SCÈNE. VII
CAMILLUS, SATURIUS, DORIA.
SATDRius. Quelles nouvelles apportes-tu?
DORiA. Celles que je t'ai promises, les meilleures que ton maître entendit jamais.
SATURIUS. Réfléchis bien à les paroles.
DORIA. Oh ! j'y ai bien pensé.
SATURIUS. Ne me fais pas voir la lune en plein midi.
DORIA. Je suis folle peut-être.^
SATURIUS. Je te crois une bonne tête, puisque tu ne te fâches pas de certains souvenirs. Mais je veux que tu racontes à Gamillus tout ce qu'il en est.
CAMILLUS. Qui est là ?
SATURIUS. Quelqu'un qui t'aime , une de tes vraies a îiiies. (ADoria.) Approche.
CAMILLUS. Il ne me manquait plus que cela!
DORIA. Je suis donc venue à propos.
CAMILLUS. Pour me faire quelque histoire.
DORIA. Ce n'est pas là mon usage.
CAMILLUS. Ce serait un vrai miracle.
DORIA. Je ne pouvais vous apporter une nouvelle plus heureuse.
CAMILLUS. Le mal se déguise souvent sous l'apparence du bien, mais l'homme l'éviterait sans peine s'il se montrait sous la forme du mal.
DORIA. Je puis vous jurer que je ne vous trompe pas; je ne suis pas de ces femmes à la tête légère. Si vous ressentez en effet pour ma maîtresse tout ce qu'elle éprouve pour vous , vous serez aisément au comble de vos vœux.
CAMILLUS. Eh quoi ! ne lui ai-je pas dit que je brûle à toutes les heures de la vie?
DORIA. La pauvrette, de .son côté, se consume et dépérit ; elle ne dort plus.
CAMILLUS. El moi je mange à peine.
DORIA. Elle ne fait que penser à vous.
CAMILLUS. El moi je la porte en mon cœur.
DOKiA. Pour cela , Dieu le sait.
CAMILLUS. Qu'est-ce que tu veux dire ?
DORU. Que VOUS avez plus d'amourettes à
vous seul que le mois de mai ou que e prîn temps ne produit de fleurs.
CAMILLUS. Tu as tort.
DORIA. Dites-moi : croyez-vous que je ne voie pas, lorsque vous êtes au temple, vers combien d'endroits vous dirigez vos regards et à combien de belles vous faites des signes?
CAMILLUS. Tu as pu, il est vrai, te l'imaginer; mais si je regarde tanlôl Tune et tantôt l'autre, c'est pour que tout le monde ne s'aperçoive pas de mon amour.
DORIA. Cette raison est fort bonne pour ceux à qui elle plaît. Quant à moi, je suis venue pour vous faire plaisir et non pour vous tourmenter: je vous dirai donc que Virginia est di.sposée à faire tout ce que vous désirez, et même, si vous y consentez , à vous prendre pour époux.
CAMILLUS. Et comment cela pourrait-il être? n'a-t-elle pas resté trois années avec Catillus?
DORIA Oui , mais il n'y a pas la moindre différence entre elle et une nouvelle épouse.
CAMILLUS. Quoi! serait-il possible que tu disses la vérité?
DORIA. Rien n'est plus certain , quoique cependant le cas soit assez rare.
CAMILLUS. Je suis fâché qu'elle ait perdu en vain autant de temps , mais je vois avec plaisir quelle en .soit encore là aujourd'hui.
DORIA. Il faut toujours prendre en bonne part ce qui nous arrive.
CAMILLUS. Je veux que tu m'instruises de tout en détail.
DORIA. Je ne suis venue que dans ce dessein.
CAMILLUS. Il vaut mieux alors que nous rentrions au logis.
DORIA. Entrons : mon seul désir est de vous satisfaire.