ÉPERON
Les attaques, ont dit les auteurs et les professeurs d'équitation, servent à châtier le cheval qui ne répond pas à l'action des jambes ou qui refuse de s'approcher d'un objet qui l'effraie. En un mot, ils ne voient en elles qu'un moyen de châtiment. Selon moi, au contraire, les attaques sont des auxiliaires indispensables à l'écuyer pour l'éducation complète des chevaux en général ; elles sont des aides, aussi bien que la main et les jambes.
Comment! va-t-on dire, vous attaquez avecTéperon des chevaux sensibles, irascibles, dont l'organisation énergique s'emporte d'elle-même en dépit des mors les plus durs et des poignets les plus vigoureux? Oui! c'est à Faction de l'éperon que je soumettrai cette fougue indomptable. C'est avec l'éperon aidé de la main, bien entendu, que je rendrai les natures rebelles et les conformations vicieuses aussi maniables que brillantes.
Longtemps ayant de publier mon Dictionnaire raimméd^Équitation, j'avais reconnu les immenses avantages qu'on peut tirer des attaques. Je m'abstins d'en développer les principes, intimidé que je fus par le mot d'un ami à qui j'avais fait pratiquer ces moyens nouveaux d'éducation : a C'est extraordinaire, c'est admirable 1 s'écria-t-il, mais c'est un rasoir dans la main d'un singe. » Cette réflexion était au moins spécieuse, car si les attaques sont un excellent moyen d'éducation équestre, leur usage peut devenir dangereux, il est vrai, s'il est pratiqué par un cavalier inhabile; mais aujourd'hui que j'ai indiqué des principes pour conjurer le mauvais emploi des attaques et assurer leur succès, je n'hésite plus à développer un procédé qui est un des beaux résultats de mes longues recherches sur réquitation (1).
Quant aux objections de sensibilité des flancs et des barres du cheval, je les ai reconnues depuis longtemps tout à fait dénuées de fondement. Ces vices ne sont qu'apparents ; ils ne doivent leur exis-
(1) Je n*aurais jamais pensé que ce moyen, qui sert au;^ procédés mis en usage par tous les écuycrs, eTcciterait péniblement la sensibilité de quelques amateurs. Ces derniers ont préféré s'affecter d'apn>s des rapports exagérés ou (erronés, plutôt que de s'assurer de visu que cette pi'étendue monstruosité so. réduit à la chose la plus innocente du monde. Ne faut-il pas apprendre au cheval à rt-pondro aux attaques comme on lui apprend à répondi'e aux jambes et à la main, afin do le placer ce que j'appelle entre la main et V éperon,
N'eetrcc pas Teffet de ces petites attaques appliquées judicieusement, qui ramène à volonté les jambes postérieures plus ou moins près du contre du corps? N'est-ce pas alors seulement qu'on peut augmenter ou diminuer la détonte des jarrets, soit pour Teiteosion, soit pour l'élévation des allures, soit pour le temps d'arrêt 1
tence momentanée qu'à une mauvaise conformation de l'organisme nuisible au parfait équilibre des for^ ces et du poids, et conséquemment contraire à Texécution facile des mouvements de Fanimal. Cet obstacle, joint à un excès d'action, entraîne naturellement le cheval à des résistances qui doivent cesser aussitôt que leurs causes* Ce qui prouve mon assertion, c'est qu'un cheval bien conformé supporte les attaques bien plus facilement que ne le fait le cheval à défectueuse structure.
L'animal se jette-t-il trop en arrière ou trop en avant? U est cheval froid ou cheval d'action. Dans le premier cas, les forces de Favant^main priment sur celles de l'arrière-main : de là lenteur et nonchalance. Dans l'autre, au contraire, les forces de l'arrière-main ayant la supériorité, la masse est précipitée en avant et acquiert la vitesse et la vivacité qui distinguent le dieval d'action.
Dans ce double cas, l'éperon remédie aux excès de lenteur ou de vitesse.
Il stimule le cheval froid et modère l'énergie excessive de l'autre.
Ces deux effets, contraires en apparence, seront facilement obtenus par les moyens théoriques indiqués dans ce chapitre, surtout si l'on a pratiqué, avec habileté, la mise en main préalable.
Pour que les attaques soient fructueuses, il est indispensable, je le répète, de mettre, avant leur emploi, le
cheval parfaitement daîiâla main. Cette disposition de la monture aidera la main à s'emparer de l'impulsion provenant de l'attaque, pour la diriger et la dispo • ser dans le sens favorable à l'équilibre général et au mouvement projeté.
