INTRODUCTION
Malgré la prévention, souvent injuste, qui s'attache aux préfaces, sous quelque nom qu'elles se déguisent, je n'ai pu en épargner l'ennui au lecteur. J'ai senti le besoin de lui expliquer comment, sans avoir l'habitude d'écrire, j'ai été amené à faire imprimer le résultat de mes observations, et à augmenter la cbllection, déjà si nombreuse, des ouvrages d'équitation. Tai senti aussi le besoin d'analyser les innovations qui se trouvent éparses dans mon Dictionnaire, et d'exposer les raisons qui m'ont fait choisir cette manière de détailler mes principes ( 1 ) .
Une vocation prononcée m'ayant^ dès mon enfance, porté d'abord à étudier et ensuite à professer l'équitation, j'ai dû méditer avec le plus grand soin tout ce qui avait été écrit sur cet art. J'ai cru, par la lecture de tous ces ouvrages, me faire une instruction solide et me mettre h même de pratiquer ensuite avec sûreté et connaissance de cause: eh bien! je dois le dire', après avoir commenté les traités, j'étais moins apte qu'auparavant à raisonner, à exécuter même. En effet, généralement les auteurs avancent des principes sans les définir: c'est un héritage qu'ils ont reçu et qu'ils transmettent comme le nom qu'ils tiennent de leur père ; ils les ont, il est vrai, enjolivés de phrases plus ou moins sonores, mais, pour
(i) Le IHetionnaire « paru huit mis ayant la Méthode.
la plupart, confoses, et ne changeant rien an fcMid. Pofnitaiit c'était le fond qu'il fallait étudier et traiter ; car, à qofli boo élaguer les branches qui tiennent à un mauvais tronc?
Comme tout ce qui n*a pas une base mathématique, Yéqwr tation a été assujettie à toutes les variations de l'esprit bumain ; chacun s'est fait une méthode suivant laquelle il a obtenu des résultats plus ou moins prompts, et s'est empressé de mettre au jour les moyens qu'il a employés. Mais aucun, ce me semble, n'a pensé qu'il existât une règle fondar mentale, constante, qui dût servir de point de repère à tous les écuyers. Cette instabilité m'a frappé. En voyant cette succession de faux principes adoptés ainsi de confiance, j'ai éprouvé le besoin d'en signaler les abus : j'avais entrepris et presque exécuté cette tâche ; mais, depuis, j'ai réfléchi qu'il valait mieux livrer mes propres idées au public que de ^m'occuper à réfuter celles d'autrui.
Dégoûté de tous ces ouvrages amphibologiques qui ne m'apprenaient rien, puisque les uns défendaient ce que les autres avaient prescrit, je résolus de chercher, dans la pratique seule, les moyens de reconstituer une théorie. Dès lors, je me suis livré aux observations les plus minutieuses et aux essais les plus assidus. C'est en réfléchissant sur les effets^ que j'ai trouvé les causes qui les produisent.
J'ai poursuivi, d'une étude constante, une nouvelle manière de dresser les chevaux ; mes recherches ont été lentes, longtempsj'ai douté du succès, parce que j'avais peine à comprendre que tous les écuyers se fussent trompés jusqu'à ce jour. D'une autre part, je ne me croyais pas appelé à faire des découvertes ; mais enfin la continuité de bons résultats m'a enhardi; j'ai obtenu, en quatre mois, ce qui^ naguère, me coûtait six mois de soins et de travail ; plus tard, ce temps s'est réduit à deux mois, puis à un; enfin, quinze jom« ne s'écoulent plus à présent sans que je sois parvenu aux mêmes avantages.
Je me suis donc occupé de publier mes observations, parce que j'ai senti lanécessité de faire connaître ce que je regarde et comme une innovation, et conmie un progrès réel en équitation.
En expliquant les résultats, j'ai dû dire comment je les ai obtenus, et parfois aussi, comment mes devanciers se sont trompés. J'ai commencé par reconnaître la fausseté de deux assertions importantes qui, malheureusement pour l'art, ont été trop accréditées jusqu'à présent, et d'où découlent natu* rellement une foule d'impossibilités; je me suis convaincu que les chevaux n'ont jamais la bouche dure, puisqu'en changeant la position de la tète et de l'encolure, je pouvais faire cesser la résistance attribuée à cette prétendue dureté de bouche. Je pense avoir suflisamment démontré cette vérité dans le cours de mou ouvrage.
On croyait encore que l'on ne pouvait ramener ou mettre dans la main les chevaux qui avaient la tète mal attachée, ou ceux dont l'angle de la ganache était trop serré ; mes observations ont détruit, à mes yeux, cette erreur, et m'ont domié la conviction qu'en faisant céder plus ou moins l'encolure, on donnait à l'animal une position qui le rendait léger à la main. C'est ce que j'ai expliqué à l'article : Tous les chevaux peuvent se ramener.
