‹ Œuvres complètes ... Méthode d'équitationChapitre 34 sur 209 · DU GALOP · texte numérisé non relu

DU GALOP

J'ai dit jusqu'à ce jour que la plupart des ressources de Véquitationn'ppt pas été comprises, etsij'eYais besoin d'une nouvelle preuve à l'appui de mon opinion, je la puiserais dans Içs erreurs, les suppositions et les contradictions sans nombre qui ont été entassées pour e^LpIiquçr le naouvement si simple du galop. Que de dissidences seulement sur les moyens à employer pour faire partir le cheval sur le pied droit ! C'est l'appui de la jambe droite du, cavaliçr qui déterminera le mouve^

pient, prétend l'un ; — c'est celui de la jambe gauche, poutient un autre ; — c'est le contact égal des deux jambes, affirme un troisièipe ; — non, disent sérieusement quelques autres, il faut laisser faire tout naturellement le cheval* Eh I sans doute , le hasard est si puissant 1

Comment pouvait-on distinguer la vérité au milieu de ce conflit de principes si contraires ? Ils émanaient d'ailleurs de sources respectables ; la plupart de leurs au-

teurs avaient possédé des titres et des dignités qui ne s'accordent ordinairement qu'au mérite* Se seraient-ils tous trompés jusqu'à présent? Cela n'était pas possiWe; car à une longue pratique plusieurs d'entre eux joignaient les connaissances les plus complètes en physi-que, en anatomie, en mathématiques , etc., etc. Douter de pareilles autorités eAt été aussi présomptueux qu'im^ pradent ; on Vaurait considéré comme un crime de lèseéquitation* Les cavaliers conservaient donc leurigno-^ rance, les chevaux leur tnauvais équilibre ; et si on par<v^ait, après deux ou trois ans d'un travail routinier, à feîre partir bien convenablement sur lé pied voulu quelques chevaux doués d'une organisation privîligiée, et à les faire changer ensuite de pied , juste à un point déterminé, la difBcuté consistait ensuite à les empêcher de répéter toujours ce dernier mouvement à la même place (1).

C'est ainsi que s'accréditent et se perpétuent souvent les erreurs les plus palpables, jusqu'à ce qu'arrive enfin ua esprit pratique, doué de quelque bon sens naturel ,

(1) Dans son remarquable travail publié pur le Spectateur militaire^ M. Auguste Oriard, après avdir démontré Taibsence de ba^ fixe et raisonnée, l'ineoliëraace de principes qui caractérisent l'ancienne école, conclut ainsi :

< Là où 11 n'existe pas de règle générale, toute méthode devient impossible. Corn-

> ment qualifier, en efiet, un système qui ne repose que sur uie quantité ips^pt^rf^

> Uede cas particuliers? Lui donnera-t-on le nom de méthode? Qu'est-ce donc qu'une » mâtbfde, sillon la marébe i^gullèro et afeanràa d*ad problème ^on la solution * obli^t Ainsi, lorsque après les étudea les plus profondes et les plus variées, lors- » que après les travaux d'observation les pins patients et les plus complets, von»

> ypçt^ cb^flQ î9iir„|L i^^upi pas, vxrf^r 4evant Toua des périp^tiea toi^oura son-

> daines et des dénoûments toujours imprévus, dlrez-vons, que vous avez une mé- » tMftt Ptenu Kan|e,lonteBiâaAèB a;unefln «l ^k» ^«Umea oTiii i|V»t f a& »

qui vienne démentir par Tapplication toutes les savantes théories de ses prédécesseurs. On essaie bien de nier d'abord le savoir-faire du novateur; mais les masses , qui ont l'instinct du vrai et jugent d'après ce qu*elles voient, se rangent bientôt de son coté, tournent le dos à ses détracteurs, et les laissent se morfondre dans leur isolement et leur vaine prétention.

C'est donc à la masse des cavaliers que je m*adresse en disant : ou le cheval est sous Tinfluence de vos forces et soumis entièrement à votre puissance, ou vous êtes en lutte avec lui. S'il vous entraîne en galopant, sans que vous puissiez modifier et diriger parfaitement sa course, c'est une preuve que, quoique soumis jusqu'à un certain point à votre pouvoir, puisqu'il consent à vous transporter ainsi, il dispose cependant d'une grande partie de ses forces instinctives. Dans ce cas, c'est entre vous et lui un combat perpétuel, mêlé de succès et de revers, et dont les chances dépendent de la température, du caprice de l'animal, de sa bonoe on de sa mauvaise digestion. Les changements de pied, dans de pareilles conditions, ne pourront s'obtenir que par des renve)'senients^ ce qui rend le mouvement aussi difficile que disgracieux et s'éloigne on ne peut plus de la saine équitation.