L'entente des jambes et de la main est ici de nécessité absolue, l'impulsion des unes doit trouver un interprète fidèle dans l'autre ; et, quelque légères qu'elles soient dans les commencements, les attaques devront toiqours trouver la main attentive et soutenue assez énergiquement pour présenter une opposition juste à la force communiquée par l'éperon. Si la main, par un t^oips mal saisi, ne maîtrisait pas l'impulsion et la commotion générale qui en résulte, on devrait, avant de recommencer, rétablir l'équilibre du cheval et le calme de ses mouvements, au moyen des effets d'ensemble. On augmentera progressivement la force des attaques, jusqu'à ce que le cheval supporte les plus vigoureuses sans sortir de la main, ni perdre, conséquemment, la position d'équilibre qu'il avait avant l'emploi de l'éperon*
La sage application de ce moyen agit promptement sur le physique et le moral du cheval ; elle hâte son éducation.
Si l'impulsion donnée est bien dirigée par la main et comprimée énergiquement, la souffrance de l'animal sera en raison directe de ses résistances ; instinctivement, il trouvera le moyen de la diminuer et même
de l'éviter en obéissant aussi vite que possible à la simple indication de notre volonté.
Je me suis servi de l'instinct du cheval, pour m'aider à trouver le correctif de ses défauts de structure, qui sont ses seuls vices réels.
Que de siècles ont passé pendant lesquels l'homme, outrageant les lois de la nature et n'écoutant que l'inspiration de ses caprices, a soumis le noble coursier à d'injustes tortures I
Que d'empyriques se sont érigés en écuyers et, par leurs systèmes absurdes, ont amené le désordre dans l'organisme du cheval !
Mais, arrière la routine. L'art raisonné de l'équitation, appuyé sur l'expérience, vient saper jusqu'aux derniers fondements des mensonges traditionnels.
Plus de mors durs, plus d'éperons meurtriers !
Le mors, rendu à sa juste nature, n'aura d'autre influence que celle qui lui sera départie par une main intelligente. L'éperon n'effleurera plus que l'épiderme du cheval, pour obtenir, par la douceur, le mouvement qu'il n'a dû longtemps qu'à la brutalité. L'intelligence de l'homme, conduite comme par un fil électrique, ira galvaniser les membres du coursier. Marche , trotte , noble animal ! déploie , avec assurance, la perfection de tes formes; ta nature est comprise , et ton cavalier saura mettre en relief tes forces incomparables et les grâces de ton admirable structiu^e !
Mais, arrêtons et donnons les principes par lesquels on amènera le cheval à trouver dans Téperon un moyen d'éducation et non un instrument de torture.
Quand les flexions régulièrement faites auront obtenu l'assouplissement de l'encolure, ainsi que la mobilité moelleuse de la mâchoire, le cavalier exercera avec les jambes, sur les flancs du cheval, une pression sagement graduée jusqu'à la plus grande énergie, puis, fies talons dépourvus d'éperons feront succéder leur action à celle des jambes. Ces pressions commenceront, soit en place, dans les effets d'ensemble, soit au pas , afin d'obtenir et d'entretenir la régularité de l'allure.
Je recommande la gradation des pressions de jambes et de talons, pour établir facilement l'accord indispensable de leurs effets avec l'action de la main. Les jambes produisent une force d'impulsion qui précipiterait la masse en avant, si la main ne maîtrisait cette force, en contenant l'avant-main, de manière à ce que la translation des forces et du poids s'opère au profit de l'équilibre. Afin que la main agisse efficacement, il faut donc que les jambes, en procédant graduellement, lui donnent la possibilité d'apprécier leur influence et le degré de compression qu'elle lui doit opposer.
Cette justesse d'action acquise, la main absorbe promptement, au profit de l'équilibre, la force produite par les jambes et les talons.
Alors, seulement, à la botte on adaptera l'éperon.
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Pour habituer le cheval à ce nouvel aide , bien que les molettes soient inoffensîves, on les couvrira, dans le principe, de plusieurs petits morceaux de peau, pour faire une petite boule du diamètre d'une bille d'enfant.
Les molettes couvertes presseront les flancs du cheval jusqu'à ce qu'il supporte leur contact avec autant de calme que celui du talon nu ; puis on agira avec les molettes découvertes.
Expliquons la méthode jusqu'alors inconnue de se servir des éperons comme moyen d'éducation.
Les éperons agissent de deux manières diflFérentea : par pression progressive, ou par attaques vives et instantanées.
La pression progressive des éperons dispose le cheval à supporter patiemment leur action ; c'est par elle que l'on doit commencer. L'apparente insensibilité de l'animal à ces premiers effets de l'éperon amènera l'asage des petites attaques, dont la puissance graduée atteindra peu à peu et sans danger à la plus grande énergie.
