SCÈNE I
CATILLUS , seul.
Est-il un plus grand malheur que de pos- .séder une belle femme et de ne pouvoir en disposer à son gré! Chose vraiment admirable! depuis que je suismarié je n'ai jamais su lui faire
L'EiMREiMETTEUSEMALADROlTE. — ACTE V. SCÈNE III. 79
agréer ces petits services qu'une épouse trouve si doux et qu'un mari est dans l'usage de rendre à SA femme ! Aussi n'est-ce pas sans un véritable chagrin que je vois qu'elle ne trouve aucun plaisir à la moindre de mes actions. On a beau tout faire pour elles, les femmes n'aiment qu'une seule chose : ce qui leur plaît à chaque instant du jour, c'est la paix et surtout l'union; voilà le véritable amour, voilà le véritable lien qui unit tous les époux et qui les rappnîche davantage. Malheur.eusement je ne puis rien de tout cela. Aussi je suis dans des transes continuelles qu'il ne m'ait été jeté quelque sort , ou par ceux qui portent envie au bien que je possède, ou par les amants de ma femme, ou par ma femme elle-même, qui doit désirer autre chose de moi; car je sais qu'il y en a quelques-unes avec lesquelles je fais assez bien mon devoir. Mais j'ai bien vu, dès le premier jour que je l'ai prise, qu'elle me regardait avec dépit : il lui aurait fallu un beau jeune homme, qui fût toujours droit auprès d'elle et qui ne se reposât jamais, qui consumât tout le jour à son service, et, qui plus est , même la nuit , qui ne se retirât jamais sans sa permission, et qui lui fût soumis comme les jeunes enfants le sont à leurs père et mère. Malheur à ceux qui possèdent une pareille femme! ils peuvent se plaindre jusqu'à la mort, car il n'y a pas , je crois , de fardeau plus pesant au monde que d'obéir à quelqu'un qui ne peut vous souffrir. Je crois qu'à mon âge j'eusse mieux fait de prendre une femme difforme qu'une femme jeune et belle: j'aurais passé avec elle une vie bien plus heureuse. Maintenant il est temps que je m'en aille. Mais voici Chrêmes.