Si au contraire Tanimal est assujetti au point de ne pouvoir contracter aucune de ses parties sans l'intervention et le secours du cavalier, ce dernier pourra diriger à son gré l'ensemble des ressorts, répartir la force

et le poids de telle à telle partie, et exécuter par conséquent les changements de pied avec aisance et promptitude.

Nous savons que les contractions d une partie quelconque du cheval réagissent toujours sur l'encolure, et que la roideur de celle-ci s'oppose à la bonne exécution de tout mouvement. Or, si, au moment de s'enlever au galop, le cheval roidit Tune de ses parties, et par suite son encolure, de quelle utilité pourra être, je le demande, pour détermînerledépartsurle pied droit, par exemple, lappui de Tune ou de l'autre jambe du cavalier, ou même celui des deux jambes à la fois? Ces moyens seraient évidemment sans effet certain jusqu'à ce qu'on eût remonté à la source de la résistance afin de la combattre et de l'annuler. On le voit donc, ici comme toujours, la souplesse et la légèreté pourront seules faciliter Texécution du travail.

Si, quand on veut déterminer le cheval sur le pied droit; une légère contraction d'une partie de l'animal le disposait à partir sur le pied gauche, et si l'on persistait, malgré cette mauvaise disposition, à engager lallure, il faudrait alors employer deux forces du même coté, c'est-à-dire la jambe gauche et la main gauche ; la première étant destinée dans ce cas à déterminer le mouvement qu'on veut obtenir, la seconde à combattre la disposition contraire du cheval.

Par ces moyens, nous combattons, en effet, les mauvaises dispositions. Mais û'est-il pas plus rationnel de

nous opposer à leur naissance? Pour cela faire, il s*i^t d'employer convenablement les trois agents qui niettent le cheval à même de s'enlever au galop et de partir sur tel ou tel pied. Ce sont : la force, la position et le mouvement.

Raisonnons.

Je donne une impulsion, de lÀ une contraction qui déplace le poids et le porte sur l'un ou Tautre pied. Si je ne saisis pas la transition du poids d'une partie sur l'autre, par suite de la contraction, j'ignore le pied qui se trouve surchargé. Je ne puis, dans cette hypothèse, donner la position avec certitude. Si, heureusement, la contraction a placé le poids sur le pied opposé à celui qui, dans mon intention, doit commencer le galop, le mouvement s'exécutera régulièrement , mais , évidemment, ce sera un effet du hasard ; mais si le poids a été disposé contrairement à mes vues, la position donnée par ma main devient fausse ; d'oii suit, naturellement, un départ défectueux. Ce défaut demande un prompt çQrrectif ; la main, en changeant aussitôt la position, .pourra atténuer les mauvais effets que cette faute produirait dans l'éducation du cheval. Celui-ci comprendra cette rapide rectification, et l'incertitude jetée dans son instinct par l'inhabileté du cavalier, cessera dès qu'une intention mieux marquée lui aura été indiquée. Si, au lieu de rectifier la mauvaise position provenant de Fignorance de l'emplacement du poids, le cavalier laissait ^égligenmient commencer le galop , au hasard , il en

résulterait que sob iateatîoD, échappaot. tout 4 fiiiiou cheval, celui-ci éprouverait un retard notable daQ»aoQ éducation. Ces inconvénients seraient d'autant plvi9 ^ands, qu'on laisserait le mouvement défectueux «e prolonger davantage. Car si Ton n'arrêtait le cheval qu'après cinq ou six temps de galop, il ne pourrait savoir si cet arrêt est la répression d'une^ faute ou toal amplement la fin de Texercice. ;

Pour éviter tous ces tàtoanements du cavalier et lef dispositions contraires du cheval, sachons donçieipployer la force nécessaire pour fwre naître, à notrie gré, telle ou telle contraction < Nous dirigerons ainsi le poids mv le pied qu'il nous plaira, et la position ooavenabld donnée au cheval facilitera le départ au galop, selon nos désirs.