D me restait encore à découvrir le meilleur moyen pour arriver promptement et sans danger à ce but. J'ai pensé à l'éducation première d'un enfant, et je me suis dit : D'abord on lui fait connaître les hittres, puis il les assemble, enfin il lit couramment. Le cheval doit suivre une gradation analogue dans son instruction, et, s'il m'était perinis de pousser cette comparaison jusqu'au bout, je dirais : La connaissance des lettres, c'est l'assoupUssement ; épeler, c'est {dacer convenablement toutes les parties de son corps ; lire enfin, c'est prendre facilement tout(;s les directions, une fois qu'il est en action : voilà l'instruction par gradation ; mais, loin de la
mettre en pratique, on la néglige. Ce n'est pâs par degrés et . insensiblement qu'pnveatdiesisef un cheval : an colttI«dr^ on brusque son instruction, et une étude simple ne précède pâs toujours une plus compliquée. Aussi, bien des GheTanr qui auraient été appelés à rendre de bons services ont ét^ viciés et même ruinés, grâce à ce mauvais enseignement.
Si, dans quelques articles de te DicKônnaire, J'ai cité et réfuté des passages? d'auteurs vivantà, ce n'est pas que j'aie cherché à me faire des prosélytes en dénigrant ceux qm ont écrit avant moi : telle n a jamais été mon intention ; mais j*aî voulu signaler aux jeunes cavaliers les erreurs^ dans lesquelles on est tombé. Une convie tioji ferme et entière, fruit d'études constantes, m'a seule déterminé, je le répète, à publier le résultat d'observations que je crois justes et utiles à Fart de réquitation.
Au surplus, n'aurais-je fait que prouver cette vérité, que presque toutes les défenses ou mauvaises dispotitians de$ chevaux tiennent à une seule eau se^ le manque d'équilibre, suite de F absence de soupleste; n'aurais-je fait que donner les moyens de corriger ces défauts, je croirais avoir rendu un grand service à Fart, et la critique devrait au moins m*en tenir compte.
On trouvera, sans doute, que je n*aî pas assex Indiqué les mouvements qu'on doit Taire dans maintes occasions. Je répondrai que ma méthode a pour base Tinstruction et le bien mener du cheval; que dès lors, je ne puis raisonner qu'avec des hommes déjà imbus de certains principes : c'est à l'intelligence de ceux-ci que je m'ailresse. Expliquer avec la plume l'effet plus ou moins fort de tel ou tel contact n^csl pas chose facile ; aussi ne serai-je compris qu'imparfaitement par les gens qui n'auront pa;4 déjà les connaissances préliminaires.
J'ai cru qu'il était nécessaire de donner la signification de plusieurs mots techniques asseï mal compris, en général.
— tT« ^
dei personnes ^ l'oocfiipenideeet art, leitf ftddànl toutefois observer^'il est préf érai3l6 dé parler un langage entendu de tout le monde. Ces considérations m'ont amçné à penseï; qu^ là forme de DictîonDaîrë se prèts^t sufBsammei^t aux explications que je voulais donner, et qu'elle rendait les recherches plusiac^es.
. Je n'ai recueilli que ce^qui ftvait im rapport immédiat à l'équitation proprement dite; bien d'^otcfft 'auieuk*s ont snf^ fisamment, trop longuement peut-être, parlé de tout ce qui compose les sellés, brides, etc., etc. , . ^
Quant aux vingt espèces de mors les plus connues, je me i?ais bien gardé d'en faire connaître même les noms : Tu^agç de la plupart de ces mors est par trop pernicieux- Lé mors le plus doux et le plus simple est celui dont je me sers avec tous les chevaux. {Fojfez Moiis et sgs effets .) . ::
Je n'ai pas voulu non plus parler des soins à donner aux chevaux; nous avons sur l'hygiène et l'hippiatrique d'excell»ts ouvrages modernes, qui ne laissent riefi à* désirer à cet égard.
Vingt et un ans se sont écoulés depuis l'époque à laquelle j'écrivais cette introduction; mes recherches et mes travaux constants m'ont amené à reconnaître que cette édition de mon Dictionnaire, entièrement épuisée du reste, laissait encore beaucoup à désirer. Je me suis donc détermine à le faire réimj^rimer en y ajoutant, d'unç part,.le^ artiplQti qui m'étaient éQha{)pés, et eu modifiant ceux auxquels la pratique m'a fait apporter quelques changements.
Depuis oertie première publication, j'ai fait paraître une méiiKMlé d'équitàtîon qui a éveiHé Tattèntion de quelques oQkâè»s supérieurs dé cavalerie. G- est alors que le ministre dé la ^[uerre m'appela à initier Tamiée à mes nouveaul pHn^ «ipesr Aprte deux années d'essais, led colonels et capitaine^ ûistpQctettrs donnèrent leur approbation; et cependant £à Ééâiode fat rejêtée. Je Grois dcnic devoir donner iei le résumé
d'un certain nombre de rapports, poor que le lecteur puisse apprécier les faite au moyen de pièces authentiques :
!«' Régiment de Hussards. ~ Rapport de M. le capitaine de
Kersolain. — Inspection de 1843.
