‹ Œuvres complètesChapitre 93 sur 106 · I. Poésies de François lef, p. i · texte numérisé non relu

I. Poésies de François lef, p. i

Les fruicts soudains sont de peu de durée : Les attendus par longs jours se font veoir. Peu se haster faict l'oeuvre mesurée [a) Quand faicte elle est par un ferme vouloir ; Car ung chacun de bon sens doit savoir Que vault trop mieux longue joye espérée.

Que sans espoir toutes choses avoir, Précipitant fortune désirée.

a. Après ce vers, Timprimé (Poésies de Franc ois I*"" p. :54) ajoute le suivant :

Ma dureté peult bien estre endurée...

L'heure je doy maintenant bien mauldire Que si soudain je creu à ma pensée.

Qui fut moyen de l'amour commencée De quoy la fin m'est douleur et martire. C'est un grand heur que savoir bien eslirc ; Car quand on s'est à aymer avancée, Bien qu'on se sente à grand tort ofFencée Au changement a tousjours à redire *.

I. Poésies de François ler^ p. i55. Il y a dans l'imprimé deux fautes évidentes : estrepour eslirc au cinquième vers, et, au dernier, mesdire pour redire.

Dites ouy, ma Dame et ma maistresse,

Pour alléger ma languissante vie

Jusques au jour propice à mon envie ;

Puis, s'il vous plaist, manquez-moi de promesse,

J'aymc trop mieux servir une traistressc

Disant ouy plain de vainc espérance,

Que de tumbcr en fascheuse tristesse

Par un nenny voisin de jouissance '.

I. Ce huitain se trouve dans les Poésies de François 1er, p. 157, et dans Vliccatoniphik^ p. 87. Ces

un pendant au doux nenny de Marot; mais combien les vers de Me Clément (sauf les trois derniers) sont préférables à ceux-ci !

Le quatrain : Dissimule:^ votre consentement (t. I, p . 1 1 5), est écrit sur la même idée.

Amcur amy de tous peste des siens

Pour me tromper de moy s'est allié

Et, me voyant attaché et lié

En sa prison d'invincibles liens.

M'a eslongné et de moy et des miens,

Me contraignant n'aymer fors mon contraire.

Helas ! Amour, s'ainsy traictes les tiens

Qui vouldra plus devers toy se retraire * ?

I. Poésies de François Ier, p. i58 et p. 83 de VHécatomphile . Au premier vers, les deux imprimés portent : reste des siens. C'est une faute qui n'existe pas dans le Ms.

Celle qui fust de beaulté si louable Que pour sa garde elle avoit une armée, A aultre plus ne fut qu'à vous semblable. Ne de Paris son amy mieulx aimée Que de chacun vous estes estimée ; Mais il y a différence d'un poinct : C'est qu'à bon droit elle a esté blasmée De trop aymcr, et vous de n'aymer point*.

i. Poésies de François 1er, p. iSg; Hécatotnphile,

Si un œuvre parfaict doit chacun contenter, Il ne faut qu'un seul jour voir ma mie et hanter : Carquilaverroitmoinsperdroitun tropgrand bien, Et qui la verroit plus mourroit pour estre sien.

Donc comme vjvrepuis voulant tousjourslaveoir. Mon cœur, où gist la vie, à tel mal sceutpourveoir, Car délaissant mon corps en tel lieu faict demeure Que le gardant pour luy, gardera qu'il ne meure.

Aussy mourant en moy et en aultruy vivant. Mon cœur est mieulx logé qu'en moy n'estoit davan Car pour vivre en tel lieu plus doulx est le mourir Que ne seroit sans elle et vivre et soy nourrir {a).

a. Var. de l'imprimé ( Poésies de François 1er, p. 176) :

Que de pouvoir sans elle et soy et vie nourrir.

Cœur endurcy plus fort à eschaufFer

Que dur rocher ou une froide glace.

Las ! que te sert de m.on mal triumphcr

Et t'orgueillir de beaultc qui tost passe.?

Par vraye amour ton amour je pourchasse,

De quoy ne m'as tant soit peu satisfaict :

Grâce attendue est une ingrate grâce.

Et bien n'est bien s'il n'est promptemcnt faict*.

I. Attribué à François 1er par le Ms. de Gange, à la Bibliothèque nationale.

Amour voyant Tennuy qui tant m'oppresse Et la douleur secrète qui me tue, N'a pas longtemps, en lieu vuide de presse, Me dict : ce Amy, il faut que t'esvertue. Ton mal est grand ; mais ta foy est cogneue, Qui par souffrir plus vient en évidence; Puis tu scais bien que souvent est yssue De long travail heureuse recompense *. »

I. Cette p'èceet les cinq suivantes ont e'té imprimées, avec quelques autres plus importantes, sous le titre général d'Epigrammes^ à la suite de la Tragédie d'Euripide nommée Hecuba, traduicte de grec en rythme française^ dédiée au Roy. Paris, Rob. Estienne, 1544, in-8, p. 100 à io3. La traduction d'/Zecuba est attribuée à Lazare de Baîf, à cause de la devise : Rerum vices^ qui termine le volume et qui étoit la sienne.

Si ce qui est enclos dedans mon cœur

Je pcusse au vray par escript vous depaindrc^

Je suis certain que vostre grand'rigucur

Seroit semonse à lamenter et plaindre ,

Car si pitié peut noblesse contraindre

Et tout bon cœur voyant un grief martire,

J'endure, las ! tant et tant, que le dire

N'est rien au mal que j'ay soubs joye faincte ;

Et si n'ay rien qui à confort m'attire

Fors que ma foy qui d'espérance est ceincte.

Faire ne puis sans dueil et desplaisir Ce qu'il convient et force est que je fasse. Devoir requiert ce qu'empesche Désir; Amour retient ce que Raison prochasse.

Un bien me rit et l'autre me menasse, Dont entre deux convient que je souspire. Sans vous ne puis (a) ; mais crainte me retire, Qui ne permet que mon mal je descouvre. En ce tourment, adieu je vous viens dire, La larme à l'œil sans que ma bouche s'ouvre.

a. Var. de l'imprimé :

Las ! je veux trop ;

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