Dans toutes ces attaques douces, modérées ou fortes, le cavalier doit tenir les molettes à deux centimètres au plus des flancs du cheval, afin d'éviter les grands mouvements de jambes.
Je vais motiver ces principes et démontrer leur importance.
Je prescris d'abord la pression lentement graduée ou
progressive de réperon, car son action modérée convient, en général, aux dispositions morales et physiques de ranimai.
Cet emploi prudent de Téperon facilite la combinaison de son action avec ceDe de la main pour Tobtenlion complète des effets d'ensemble. Ces deux puissances opposées (main et jambes) s'accordent bientôt pour mettre le cheval entre la main et tes jambes : but que Ton atteindrait trop lentement par les attaques d'éperon proprement dites, car les contractions brusques et les forces violentes, qu'elles] provoquent, nuisent à la juste action de la main qu'elles entraînent souvent. Dans ce cas, le désordre des forces et du poids détruit l'équilibre du cheval, qui se porte à des résistances contraires au progrès de l'éducation. L*emploî des attaques vives ne doit donc être appliqué en premier qu'aux chevaux froids et nonchalants.
Revenons donc à la pression progressive ; elle harmonise les forces, facilite la répartition convenable du poids et amène ainsi la liberté complète de mouvements.
Le bien-être qu'éprouve alors le cheval par l'absence de toute gêne, l'impossibilité de résistance où l'ont mis les effets d'ensemble, le rendent en peu de temps calme, attentif et obéissant.
PTabusons pas, toutefois, des effets d'ensemble avec éperon, ils ont leur danger pour le cavalier inhabile : leur but est d'égaliser entre elles les forces de l'arrière
et de ravant-main ; dès-lors, on comprend que leur usage prolongé, lorsqu'ils ont atteint le but, amènerait le cheval à se porter difficilement en avant, en lui faisant perdre l'habitude de faire primer sur Fautre celle des forces que Ton sollicite.
Il faut donc alterner les mouvements d'ensemble et les mouvements en avant.
Pour les uns et les autres, Faction des jambes précédera toujours Fappui des éperons.
Si le cheval ne se prêtait qu'avec lenteur au mouvement en avant, une attaque plus vive de Féperon deviendrait alors indispensable. Au moment de l'attaque, le mors restera inactif, afin que, ne rencontrant pas d'opposition, le cheval se porte assez franchement sur la main pour que celle-ci, profitant de l'impulsion donnée par Féperon , puisse aussitôt établir l'équilibre sans retarder le mouvement.
Ici surgit une difficulté, mais elle ne sera que momentanée. Ainsi, les premières fois, le cheval hésitera, placé entre deux sollicitations contraires : celle des jambes qui le poussent en avant, et celle de la main qui comprime cette impulsion, en lui empruntant la force nécessaire pour obtenir l'équilibre parfait ou légèreté. Il arrivera même que Fanimal s'arrêtera.
Prodigieux résultat ! Le cheval , qui résistait et s'emportait même, s'arrête maintenant à Fappui de Féperon. Le résultat est prodigieux, c'est vrai, mais ce n'est pas celui que nous cherchons. Si nous laissions le
cheval agir ainsi, nous aurions bientôt à combattre les résistances que nous avons signalées. Prévenons-les donc.
Je dirai, pour la gouverne du cavalier, que dans les premiers jours, il est presque impossible d'obtenir réquilibre du cheval sans prendre trop ou trop peu sur la force propre au mouvement. De Tincertitude de main résultent la difficulté d'exécution et la précipitation ou le ralentissement de l'allure.
Comme je touche ici à la base fondamentale de Téquitation, je désire faire comprendre ma pensée sans laisser aucun doute.
Dans le moment donné et qui nous occupe ici, deux puissances, celle propre au mouvement, celle propre à l'équilibre, se trouvent confondues entre elles et paralysent réciproquement leurs effets particuliers. Il faut donc que lés agents qui les gouvernent, les jambes pour le mouvement , la main pour l'équilibre , sachent les diviser et les diriger de manière à ce que chacune d'elles trouve sa vraie liberté d'action. La main et les jambes n'acquerront l'expérience et la sûreté d'action désirables, que par la pratique fréquente et rationnelle des mouvements en avant, alternés avec les effets d'ensemble.
J'ai signalé, déjà, les inconvénients de la trop grande prolongation de ces divers exercices ; mais l'importance du sujet me fait répéter la recommandation de les alterner fréquemment.
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C'est par cette application judicieuçe des principes prescrits qu'on obtiendra des résultats certains et brillants. Le cheval conservera alors, sous l'action de l'éperon, sa légèreté et sa régularité de noiouvements.