communiqué, il demeure ignorant ou presumptueux divineur. Ainsi est-il de ce qu'il ha pieu à Dieu nous monstrer escript par les estoilles, qui sont ses caractères et lettres, lesquelles (comme nous faisons les nostres) il ordonne, assiet et transpose comme il luy plaist diversement pour diverses significations au grand papier estendu sur nous qui est le ciel, duquel ne devons prononcer plus avant que de ce qu'il nous ha donné grâce d'y pouvoir lire, luy reservant l'honneur non-seulement de ce qui y est pardessus nostre entendement, mais de ce mesmes qui nous y est cogneu, remettant le tout à la disposition de son omnipotence, à qui tout çst subject et d'où tout dépend, de sorte que ny le bien que les
estoilles nous promettent ne nous adviendra s'il ne luy plaist, ny le mal ne nous offensera s'il ne le permect. Et fut parolle d'un payen bien dicte, que les edicts des astres ne sont point edicts de Prêteur et n'apportent point de contrainte ne, de nécessité. Ce qui apparut bien à l'affaire de la grande ville de Ninive, aux citoyens de laquelle estant annoncée, par Jonas, prophète, la ruine d'elle, ne tournèrent point leurs fidèles clameurs et larmes vers Saturne, ny Mars ou autre planette, les prians de divertir l'effect de leurs constellations ; car ils scavoient bien que ny Mars, ny Saturne ne leurs cieulx ne sçauroient faire autre révolution que celle que Dieu leur a ordonnée ; mais se tournèrent devers le Créateur des estoilles, qui les deliviast de leurs menaces et de la terreur des spectacles portentueux et signes cspovantables, qui lors leur peurcnt apparoistre, confermans le cry de Jonas. Tout ainsi que oultre ce que Nostre- Seigneur avoit prédit à ceux de Jherusalem de leur destruction, avant que elle advint^ il leur apparut de horribles comètes, prodiges et éclipses. Et nous est grandissime consolation de nous sentir avoir un tel recours contre de si puissantes causes comme sont les influences du ciel et de nous veoir dispensez de leurs edicts et ordonnances, à la faveur de nostre foy, comme nous en asseure Hieremie, quand il dict : (n Ne veuillez avoir crainte des signes du ciel, comme ont les Gentils (c'est-àdire les infidèles). » Il ne dict point :« Ne croyez pas
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qu'il y ait signes au ciel, qui signifient rien de l'advenir ; y> mais veult que, les cognoissans, nous mettions en Dieu nostre fiance, qui est par-dessus eulx. Cela mesme, enseigne Esaïe, là où il tense les Babiloniens qui adjoustoyent tant de foy à leurs chalde'es et divins, qu'ils n'en laissoient nulle partie à Dieu, devenans insolens par la félicité que leur promettoient les astres, sans en recognoistre la plus haulte et première cause. Dont à bonne raison Esaïe, saichant que Dieu est jaloux de sa gloire et ne la veult céder à aultruy, leur annonce par son esprit leur désolation et la venue de Cyrus, bien deux cens ans avant qu'elle advînt, se mocquant ensemble de leurs astrologues où ils avoient meis tant de fiance. Que s'ilz eussent recogneu de Dieu celle prospérité signifiée du ciel, il est à penser qu'il la leur eut confermée, recompensant leur foy et les enluminant encores plus en la cognoissance des cieulx, lesquels (comme dict David) racomptent la gloire de Dieu, et le firmament annonce les œuvres de ses mains ; combien que il peut estre que ces astrologues-là mentoient à leurs Princes, ou par fraulde (pour en faire leur proufict) ou par ignorance, cuidans bien juger, comme il n'est rien si ordinaire aux hommes que faillir ; mais ce n'est pourtant à dire que le blasme que leur donne Esaïe sait commun à tous. Car qui ne scait que Noë et Abraham et les anciens patriarches entendoient très- bien le cours des estoilles et leurs significations, les ayans de main
en main apprises du premier père, à qui Dieu avoit communicqué la raison de son grand ouvrage et toute sapience. Et ne me desplait la considération d'un qui voulant rendre cause pourquoy les hommes du temps desdicts patriarches vivoient jusques à six, sept, huict et neuf cens ans, estime que Dieu, au commencement du monde, les laissast ainsi longuement sur terre, pour avoir loysir de contempler la merveilleuse connexion des choses naturelles et observer les mouvemens des cieulx, qui en si peu de temps que nous vivons aujourd'huy n'eussent jamais sceu estrc compris, ne laissez à la postérité pour s'en servir et par eux cognoistre Dieu j lequel invisible (comme dict sainct Paul) se cognoist par l'intelligence de ses choses visibles : l'intelligence, dy-je ; car la simple veue d'elles, sans en entendre l'ordre et disposition^ ne tire point les gens en l'admiration, ny en l'amour de Dieu, non plus que les autres bestes, qui n'ont usage que des sens. Doncques sainct Paul, parlant de les voir, entend de les entendre.