M. de Kersolain constate que la méthode est la p/tit prompt te, la plus facile j la plus complète , qu'on ait employée jusqu'alors, n se résume ainsi :
« Enfin cette méthode est essentiellement coitier-
ce vatrice du cheval; elle ne suscite de sa part aucune de ces u défenses qui rendent l'appUcation difficile et dangereuse^ « et la progression en est aussi rationnelle pour ses moyens , « que modérée pour ses forces. »
5^ Régiment de Cuirassiers . — Rapport de M. Guays^ capi-
taine itistrucieur.
Ces résultats obtenus en si peu de temps « ne laissent plus de |doute sur F excellence de la méthode (( de M. Baucher pour le dressage des jeunes chevaux, et font «r désirer qu'elle soit adoptée pour l'armée ; en l'employant « on obtiendra en dix ou quinze leçons ce qu'on n'obtenait « pas avant en deux mois, et on arrivera à assouplir le cheu val dans toutes ses parties et à annuler ses résistances. »
3^ Régiment de Lanciers. — Rapport de M. de Mésange,
capitaine instructeur. — 1842.
a Ce n'est point à moi qu'il appartient de
a suivre la méthode de M. Baucher dans tous ses dévelop* « pements et dans son application à la haute école ; mais je a ne saurais terminer sans témoigner ici toute mon admirar < tion pour une science qui peut se raisonner avec autant « de précision et de logique qu'un problème mathématique, « et dont les effets dans l'application sont aussi cerloins el
«( aussi positifs que ceux (jae le mécanicien imprime à la ma- « chine qu'il a savamment organisée. »
9« Régiment de Cuirassiers. — Rapport de M. le lieuienant^
colonel de Mermet. — 1844.
(( Mon opinion sur la méthode de M. Baucher
« lui est entièrement favorable ; je pense qu'il est utile d'en a continuer l'application au dressage des jeunes chevaux et (( delà mettre en rapport le plus promptement possible avec < notre ordonnance sur les exercices et les évolutions. »
6® Régiment de Lanciers. — Rapport de M. Peireimond,
capitaine instructeur.
« Pour résumer notre opinion, nous dirons :
« Le système émis par M. Baucher est de tous les systèmes « d'équitation publiés le plus complet, le plus logique, le « seul dans lequel, de déduction en déduction, le principe « donne les résultats obligés : il doit donc être la base de « toute éducation du cheval ; mais à Tintelligence de celui « qui l'applique, à le faire suivant les besoins et les services a auxquels le cheval est destiné. »
2« RÊGQiENT DE HussARDS. -^ Rapport de M. le capitaine in-
structeur Delard. — 1845.
« En résumé, le but de la méthode est ration-
« nel; les moyens qu'elle emploie ne présentent aucun danr « ger ; son efficacité peut être garantie toutes les fois qu'elle « est pratiquée par un cavalier suffisamment instruit, et son « application à l'armée ne peut soulever aucune difficulté « sérieuse. »
Rapports de MM. les officiers composant Pétat-major de
l'école de cavalerie de Saumur.
MM. GONRARD^ capitaine.
RAME, id.
— ut —
MM. DE JOUBDAN^ C9fibiat.
ROLAND, id.
OUDET, capitaine-écayer.
BQIFAUT^ écajrer.
JOCABD, lieutenafU MUMicuycr.
Toi]5 ces rapports recoonaisseut les heureux résultats obtenus par ma méthode» MM. le^oOkîeis regrettent que le temps qui m'était limité ne m'ait point pennis de donner les cinquant^-dnq leçons présentes par la progresBkm méthodique*
Rapports des capitaines détachés à Saunmr.
BfM. DEMOLON, 4* d^artaierie.
BESANÇON^ id.
PETIT^ 4- cuirassiers»
HOFFT^UNN, 6- id.
BOUKNIGAL, l»» dragons.
DE BRÉMONT, 7- id.
DELSëO^AUL, 12* i/f.
DE BALZAC, 2« cha&scurs.
LECUALÊ8> 7« id. GUELLE, 8« id.
LASGOURS, 9« chasseurs.
BAJMOND, k^ buGMTdft.
ARQyK¥B0URG,>i4 XARDEL, lieutenant au f dragons.
A r unanimité y ces r appointe ^prouvent les principes de ma méthode . Ils constate;at que tous les oheyaux qui ont éH dressés méthodiquement ont acquis en peu de temps^ quelle cpjiB fût d'ailleurs leur cQuformatiQu, une grande souplesse, une bonne nuse en main, et la légèreté dans tous leurs mou* vements.
M«ii^M*«i*aaW*i