DE LA BOUCHE DU CHEVAL ET DU MORS
J'ai déjà traité ce sujet assez longuement dans mon Dictionnaire raisonné cf Equitation ; mois comme je développe ici un exposé complet de ma méthode, je crois nécessaire d'y revenir en quelques mots.
Je suis encore à me demander comment on a pu attribuer si longtemps à la seule dififérence de conformation des barres ces dispositions contraires des chevaux qui les rendent si légers ou si lourds à la main. Comment a-t-on pu croire que, suivant qu'un cheval a une ou deux lignes de chair de plus ou de moins entre le mors et Tos de la mâchoire inférieure, il cède à la plus légère impulsion de la main, ou s'emporte, malgré les efforts des deux bras les plus vigoureux? C'est cependant en s'appuyant sur cette inconcevable erreur qu'on s'est mis à forger des mors de formes si bizarres et si variées, vrais instruments de supplice, dont l'effet ne pouvait qu'augmenter les inconvénients auxquels on cherchait à remédier.
Si on avait voulu remonter un peu à la source des résistances, on aurait reconnu bientôt que C€lle-ci, comme toutes les autres, ne provient pas de la différence de conformation d'un faible organe comme les barres, mais bien de la contraction communiquée aux diverses parties deTanimal, et surtout à l'encolure, par quelque vice grave de constitution. C'est donc en vain que nous nous suspendrons aux rênes et que nous placerons dans la bouche du cheval un instrument plus ou moins meurtrier ; il restera insensible à nos efforts tant que nous ne lui aurons pas communiqué la souplesse qui peut seule le mettre à même de céder.
Je pose donc en principe qu'il n'existe point de différence de sensibilité dans la bouche des chevaux ; que tous présentent la même légèreté dans la position du ramener, et les mêmes résistances à mesure qu'ils s'éloignent de cette position importante. Il est des chevaux lourds à la main ; mais cette résistance provient de la longueur ou de la faiblesse des reins, de la croupe étroite, des hanches courtes, des cuisses grêles, des jarrets droits, ou enfin (point important) d'une croupe trop haute ou trop basse par rapport au garrot; telles sont les véritables causes des résistances ; la contraction de l'encolure, le serrement de la mâchoire, ne sont que les effets; quant aux barres, elles ne sont là que pour constater l'ignorance des théoriciens soit-disant équestres. Des expériences cent fois réitérées me donnent le droit d'avancer hardiment ce principe, qui, peut-être,
paraîtra [d'abord trop absolu, mais qui n'en est pas moins vrai.
Je n'admets, par conséquent, qu'une seule espèce de mors, et voici la forme et les dimensions que je lui donne pour le rendre aussi simple que doux :
Branche droite de la longueur de 16 centimètres, à partir de l'œil du mors jusqu'à l'extrémité des branches; circonférence du canon, 6 centimètres; la liberté de la langue^ 4 centimètres à peu près de largeur dans sa partie inférieure, et 2 centimètres dans la partie supérieure, n est bien entendu que la largeur seule devra varier suivant la bouche du cheval.
J'affirme qu'un pareil mors suffira pour soumettre à l'obéissance la plus passive tous les chevaux qu'on y aura préparés par l'assouplissement; et je n'ai pas besoin d'ajouter que, puisque je nie l'utilité des mors dars, je repousse, par la même raison, tous les moyens en dehors des ressources du cavalier, tels que martingales, piliers, etc. (1).
(1) Voir, dans le DictUmnaire raisonné d^Equitaiion^ les mots Blon^ Barres et Martingales,
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EMPLOI PAR LE CAVALIER DES FORGES DU CHEVAL POUR tES DIFFÉRENTES ALLURES
Lorsque les assouplissements auront disposé les forces instinctives du cheval au point de nous les soumettre, l'animal ne sera plus entre nos mains qu'un instrument dociJe attendant, pour fonctionner, l'impulsion qu'il nous plaira de lui communiquer. Ce sera donc à nous, dispensateurs souverains de tous ses ressorts, à combiner leur emploi dans les justes proportions des mouvements que nous voudrons exécuter.
Le jeune cheval, roide d'abord et maladroit dans l'usage de ses membres, aura besoin, pour les développer, de certains ménagements. Ici, comme toujours, nous suivrons cette progression rationnelle qui veut que l'on commence par le simple avant de passer au composé. Nous avons, par le travail qui précède, assuré nos moyens d'action sur le cheval ; il faut nous occuper maintenant de faciliter ses moyens | d'exécution, en exerçant l'ensemble de ses ressorts. Si l'animal
répond aux aides du cavalier par la mâchoire, Tencolure et les hanches ; s'il cède par la disposition générale de son corps aux impulsions qfui lui sont communiquées ; si le jeu de ses extrémités est facile et régulier, le mécanisme de tout l'ensemble aura une harmonie parfaite aux différentes allures. Ce sont ces qualités indispensables qui constituent une bonne éducation (1).
(1) n ne faat pas oaUier que la main et les Jambes ont aussi leur vocabulaire, dont la concision est admirable. Ce langage muet et laconique se réduit à ce peu de mots : Tu fais mal; voilà ce qu'il faut faire; tu fais bien. Il sufiSt donc que le caralier parvienne k traduire, par son mécanisme, le sens de ces trois observations différentes, pour posséder toute l'érudition équestre et faire partager son intelligence ao diêval.
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