PREMIERE D
On vit enfin arriver, la lance en main, le sci- ! gneur de Lille et les Vitelli, et tous ces autres guerriers qui s'entendirent pour vous tromper, en vous promettant des choses qu'il n'est pas bien de redire.
Le seul Beaumont vous rendit Livourne ; mais tous ces autres traîtres , rebelles aux ordres du ciel, vous privèrent de toutes les antres villes.
Ils arrachèrent de la crinière de votre Lion la Louve, Saint-Georges et la Panthère; et il semblait que la fortune se plût à vous accabler.
Dès que l'Italie eut rejeté hors de ses frontières les cohortes françaises, et qu'elle fut parvenue en peu de temps, par sa sagesse et le secours de la fortune, à recouvrer sa liberté,
Elle tourna contre vous sa poitrine et son visage irrité, et prétendit n'en agir ainsi que pour vous séparer de la France.
N'ayant d'autre appui que votre unique sagesse contre les projets et les forces de ces ennemis , vous parvîntes pendant quelque temps à maintenir debout votre gonfalon.
Car vous n'ignoriez pas que, dans leur jalousie , rien ne pouvait leur être plus agréable que votre abaissement ; et tous voulaient vous voir sans la moindre valeur.
Quiconque craignait votre élévation s'armait contre vous; les autres étaient sourds à vos plaintes, car chacun prétendait devenir le maître de Pise.
Mais le ciel voulut que la discorde\s'élevàt entre ces ambitieux, et Saint-Marc et le More ne purent s'entendre sur le partage de cette proie.
C'est elle qui attira l'Empire sur votre territoire et qui éteignit, sans qu'ils eussent fait de mal , les différends qui s'étaient élevés entre eux;
Tant qu'A la fin le serpent milanais, irrité, vous encouragea à ne .point craindre de résisicr à Samt-Marc et à opposer votre poitrine à ses forces.
Saint-Marc alors conduisit votre grand rebelle jusque sous vos murs ; ce qui fut cause de la mort de cinq do vos citoyens.
Mais ce qui déplut au plus grand nombre, et jeta la discorde parmi eux , fut cette secte sous les drapeaux de laquelle votre cité se rangea,
ECENNALE. 85
Je parle de ce grand Savonarola qui. animé du souffle de la puissance divine, vous tint enchaînés dans les liens de sa puissante parole.
Comme on craignait généralement de voir la patrie périr par degrés sous l'influence de sa docirine prophétique.
On ne put trouver d'autre moyen, pour réunir tous les esprits, que de voir s'accroître ou s'éteindre entièrement la lumière divine dans des flammes plus grandes encore.
A cette même époque la mort du roi Charles ne fut pas un événement moins important ; et le duc d'Orléans ne s'affligea pas de monter sur le trône.
Comme le pape ne pouvait rien faire de grand par lui-même, il résolut de favoriser le nouveau roi.
Il prononça la sentence du divorce et lui donna la Bretagne; et le roi, par reconnaissance, lui promit àsontourles états et la souveraineté de la Romagne.
Et Alexandre, n'ayant personne pour maintenir SCS armes debout depuis la mort et la défaite du duc de Candie ,
Tourna toutes ses espérances vers celui de ses fils qui avait embrassé la profession de prince de rÉglise, le dégagea de ses serments et échangea son chapeau contre un casque.
Cependant les Vénitiens, avec toutes les troupes qu'ils avaient réunies dans Pise, firent marcher contre vous leurs bannières.
Le comte fut battu et mis en déroute ji San- Regolo, et vous fûtes obligés de prendre Vitello à votre service et de lui donner le bâton du commandement.
Vous imaginant être devenus fiers, vaillants et vigoureux par la vertu de ces nouvelles armes , vous fîtes marcher votre armée contre ces injustes ennemis.
Comme vous aviez avec vous l'oppui de Sforza , vous vouliez arborer les drapeaux des Vitelli sur les remparts de Pise.
Mais, parce que ce projet ne put réussir, Marradi d'abord et ensuite le Casentino furent déchirés par les troupes du marquis.
Vous ordonnâtes à Vitello de se diriger de ce côté ; et il le fit de manière que les Orsini et Urbain demeurèrent vaincus sous ses enseignes
l'n sort plus malheureux les aurait même atteints, si les avis n'avaient pas été partagés
parmi vous à cause de la discorde qui s'était élevée entre le Veau et le Chat.