Ne donnent pas Philon^ Lucas et Joscphe louenge à Moyse d'avoir esté très-bien instruict en toute la science des Égyptiens, qui n'estoit principalement que l'astrologie? Et ne fault penser que de si divins esprits que ceux là et entre les Grecs Anaxagoras, Hipparchus, Hippocratcs, Galcnus et infîniz autres y eussent employé tant de peine et d'industrie, c'ilz n'y eussent veu autre fruict, que de scavoir mesurer le temps et ordon -
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ner le calendier et la raison des horologes. Les Mages (que nous appelons les trois Roys, qui de si loing vindrent adorer Nostre Seigneur) y avoient bien cogneu plus que cela, jusques à cotter le temps et mesme le pays de sa naissance, qui lors estoit ignoré (pour le moins estoit-il contemné) des Rabbi de Judée. Bien autre efFect y cognoissoit ledict Galenus^ que de les veoir tourner et luyre sur la terre, ne jugeant de nulle crise ou indication de maladie que par leurs aspectz. Tellement qu'il dict, au livre qu'il ha faict dudict jugement des crises, que c'est à faire un homme trop sophistique et calumnieux, de vouloir contredire à chose si esprouvée par manifestes expériences que est leur efficace. Lequel jugement de personnage de telle auctorité comme Galien devroit (ce me semble) arrester tout homme de lettres et de bon sens, dont chascun sçait s'ilavoit faulte. Davantage si en ces corps là il n'y avoit autre chose digne d'admiration que leur grandeur, leur multitude, leur splendeur et mouvement tres-reiglé, je ne voy point en quoy ils scroient si spécialement annonçans la gloire de Dieu que David les dict estre, veu que toutes ses autres œuvres l'annoncent aussi en leur endroict, et voyans à ce compte lanuict obscure et nubileuse, faire autant ou plus de cas des flambeaux et chandelles qui nous esclairent, que des astres, recevant (comme il semble lors) plus de commodité d'elles. Certes bien autre est leur office que de nous es-
clairer. Et qui tesmoigne plus haultement Tadmirable sapience de l'omnipotent architecte, lequel (comme dict Moyse) les créa non seulement pour compartir les temps, les moys et les années, mais aussi afin qu'ils servissent de signes? Or nul signe n'est sans signification, et les significations ne s'adressent que aux hommes, qui seulz les peuvent entendre, et non aux aultres animaulx.Doncques il est permys aux hommes de tascher à cognoistre ce que leur signifient les signes, qui sont mis au ciel pour eulx. Et semble le Créateur nous avoir donné cette forme droicte que nous avons, tout exprès pour plus facilement regarder au ciel, laissant la plupart des autres bestes courbes et enclines à la terre (comme bien gentilemcnt dict le poëte ^), tellement que ceulx qui ne lèvent jamais l'œil au ciel pour y contempler les œuvres de Dieu, s'amusans toute leur vie aux choses de la terre, se peuvent juger rebelles et fuytifs de la republique des hommes et révoltez au party des brutes. Car tout ainsi que les villes, que bastissent les princes, sont pour y loger les citoyens, ainsi ha faict Nostre Seigneur ce monde pour nostre habitation. Et ne me suis pas peu souvent esbahi de aucuns bien entcnduz en assez d'autres choses, ausquels estant demande de quel costc est Orient et duquel est Occident, Midy et Septen-