DU RASSEMBLER
Le travail précédent rendra facile au cavalier cette disposition importante de Féquitation» désignée sous le nom de rassembler. On a beaucoup parlé du rassembler comme on a parlé de Dieu et de tous les mystères impénétrablefi à la perception humaine. S'il était permis de comparer les petites choses aux grandes^ nou§ dirions que les théories plus ou moins absurdes qu'on a pu émettre sur la puissance divine n'ont, heureusement, contrarié en rien la marche immuable de la nature, mais qu'il n'en a pas été de même, par rapport aux progrès de réquitation, de ce qui a été dit et écrit sur le rassembler. Les faux principes qui ont été propagés à cet égard, ont fait du cheval le jouet et la victime de l'ignorance du cavalier.
Je le dis hautement, le rassembler n'a jamais été compris ni défini avant moi, car on ne peut l'exécuter parfaitement qu'après avoir appliqué successivement les
principes que je viens de développer pour la première fois. On sera convaincu de cette vérité quand on saura que le rassembler exige :
1^ L'assouplissement partiel et général de rencolure et des hanches ;
29 Un ramener parfait qui résulte de ces assouplissements;
3® La régularisation entière des forces instinctives du cheval par le cavalier, au moyen des attaques par opposition de main .
Or, comme les moyens d'obtenir ces divers résultats n*ont jamais été indiqués dans aucun traité d'équitation, ne suis-je pas fondé à dire que le vrai rassembler o a pu être pratiqué jusqu'à ce jour? C'est cependant une des conditions indispensables de Téducation des chevaux : en conséquence, je me crois en droit de soutenir avecla même vérité, qu'avant ma méthode on n'a jamais dressé véritablement ceux de ces animaux dont la conformation était défectueuse.
Comment, en effet, définit-on le rassembler dans les écoles d'équitation? On rassemble son cheval en élevant la main et en tenant les jambes près. Je le demande, à quoi pourra servir ce mouvement du cavalier sur un animal mal conformé, contracté, et qui reste livré à toutes les mauvaises propensions de sa nature? Cet appui machinal des mains et des jambes, loin de préparer le cheval à l'obéissance, n'aura d'autre effet que de doubler les moyens de résistance, puisqu'en l'avertissant qu'on va
exiger de lui un mouvement, on reste dans l'impuissance de disposer ses forces de manière à l'y astreindre.
Le véritable rassembler consiste à réunir au centre les forces du cheval, pour alléger ses deux extrémités et les livrer complètement à la disposition du cavalier. Mais pour passer de cette définition quelque peu métaphysique à un exemple matériel, nous dirons que le rassembler se constate encore de visu par le rapprochement des jambes de derrière près du centre ; aussi éta* blirons-nous plusieurs sortes de rassembler, indispensables à la facilité et à la justesse des di£Férentes allures et des différents airs de manège. Pour bien nous faire comprendre, nous établirons l'échelle suivante :
Ayant-main cen
tre Arrière-main
Je dirai encore une fois qu'avant de commencer ces effets de rassembler, il faut que le cheval soit parfaitement dans la main, qu'il se renferme sur les attaques ; alors il sera facile de diminuer, sans contrainte pénible, la marche des jambes de devant et d'augmenter celle des jambes de derrière. Les premiers effets de rassembler qui amèneront les jambes de derrière aux degrés 1. 2, 3, seront utiles aux allures du trot cadencé on allongé, du galop modéré. Ce rassembler peut s'obtenir en travaillant au pas avec les jambes énergiquement soutenues et quelques petites attaques ; la main devra
se borner à combattre les contractions nuisibles à Féqui* libre. C'est par l'emploi de ces moyens qu'on arrivera à obtenir que les jambes de derrière gagnent en vitesse sur celles de devant. Quant au rassembler plus complet, dans lequel les jambes de derrière atteignent les degrés 4, 6, 6, 7, il faut, pour l'obtenir, arrêter le cheval et multiplier les oppositions de main et de jambes ou d'éperons, jusqu'à ce qu'il se mobilise, autant que possible, sans avancer, ou n'avancer qu'imperceptiblement, puis l'arrêter par un ^et d'ensemble. La répétition fréquente de cette mobilité plus ou moins régulière des jambes conduira insensiblement au rassembler le plus complet, et ce rassembler donnera pour résultat naturel le piaffer avec rhytïime, mesure et cadence. Si le cheval est bien conformé, le rassembler s'obtiendra facilement et bi entot après les grandes diflBcultés de l'équitation qui en dépendent. Reste à savoir s'il est possible de les aborder lorsqu'on a pour sujet un cheval de construction médiocre^ c'est^à-^dire possédant une partie des dé* fauts ci-après : les hanches courtes, les reins longs et faibles, la croupe basse, ou trop haute par rapport au garrot, les cuisses effîlées> les jarrets plus ou moins cou* dés, trop rapprochés ou trop éloignés l'un de l'autre, trop ou trop peu d'action ; je suis forcé d'avouer que ces sortes de chevaux présentent de grandes difficultés ; mais, en les surmontant, l'on prouve que l'on est non^seulement écuyer, mais encore homme d'intelligence ^ de sens et de conception équestre.
