SCÈNE II
APOLLON lA, CAMILLUS.
APOLLONIA. Je t'ai dit qu'elle ne pouvait te recevoir chez elle, parce que son mari ne h quitte pas plus que son ombre; mais tu pourras la voir chez un de ses parents ; car les bons parents se rendent service les uns aux autres; et comm^les chiens poussent la bête dans les filets 7 ils conduisent de même la beauté dans le piège. Nous sommes les chiens , nous autres , et les parents sont les filets. Et vous savez, mesdames, si ce que je dis est vrai.
CAMILLUS. Non, il n'exista jamais un plus heureux amant que moi, si ce que tu m'as dit réussit !
OUVRAGES DRAMATIQUES
APOLLONiA. Tu n'as rien à craindre : j'ai bien pris toutes les mesures.
CAMiLLus. Que tout ce que tu me dis m'enchante I
APOLLONIA. Je crois bien que tu dois être enchanté. Fais en sorte cependant de ne rien négli{îer : sois hardi dans tes discours et prompt dans tes actions; ne fais pas de cérémonies comme la plupart des amants, car tu pourrais fort bien ne plus obtenir un second rendez-vous. CAMILLUS. J'aime fort tes conseils; mais croistu que ce soit là le premier combat que j'aie livré ?
APOLLONIA. Je n'ai pas de peine à croire le contraire.
CAMiLLLS. Non, il n'y a pas d'Espaj^nol aussi ardent à monter sur la brèche d'un château que je le serai à emporter d'assaut l'objet de mes désirs.
APOLLONIA. J'en connais beaucoup qui ne sont hîîrdis qu'en paroles.
CAMiLLts. lu st vrai, mais ce sont des hommes lâches et menteurs. Les faits d'ailleurs feront foi de ce ([ue j'avance.
APOLLONIA. Au revoir donc jusqu'à demain matin.
CAMILLUS. Au revoir. (La rappelant.) Écoute encore un instant.
APPOLLONïA. Que temanque-t-il ?
CAMILLUS. Crois- lu que je doive mener avec moi quelque ami?
APOLLONIA. Pour quelle raison?
CAMILLUS. Quelqu'un pourrait veiiir m'atfaquer.
APOLLONIA. Tout à l'hcurc tu faisais tant le courageux !
CAMILLUS. La prudence ne défend pas de craindre le mal qui peut nous survenir.
APOLLONIA. Si tu mènes quelqu'un avec toi [ n'en dis mot à ta belle , parce que cela pourrait le nuire.
CAMILLUS. Je ne suis pas si sot: je lui dirai que je me fie A peine à moi-même, et que tout ce que ' je ferai sera comme caché dans le sein de la terre.
APOLLONIA. Ah ! c'est ainsi que les pauvres femmes sont toujours vos dupes.
CAMILLUS. Ce n'est pas pour la tromper que j'en agis ainsi.
APOLLONIA. Je comprends bien que tu le fais
à bonne intention. Maintenant dis-moi si tu as encore besoin d'autre chose.
CAMILLUS. Non , pas datis le moment.
APOLLONIA. Je suis toujours à tes ordres.