‹ Œuvres complètesChapitre 140 sur 323 · PREMIERE DECENNALE · texte numérisé non relu

PREMIERE DECENNALE

Je chanterai les peines qu'a éprouvées l'Italie sous des astres ennemis de son bonheur, pendant les deux lustres qui viennent de s'éicouler.

Oh! que j'aurai à décrire desentiers escarpés, de terrains marécageux, inondés de sang et comblés de morts pour changer la face de royaumes et d'étals illustres!

0 Muse , prèle ton appui à ma lyre ! et toi ,

» Cette dédicace eu prose est en lati// et ea italien dans l'originaL

divin Apollon , viens , accompagné de tes sœurs, viens soutenir ma faible voix !

Le soleil rapide avait déjà terminé mille quatre cent quatre-vingt-qualorze fois son cours annuel sur la route céleste qui environne ce monde ,

Depuis le temps que Jésus vint habiter nos villes, et par l'effusion de son sang éteindre les flammes qu'avait allumées l'enfer,

Lorsque ritalie, s' abandonnant à la discorde, ouvrit le chemin aux Français, et souffrit que son sol fiit foulé aux pieds par ces peuples barbares.

Et parce que votre cité ne fut pas aussi prompte à suivre cet exemple, celui qui tenait alors en main les rênes de l'état essuya tous les coups de la tempête

C'est ainsi que la Toscane fut déchirée ; c'est ainsi que vous perdîtes Pise, et tous ces États que leur avait livrés la famille des Médicis.

Vous ne pûtes non plus jouir, comme vous l'auriez dû , du bonheur d'être délivrés d'un joug sous lequel vous aviez été courbés pendant soixante années

Vous vîtes en effet alors vos états ravagés; vous vîtes vos villes environnées des plus grands périls ; vous vîtes le faste et l'orgueil des Français.

Pour échapper aux serres d'un roi aussi puissant, et n'être pas ses esclaves, il ne fallut pas montrer peu de courage ni moins de sagesse.

Ni le bruit des armes ni les hennissements des chevaux ne purent empêv'her la voix d'un chapon de se faire entendre au miliçu de cent coqs.

Aussi ce roi superbe fut-il coiilraint de s'éloiffner lorsqu'il entendit que toute la ville était unie dans une même pensée pour défendre sa liberté.

A peine il était passé dans le pays de Sienne qu'Alexandre, dépouillant toute honte , tourna soudain ses armes contre l'Aragonais.

Mais le Français, qui brûlait de passer sans danger, prit à sa solde le tils du pape, n'osant se fier à la foi du Catalan.

C'est ainsi que, suivi de sa troupe victorieuse, il fondit sur le royaume de Naples avec l'impétuosité du faucon, ou de tout autre oiseau dont le vol est le plus rapide.

Lorsque le bruit d'une victoire aussi grande et aussi éclatante eut frappé les oreilles du premier moteur de vos désastres,

Il ne put se dissimuler sa propre folie; et, craignant de tomber lui-même dans l'abîme qu'il avait creusé au prix de tant de sueurs,

Convaincu d'ailleurs que ses forces étaient insuffisantes, ce duc imprudent résolut, pour tout sauver, d'opposer au torrent et le pape, et l'Empire, et Saint-Marc.

Mais ces mesures ne le sauvèrent point entièrement ; car Orléans , parvenu à Novare, lui fit goûter l'amertume des fruits que sa main avait semés.

A peine le roi Charles en fut-il instruit qu'il se plaignit hautement du duc, du pape, et de son fils qui s'était échappé d'auprès de lui.

11 ne voulut pas demeurer plus longtemps dans la Fouille; et, laissant un nombre de troupes suffisant pour garder le royaume, i! se tourna vers la Toscane avec le reste de son armée.

Sur ces entrefaites, animés du plus ardent courroux , vous aviez envoyé vos troupes contre Pise pour dompter ce peuple toujours enflammé de haine.

C'est alors qu'après quelques faibles débats vous établîtes un nouvel ordrede gouvernement; changement important , et qui fonda les bases sur lesquelles vous avez assis votre état populaire.

!\Iais chacun était fatigué des excès des Français et des charges nombreuses dont ils vous avaient accablés.

A peine eùtes-vous connaissance du retour du roi Charles que, désireux de fuir un si pesant

DIVERSES

I fardeau , on vous viî pourvoir la cite et d'armes et de soldats.

Mais dès (pi'il fut arrivé ù Sienne avec son armée on le vit, poursuivi par les événements, tournerses pas vers le chemin qui conduit à Pise.

C'est là qu'il apprit les fureurs de Gonzaguc, et comment ce chef avait guidé les troupes de la Marche pour le combattre sur le Taro.

Mais ces fiers guerriers, rendus plus terribles par la colère , tombèrent avec tant de furie sur les troupes italiennes qu'ils s'ouvrirent un passage sur leurs corps.

Le fleuve paraissait rouler des flots de sang, et son cours était obstrué par les cadavres, les armes et les chevaux tombés sous le glaive français.

C'est ainsi que les Italiens les laissèrent échapper, tandis que, sans redouter de nouveaux adversaires , les Français arrivèrent sans obstacles dans les murs d'Asti.

C'est là que chacun à l'envi conclut la trêve, sans faire attention aux cris d'Orléans et sans paraître songer à la gloire de Novare.

Et lorsque les Français eurent revu les champs paternels après vous avoir entraînés dans de nouveaux traités, Ferdinand en tressaillit de joie au sein de son agréable demeure.

Soudain il se lia avec les Vénitiens pour obtenir leur appui ; et leur cédant plus de la moitié de la Fouille , il leur en abandonna la souveraineté.

Alors la ligue se resserra de nouveau pour résister aux Français ; et vous demeurâtes seuls, en Italie , exposés à tous les regards comme un point de mire.

Jaloux de vous montrer les fidèles enfants de la France, vous ne craignîtes pas, poursuivre son étoile , de vous exposer à mille dangers et ù mille revers.

Et tandis que Saint-Marc et la France se combattaient avec des succès divers dans le royaume de Na{)les , jusqu'au moment où les Français éprouvèrent dans Atella le besoin de la faim.

Vous restiez ici la bouche ouverte, attendant qu'il vînt quelqu'un de France pour apporter la manne dans le désert,

Et vous restituer les citadelles de Pise, de Fietra-Santa et d'autres villes, ainsi que leur roi vous l'avait plusieurs fois promis.

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