Mais après que Saint-Marc eut éprouvé un échec aussi considérable, il s'empressa de faire la paix en France avec le roi Louis pour se venger du coup qu'il avait reçu.
Et comme le Turc mettait la lance en arrêt pour le combattre, il eut une si grande crainte de voir baisser sa balance
Qu'il résolut de faire la paix avec nous ; et il sortit de Pise tout en désordre. Le More vous contraignit à consentir à ces conditions,
Afin de voir si ce service pourrait lui regagner l'amitié des Vénitiens; car il voyait bien que tous les autres moyens étaient impuissants.
Mais ce projet tourna encore à sa confusion; car la division se mit dans la Lombardie , secrètement agitée par le roi très-chrétien.
C'est ainsi que son astuce fut déjouée; et alors , n'ayant plus rien à redouter, vous allâtes asseoir sans obstacle votre camp autour de Pise.
Vous y demeurâtes sans succès pendant tout le cours d'une lune; car la fortune s'opposa cruellement aux préparatifs pleins de vigueur que vous aviez formés.
Il serait trop long de raconter tous les torts, toutes les trahisons qui éclatèrent durant le cours de ce siège, et tous les citoyens que le fléau de la fièvre priva de la vie.
Désespérant alors de votre conquête, vous levâtes votre camp pour fuir les désastres d'une semblable entreprise et les embarras que vous causait Vitello.
Mais vous sûtes vous venger bientôt de la trahison que vous aviez éprouvée, en donnant la mort à celui qui avait été cause de tant de malheurs.
Le More lui-même n'éprouva pas alors un destin plus heureux ; car les armes de la France brillaient déjà au-dessus de ses portes.
Il prit soudain la fuite pour sauver sa personne; et Saint-Marc put alors arborer sans obstacle ses enseignes à Ghiara-d'Adda et dans Crémone.
Et pour forcer les Français à garder les promesses qu'ils lui avaient faites, le pape fut contraint de consentir à donner une partie de leurs troupes au duc de Valentinois.
IVERSES.
Ce prince , sous les enseignes des trois Lis , se rendit maître de Furli et dlmola, après en avoir arraché une femme et ses fils.
Et vous vous trouvâtes exposés à une grande terreur , à cause de la lenteur que vous aviez montrée à suivre le Français victorieux.
Cependant , après sa victoire sur la Lombardie, il consentit à vous accueillir; mais ce ne fut point sans peine, et sans vous avoir fait payer chèrement les retards auxquels vous vous étiez laissé entraîner.
A peine fut-il retourné en France , que Milan rappela Lodovico pour se conformer à l'usage populaire.
Mais le Français, plus rapide que je ne puis l'exprimer, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire me voilàlvènmi toutes ses forces contre son ennemi.
Ceux d'entre eux qui se trouvaient alors dans la Romagne tournèrent le front du côté de Milan pour aller au secours de leurs compatriotes, laissant le pape et le Valentinois sans le moindre appui.
Et afin qu'ils remportassent dans celte circonstance la palme et l'olivier, comme cela arriva en effet , vous ne manquâtes pas de leur prêter votre secours.
Alors le More , privé de tout appui, en vint, à Mortara. aux mains avec les Français, et il fut emmené en France malheureux et captif.
Ascanio son frère , échappé de la gueule des chiens, éprouva, pour comble d'outrage, la loyauté des Vénitiens.
Bientôt les Français voulurent obtenir le passage sur votre territoire , dans la seule vue de réduire les Pisans et de les forcer à vous rendre hommage.
Us s'avancèrent alors ; et dans la marche que fit Beaumont avec ses troupes, plus d'un guerrietomba sous le fil de l'épée.
Mais lorsqu'ils se trouvèrent en face des Pisans, pleins de confusion et environnés de craintes, ils se montrèrent bien lents à déployer leurs forces.
Us furent contraints de s'éloigner en désordre, le front couvert de la rougeur de la honte; et l'on eut alors la preuve de la vérité que les Français aussi pouvaient être vaincus.
Ce ne fut pas un événement de peu d'importance; car si vous vous montrâtes lâches et ram-