‹ Œuvres complètesChapitre 114 sur 323 · L'ENTREMETTEUSE MALADROITE. — ACTE II, SCÈNE V · texte numérisé non relu

L'ENTREMETTEUSE MALADROITE. — ACTE II, SCÈNE V

CAMiiLus. Écoute-moi.

SATURiTJS. Je ne veux plus écouter aucune de

tes exhortations.

CA^iiLLES. Pourquoi?

SATCRiis. Parce que ce serait la même chose.

CAMiLLUS. Veux-tu permettre queje te parle.^

SATUKiiis. Non; parle avec les morts , qui ne pensent plus ni à JDoire ni à mano^er.

CAMILLUS. Vas-tu te mettre en colère?

SATUiuLS. Eh! qui ne s'y mettrait pas, lorsque je me vois aujourd'hui molester à ce point/* Crois-tu queje n'aie qu'un seul endroit où je puisse aller manger?

CAMILLUS. Je sais que chacun te reçoit avec plaisir à cause de ton esprit et de ta gaîlé ; et moi , plus qu'aucun autre , je t'apprécie, je l'honore et je t'estime.

SATURius. Tu le prouves bien mal en voulant m'accoutumer ainsi à jeûner.

CAMILLUS. Allons, tranquillise -toi : tu seras bientôt consolé. Plus on désire manger, et plus ce qu'on mange est agréable et profitable.

SATURIUS. Oui, pour ceux qui ont desesîo macs froids et délicats, faibles, remplis de vents, dégoûtés, comme sont ceux de la plupart des savants, qui ont la gravelle,qui sontétiques, et dont la tète est chauve et les yeux chassieux.

CAMILLUS, De parasite, te voilà devenu bien bon médecin. Allons-nous-en. Dulippus, car tu le vois qui bout d'impatience; et le temps s'enfuit comme le vent.

royaume. Et aujourd'hui ce n'est pas une bagatelle qu'un amant estimable!

CAMILLUS. Suis-je par hasard du nombre?

SATURIUS. Le premier et le plus excellent.

DULIPPUS, à part. Celui-ci va gonfler de vent notre maître.

SATURIUS. Que marmottes-tu entre tes dents?

DULIPPUS. Je dis que je suis bien aise que Virginie l'aime, et que cela nous sera avantageux.

SATURIUS. Les serviteurs sont toujours enclins à tomber sur les étrangers ; et Dulippus voit avec chagrin que je vienne manger chez toi.

CAMILLUS. Avant de nous mettre à table j'ai envie d'aller jusqu'au temple. Cela pourrait te fatiguer : en attendant mon retour, prépare tout pour le dîner.

SATURIUS. Tout sera apprêté avec le pins grand soin, Camilhis. Mais, dis-moi : combien de temps veux-tu que je t'attende?

CAMILLUS. Jusqu'à ce que l'heure du repas soit arrivée.

SATURIUS. A mon avis , je crois qu'elle est déjà passée.

CAMILLUS. Certainement non , si tu regardes le soleil.

SATURIUS. C'est mon ventre que je consulte.

DULIPPUS. Et ton ventre est ton dieu.

SATURIUS. Quand on se met tard au lit , il faut se lever tard et dîner lard : c'est ce qui fait que personne ne peut venir manger avec nous; et cette conduite n'est pas dépourvue d'adresse.

CAMILLUS. Sais-tu que tu m'offenses ?

SATURIUS. Sais-tu que tu ne m'offenses pas moins quand tu veux que je règle mon dîner sur les horloges et les étoiles?

CAMILLUS. Dulippus, allons-nous-en.

DULIPPUS. Allons-nous-en; car avant que ce raisin mal cuit se changeât en moût , je ne pourrais m'empêcher de faire fermenter la cuve.

SATURIUS. Vois à quelles choses désagréables fu m'exposes !

DULIPPUS. Va , mon maître n'attaclie de prix qu'à ton départ.

SATURIUS. Comme si cela n'avait aucune importance pour ton maître ! Ne sait-il pas que la vie et la mort dépendent de cet arrangement de la vie, et que s'il le suivait sans y manquer, il aurait comme moi la face colorée ?

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