Avant de commencer Tallure du galop^ le cavalier qq devra épargner m le temps ni la peine, afin de préparer convenablement le cheval- Pour arriver à de bons ré* sultats, il faut que Téducation de l'animal soit ass^

avancée pour qu'on ait obtenu ces trois points :

1^ Le cheval léger et placé droit ;

2' Disposition, dans dejustesi proportions, de SQU av** tion et de son poids ;

S' Entente parfaite de la force qui porte le poids €^ arrière et de eeUe qui porte le corps en avant.

n est incontestable quQ> de la justesse du premier temps de galop« dépend celle des temps suivants.

Pourjqpie le déport soit régulier^ il faut que la posi-

tion donnée au cheval soit (elle, que le mouvement s'entame sans autre participation du cavalier, à son insu, pour ainsi dire» et par l'action spontanée du cheval. Ce premier mouvement ascensionnel exige, on le voit, la parfaite légèreté à la main .

Le cavalier, étonné des résultats que lui procurera Tapplication de ce principe, comprendra que le départ, à toutes les allures , ne sera régulier qu'autant qu'il l'aura soumis à la règle observée pour le premier temps de galop.

Cette explication sufQra, je l'espère, pour faire comprendre qu on doit étudier les choses à fond avant de formuler des principes. Plus de système donc, sur l'emploi exclusif de telle ou telle jambe pour déterminer le galop, mais conviction profonde que la première condition de ce travail et de tous les autres est de maintenir son cheval souple, léger, c'esi-à-dire dans la position de rassembler que comporte cette allure, et il sera facile d'en apprécier le degré au moyen de la légèreté et de la facilité avec laquelle s'opérera le reflux de poids du devant sur le derrière ; puis on emploira l'un ou l'autre moteur, suivant que l'animal, au départ, conservera sa bonne position, ou qu'il cherchera à s'en éloigner. Il faut aussi bien se pénétrer que c'est la force qui donne la position au cheval, mais que de la position seule dépend la régularité des mouvements.

Le passage fréquent en ligne directe, et avec des temps d'arrêt, du galop sur le pied droit au galop sur le

pied gaache, amènera bientôt à exécuter les changements de pied du tact-au-tact. Pour arriver à leur perfection, c'est-à-dire à employer, pour les exécuter, la jambe qui est du même côté que la main, on suivra cette progression : d'abord, on emploiera la main et la jambe opposées au pied qui doit s'enlever pour vaincre la résistance que le cheval apportera à ce mouvement nouveau pour lui. Puis, au fur et à mesure que le cheval sera plus instruit, on emploiera l'action simultanée des deux jambes, la main toujours portée du côté opposé où U doit s'enlever; enfin, on ne fera plus sentir que la jambe qui est du côté sur lequel on voudra que le cheval galope, l'autre jambe restant néanmoins à sa position normale. Comme Taction des jambes imprime toujours une nouvelle impulsion, la main sera attentive à la maîtriser de manière à éviter toute altération d'allure.

Quand le cheval sera bien équilibré, on pourra joindre aux effets de jambes déjà indiqués, celui de la rêne de bride appuyée contre l'encolure ; cette pression amènera la tête du cheval à s'incliner vers le côté où il s'enlève et où s'opère le changement de pied. Comme il a été dit ailleurs, la pression de la rêne de bride sur l'encolure porte le poids sur le côté opposé à l'inclinaison de la tête, et par conséquent facilite par cette translation de poids les changements de pied qui se pratiquent soit à l'extrémité des lignes diagonales soit sur la piste. Le mouvement est juste et régulier quand la position est obtenue sans diminuer la légèreté. On habituera

progressivement le cheval à changer de pied, tous l«s cinq ou six temps d'abord, puis tous les deux temps et enfin à chaque temps. Arrivé à ces difficultés, le cavaliert pour les vaincre, doit trouver dans son intelligeuce ce que les écrits ne peuvent lui donner, l'habileté.

De tout ce qui précède, il résulte que le cavalier a tous les moyens possibles de donner à sa monture li position exacte et indispensable à la régularité du mouvement. Si le cheval exécute mal, c'est qu'on aura négligé l'application scrupuleuse des principes que j'ai donnés pour son éducation, et son instructeur sera seul responsable de ces fautes. Avant l'émission d'une méthode raisonnée, alors que le cavalier était livré aux seules donnés de la routine, il pouvait imputer aux défauts physiques de sa monture l'insuccès de ses efforts. Mais aujourd'hui la route est tracée, les moyens sont accessibles à tous; allons donc franchement au progrès, puisque le progrès vient à nous.

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