FRÈRE ALBERIGO. — ACTE III, SCÈNE VI
Catterina. Certes, Ameriffo, vous pouvez vous vanter d'avoir la jeune épouse la plus sage et la plus chaste, je ne dis pas de Florence, mais de tout l'univers.
AMERiGO. Et j'en rends grâces à Dieu. Cependant, vous le savez, mon père, nous sommes tous fragiles. Enfin je vous confesse ma faute, et j'accepte de grand cœur la pénitence que vous voudrez me prescrire ; je promets d'oublier entièrement cet autre amour et de ne songer désormais qu'à mon ménage. Mais je désirerais d'abord qu'elle me dît comment elle a fait pour me surprendre ainsi.
FRÈRE ALBERIGO. Cela Serait hors de propos, et tout à fait en contradiction avec notre but. Mais faites-moi une grâce, et je l'exige de tous deux à la fois.
A3IERIG0. Pourvu que cela me soit possible.
FRÈRE ALBERIGO. Tout CC qUC jC VCUX, c'cst
que vous preniez la résolution de ne jamais parler de tout ceci, que vous vous persuadiez qu'il n'est rien arrivé du tout, et que vous retourniez l'un et l'autre à vos affaires de chaque jour. Étes-vous contents ?
CATTERINA. Parfaitement contents.
AMERiGO. Mais qu'au moins elle n'en dise rien à Margherita.
FRÈRE ALBERIGO. C'cst trop justc. (A Catterina.) Ne me le promettez-vous pas.^
CATTEROA. Oui, mou père, pourvu que je sorte de tous ces ennuis.
FRÈRE ALBERIGO. Après VOUS être ainsi pardonné vos torts l'un à l'autre, puisse la paix rester avec vous!
AMERIGO. Soyez mille fois béni, père, car sans Votre Paternité j'étais mal dans mes affaires.
CATTERINA. Et moi doiic ! Hélas , mon Dieu ! que le Seigneur vous récompense !
AMERIGO. Et désormais, puisque j'ai reconnu en vous tant de savoir et de bonté, je veux qu'aussi bien qu'Alfonso vous soyez notre ami.
CATTERINA. Je le veux aussi pour ma part.
AMERIGO. Et je désire que vous soyez mon confesseur.
CATTERINA. Je veux aussi me confesser à lui.
AMERIGO. Vous ne répondez pas! Que vous semble de ce que nous venons de dire.^
FRÈRE ALBERIGO. J'en suis fort Satisfait *, cî vous me trouverez toujours prêt , pour l'amour du Seigneur d'abord , et ensuite par le devoir de mon ministère, à faire tout ce qu'il faut pour le salut de vos âmes.
CATTERINA. Dicu VOUS CB. fécompense pour nous ! (A son mari.)Vous, venez donc maintenant, car l'heure du dîner est passée.
AMERIGO. Écoute: si tu l'invitais à venir prendre quelque chose avec nous?
CATTERINA. Il cst si tard que je m'imagine que les frères ont fini de dîner : ainsi donc, mon père, si en effet vous n'avez point pris votre repas, daignez venir faire collation avec nous.
FRÈRE ALBERIGO. J'ai cu CC matin quelques affaires particulières qui m'ont retenu hors du couvent , de sorte que je suis encore à jeun.
AMERIGO. Eh bien, justement ! venez donc.
CATTERINA. Vous ne pouvez aller en aucun lieu où vous soyez reçu avec plus de plaisir.
FRÈRE ALBERIGO. Jc ne puis VOUS rcfuscr, et je le pourrais que ce serait mal à moi , tant vous m'invitez cordialement. Allons.
AMERIGO. Suivez-moi; vous me comblez de joie!
CATTERINA. Nous avons bien des grâces à rendre à Dieu!
FRÈRE ALBERIGO. Et à sa mèrc aussi. Pour vous, spectateurs, si vous vouliez rester ici jusqu'à ce que vous nous vissiez sortir, vous attendriez trop longtemps, parce qu'après la collation j'ai résolu de leur faire un petit sermon, et de leur montrer par le raisonnement, par les exemples, par l'autorité et par les miracles , que rien n'est plus nécessaire au salut des âmes que lachariié; prouvant, avec l'apôtre saint Paul, que celui-là n'a aucune vertu qui n'a pas la charité. Ainsi donc si vous voulez m'en croire, vous vous en irez avec la paix du Seigneur, l^^alets.
FIIV DE FRÈRE ALBERIGO.