‹ Œuvres complètesChapitre 100 sur 323 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

FRÈRE ALBERIGO , CATTERINA, AMERIGO.

FRÈRE ALBERIGO, à part. II est tcmps dc me présenter, afin de les mettre prompteraent d'accord.

AMERIGO. Je ne puis deviner comment sans sorcellerie tu m'as pu découvrir.

CATTERINA. Fi donc ! que la peste puisse t'étouffor ! Pouvez-vous bien croire cela de moi !

FRÈRE ALBERIGO. Qu'cst-cc.^ qucl bruit est-ce là ! Perdez-vous la tète ?

AMERIGO. Père, vous le voyez, cette femme est une pécore !

CATTERINA. Et VOUS êtcs un J"ai presque

lâché le mot.

FRÈRE ALBERIGO. Allons, Amcrigo, il filUt avoir quelques ménagements dans ces sortes de choses , et que celui (jui a le plus de l)on sens s'en serve ici.

AMERIGO. Mon cher Alberigo, elle est .si fâcheuse et de si méchante humeur que les anges n'y résisteraient pas.

c.\TTERii\A. Ah ! mon père , sans le respect que je vous porte, je vous dirais le bel honneur qu'il m'a fait.

AMERIGO. Et un bel honneur aussi tu m'as fait , loi !

FRÈRE ALBERIGO. Qu'cst-cc quc ccla signifie?

CATTERINA. J'ai bien envie de le dire , et de lui rendre la justice qu'il mérite.

AMERIGO. Eh bien! quand tu l'auras dit, qu'en sera-t-il ? de par tous les diables !

CATTERINA. Suffit, mais je le dirai à ses parents et aux miens.

FRÈRE ALBERIGO. Ne VOUS laisscz pas ainsi dominer par la colère.

CATTERINA. Je ne puis pas me contenir que je ne l'aie dit : croiriez-vous bien qu'il est amoureux de sa commère ?

FRÈRE ALBERIGO. Comment! dc la femme d'Âlfonso ?

CATTEIil\A. ^CO'lIOZ Un pCU.

AMERIGO. Achève donc; que peux-tu me fai»> désormais?

CATTERINA. L'honuète homme avait si bien poussé l'affaire qu'il pensait en venir aujourd'hui au dénoliment ; mais j'ai si bien travaillé, par mon adresse et par des moyens qu'il serait trop long de raconter, qu'après avoir éventé la mèche je l'ai conduit en un lieu où , se croyant avec la commère , il s'est trouvé dans mes bras ; et puis nous sommes aussitôt sortis de l'endroit où la trame avait été ourdie.

AMERIGO. Eh bien ! est-ce là, après tout, un péché qui offense le Saint-Esprit? Père, vous avez entendu : suis-je donc le premier?

FRÈRE ALBERIGO. Bou Dicu ! quc ditcs-vous! si une pareille chose venait à s'ébruiter, vous seriez perdu de réputation.

CATTERINA. Je veux quemesonclcs le sachent.

FRÈRE ALBERIGO. Ne parlez pas ainsi , car à coup sûr vous vous en repentiriez.

AMERIGO. Qu'en sait-elle ?

FRÈRE ALBERIGO. Ah, ah! Amcrigo, vous devriez désormais laisser là toutes ces sottises et ces niaiseries déjeune homme, qui conviens nent mal à votre âge. Et vous aussi, madame Catterina, pour l'avantage de votre maison et pour ne pas encourir une mauvaise réputation, vous ne devez plus parler de tout ceci ; et je veux que vous viviez en bonne intelligence , et que vous soyez mieux d'accord que jamais.

CATTERINA. Soit aiusi que vous l'exigez, mais à cette condition, que je n'entendrai plus jamais parler de la commère.

FRÈRE ALBERIGO. A la bounc hcurcVous, Araerigo, souvenez-vous que pécher tient à la nature humaine, se corrigera celle des anges, mais persévérer, c'est vraiment le fait du démon. Aussi seriez-vous toujours en péché mortel si vous continuiez à mener ce train de vie. Je veux donc que, pour l'amour de Dieu d'abord, de moi ensuite , enfin pour votre propre intérêt et votre honneur, vous consentiez à rompre cett." liaison et à ne songer qu'à votre femme, qui en vérité est une personne vertueuse, une femme de bien, qui vous aime plus que tout au monde et n'a rien de plus cher que vous.

CATTERINA. Dicu Sait i'amour que je lui porte à cet homme trop ingrat, et comme je lui garde ma foi !

FRÈRE ALBERIGO. Nc plcurcz pss, madame

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