SCÈNE IV
DORIA, CATILLDS, VlRGimA, SOSTRATA, DROMOS.
VIRGINIA. Bonjour.
CATiLLEs. D OÙ venez-vous ?
VIRGINIA. Du temple de Vesta.
CATiLLUs. Vous voilà devenue bien dévote!
VIRGINIA. Je faiscequejevoisfaireauxautres.
CATiLLiJS. Dieu le veuille ainsi !
SOSTRATA. Ne lui reprochez point sa bonne conduite.
CATILLUS. Et qu'y avez-vous fait ?
VIRGINIA. Ce qu'on a l'habitude d'y faire.
CATILLUS. Y avait-il quelque chose que vous pussiez désirer?
VIRGINIA. Vous savez si j'aime autre chose que vous, vous à qui j'ai donné mon amour et ma foi.
CATILLUS. Si ce que vous me dites était vrai , vous me rechercheriez à toutes les heures du jour, au lieu de méviter. Croyez-vous que j'ignore la conduite que vous avez tenue aujourd'hui au temple?
VIRGINIA. Malheureuse que je suis ! que viensje d'entendre ! Quelle faute, dites-moi, quel péché ai-je commis?
CATILLUS. Voyez comme elle fait l'innocente ! SOSTRATA. C'est qu'cUc n'a rien à se reprocher.
VIRGINIA. Il faut avouer que je suis née sous une bien malheureuse étoile ! plus je m'efforce à me bien conduire, et plus je me vois exposée aux .<oupçons d'un jaloux. Hélas! je ne sais plus ce que je dois faire.
CATILLUS. Voyez si ce qu'elle dit ne semble pas partir du fond de son cœur.
VIRGINIA Plût au ciel que ce que je dis ne fût
pas vrai ! je serais alors heureuse plus qu'aucune autre femme; tandis qu'il n'en est pas de plus à plaindre et de plus infortunée. J'ai trop d'amour et de respect pour toi ; et je te révère comme une chose sacrée... Mais nous sommes bien folles d'aimer qui ne nous aime pas,
CATILLUS. At-on jamais vu plus d'impudence 1 A-t-elle changé de visage ou de voix?
SOSTRATA. La vérité est toujours bien puis-1 santé. *
CATILLUS. Si ce qu'elle dit était vrai, elle n'aurait pas la force de nier et elle resterait muette devant moi. Elle ne me connaît pas.
VIRGINIA. Je ne te connais que trop pour mon malheur ! Plût au ciel que ceux qui m'ont unie à toi l'eussent connu aussi bien! ils m'auraient noyée de leurs propres mains avant de me faire ta femme ; ils m'auraient donné auparavant du poison ; et je l'aurais accepté avec plaisir plutôt que d'avoir un si fâcheux mari.
CATILLUS. On ne répond à un semblable discours qu'avec le bâton.
SOSTRATA. C est SOU amouT qui la fait parler ainsi.
CATILLUS. Dites plutôt son orgueil. Non, je ne sais comment on peut supporter une femme pareille !
DROMOS. Mon maître, souffrez...
CATILLUS. Que veux-tu que je souffre? J'aimerais mieux d'abord me jeter à l'eau.
DROMOS. Calmez un peu votre colère. Éloignez-vous d'ici, et votre transport se passera lorsque vous ne la verrez plus.
CATILLUS. Sortons, car je sens que je ferais quelque sottise.
DROMOS , à part. Si tu en faisais une , ce ne serait pas la première.