J'ai déjà expliqué et démontré que le cheval n'a pas la bouche dure ; j'ai dit que la faiblesse des reins, la mauvaise disposition de Tarriôre-main sont les seules causes des résistances que présente le cheval. En effet, si la longueur des reins, par exemple, éloigne les jambes de derrière de la place qu'elles devraient occuper pour que le mouvement soit régulier, la flexion et l'extension des jarrets qui reçoivent le poids et le rejettent en avant, ne peuvent se faire que péniblement; c'est pour remédier à ces inconvénients qui rendraient toute belle éducation impossible, qu'il faut avoir recours aux premiers effets du rassembler, une fois la mise en main obtenue; dans ce cas, les jambes de derrière se rapprocheront du centre et se trouveront à la place qu'elles occupent naturellement chez les chevaux bien conformés. En effet, pourquoi certains chevaux résistent-ils p4r l'encolure et la mâchoire ? Parce que les reins, les hanches et les Jarrets, fonctionnant mal, s'opposent à la tmnslttUon régulière du poids que doit produire le mouvement. Ce qui confirme ce principe, c'est que plus un cheval a de légèreté et de mobilité naturelle dans la mâchoire, plus sa conformation se rapproche de la perfection ; dans ce cas, ses dispositions physiques sont dans de bonnes proportions pour obtenir immédiatement un équilibre parfait : aussi le rassembler complet, facile pour les bonnes constructions, devient-il d'une difficulté inouïe pour les constructions médiocres; car l'effort que le cheval fait pour porter ses jambes de derrière plus en
avant, prend d^autant sur le mouvement néœssaire à la flexion qui produit l'élévation ; aussi ces sortes de cbevnux présentent-ils de grandes difficultés pour les amener à exécuter un travail compliqué et précis ; certes, ' ce n'est pas impossible, mais il faut employer des moyens bien méthodiques et être doué d'un grand tact. Je dirai même qu'une semblable tftche serait sans succès, si elle éiait entreprise par un cavalier qui ne pratiquerait pas ma méthode dans tous ses détails et dans son ensemble. Le cheval mal conformé auquel on fait exécuter des difficultés est loin d'être gracieux à l'œil des personnes qui ne se sont point occupée^s d'équitation, mais combien il est beau pour les spectateurs habiles et érudits I Voilà le merveillleux résultat de Téquitation ; admirez I Le cavalier a fait plm qtie la natwre. Le rassembler complet, c'est-à-dire celui qui amène les jambes de derrière aux degrés de 4 à 7, sert au piaffar, au passage en avant eten arrière, au galop raccourci, espèce de terre à terre, aux pirouettes ordinaires, au galop en arrière, etc., etc. Il est indispensable à tous les mouvements ascensionnels, puisque dans cette position, les jarrets exécutent plus facilement la flexion de bas en haut que celle d'arrière en avant, ce qui prouve qu'une fois le rassembler complet obtenu, le cheval peut exécuter les mouvements les plus difficiles, sans que cela lui soit pénible , et sans porter atteinte à sa constrnc^ tion; ses poses sont toujours justes, ses points d'appui exacts^ et ses mouvements toujours gracieux.
ranimai se trouve alors transformé en une sorte de balance, dont le cavalier est Taiguille. Le moindre appui sur Tune ou l'autre des extrémités qui représentent les plateaux, les déterminera immédiatement dans la direction qu'on voudra leur imprimer. Le cavalier reconnaîtra que le rassembler est complet
lorsqu'il sentira le cheval prêt, pour ainsi dire, à s'enlever des quatre jambes. C'est avec ce travail qu'on donne à Tanimal le brillant, la grâce et la majesté; ce n'est plus le même cheval, la transformation est complète. Si nous avons dû employer Téperon pour pousser d abord jusque sur ses dernières limites cette concen* tration de forces, les jambes suffiront par la suite pour obtenir le rassembler nécessaire à la cadence et à Télévation de tous les mouvements compliqués.
Ai-je besoin de recommander la discrétion dans les exigences? Non, sans doute , si le cavalier ^ arrivé à ce point de l'éducation de son cheval , ne sait pas comprendre et saisir de lui-même la finesse de tact, la délicatesse de procédés indispensable à la bonne application de ces principes, ce sera une preuve qu'il est dénué de tout sentiment équestre; mes instances ne sauraient remédier à cette imperfection de sa nature.
XXffl