SECONDE DÉCENNALE
Hercule , duc de Ferrare. était mort ; Frédéric était mort, ainsi qu'Isabelle, cette illustre reine de Castille.
C'est alors que le Français prit le parti de faire la paix avec Ferdinand, et lui accorda pour épouse la fille du prince de Foix.
Il lui céda en outre pour dot la portion du royaume de Naples qui lui appartenait; et le roi d'Espagne ne fut point avare de promesses.
Sur ces entrefaites l'archiduc avait quitté la Bretagne, conduisant de nombreuses troupes allemandes.
Il voulait s'emparer du gouvernement de la Castille, qu'il regardait comme son bien et non comme celui de son beau-père.
A peine était-il arrivé en pleine mer que sa flotte fut combattue par les vents, et qu'il se vit livré au pouvoir d'autrui.
Son vaisseau , poussé par la tempête, aborda en Angleterre, où le duc de Suffolk ne le vit point arriver de bon œil.
S'éloignant alors de cette île avec son armée, il arriva lui-même dans la Castille , où il ne trouva plus Ferdinand.
Ce dernier prince, réduit à son royaume d'Aragon, s'était embarqué sur les galères de Barcelone pour aller visiter ses états de la Fouille. Alors le pape Jules, ne pouvant plus mettre un frein à son âme féroce , déploya au vent les bannières sacrées.
Plein de sa colère naturelle , il répandit d'abord son venin sur tous ceux qui s'étaient emparés des villes de sa domination;
Et pour terrasser chacun de ces tyrans, aban- *^ donnant son siège sacré, il porta la guerre à Pérouse et à Bologne.
Les Baglioni, cédant à ses volontés, conservèrent leurs foyers, et l'antique famille des Bentivogli fut seule chassée de Bologne.
Sur ces entrefaites un plus vaste incendie s'alluma, par suite d'un grave différend qui s'était élevé entre la noblesse et le peuple de Gènes.
Pour y mettre un frein il plut au roi de France de passer les monts, el d'accorder son appui au parti qui, par amour pour lui, avait été vaincu et renversé dans la poussière.
A force de talent , de puissance et d'habileté, il parvint à réunir sous ses bannières toutes les parties de l'état de Gênes.
Alors, pour ôter au pape Jules jusqu'à l'om-
bre du soupçon qu'il eût l'idée de l'attaquer, il retourna en toute hâte à Savone.
C'est là qu'il attendit que vînt le trouver le roi Ferdinand, qui allait reprendre le gouvernenement de la Castille, d'où peu de temps auparavant il s'était éloigné,
Parce que ce royaume, depuis la mort de Philippe, commençait à se soulever. A son retour, il eut une entrevue avec le roi de France dans le lieu où ce monarque l'attendait.
L'empereur cependant, ayant formé le projet de passer à Rome pour s'y faire couronner suivant les antiques usages de l'Empire,
Avait convoqué dans Constance une diète de toute sa noblesse , et lui avait exposé les injures qu'il avait reçues du roi et des seigneurs de France.
11 prescrivit à chacun de se trouver à cheval , avec tous ses gens d'armes et toute son infanterie , le jour de la fête de Saint-Gall sans faute. Mais la France et Saint-Marc , en apprenant cette nouvelle, réunirent leurs troupes, et s'avançant ensemble, lui fermèrent les chemins sous les murs de Trente.
Saint-Marc même ne. se contenta pas de se défendre : il le blessa jusqu'au sein de ses états ; et dans un instant il arracha à l'Empire et Gorice et Trieste.
Alors Maximilien consentit à conclure une trêve lorsqu'il vit de si grands obstacles à ses desseins, et il céda de lui-même ces deux importantes cités.
Qui par la suite devinrent cette nourriture funeste , ce morceau dangereux , ce mets empoisonné qui a détruit l'estomac de Saint-^Iarc. Car l'Empire, ainsi que je l'écris, avait été offensé ; et le bon roi de France crut voir que les Vénitiens le traitaient légèrement.
En conséquence, pour faire échouer les projets de Saint-Marc, le pape et l'Europe réunis se liguèrent à leur tour avec l'Empire et les lis français.
Les traités qui existaient déjà ne purent les retenir : ils convinrent sur-le-champ que chacun enverrait à Cambrai pour y traiter de ses intérêts.
Pendant ce temps vous aviez fait d'assez nombreux préparatifs, parce que vous teniez toujours les yeux levés sur Pise,
Résolus à tout prix de ne vous arrêter que
POÉSIES DIVERSES. — S
lorsque cette cité serait rentrée sous votre domination; mais Louis et Ferdinand s'entendirent pour vous en intercepter le chemin.
Vos voisins, marchant sur les traces de ces deux princes, leur faisaient chaque jour les plus vastes promesses, et élevaient contre vous mille difficultés.
Et comme vous vouliez réussir dans votre entreprise, vous fûtes obligés de remplir le {ifosier et la bouche que chacun tenait ouverts.
Pise étant donc demeurée seule, vous vous empressâtes sur-le-champ de la bloquer, n'y laissant entrer que ce qui a des ailes.
Pendant quatre mois vous demeurâtes à l'entour, supportant les plus grandes fatigues ; et ce ne fut ni sans peine ni sans dépenses que vous parvîntes à Taffamer.
Malgré l'obstination de sa haine, contrainte enfin et vaincue par la nécessité, elle retourna en pleurant dans ses antiques chaînes.
Le désir de réveiller la guerre ne s'était point encore éteint dans le cœur de la France ; et pour exécuter les traités, elle avait précipité en Lombardie une formidable armée.
Le pape Jules de son côté accourut en toute hâte, inondant de ses troupes toute la Romagne, et attaqua Berzighello et Faenza à l'improviste.
Mais, dans les légers combats livrés près de Trevi et sous les remparts de plusieur.s autres châteaux, entre Saint-Marc et la France, les succès de la guerre furent tantôt heureux et tantôt malheureux.
Enfin Saint-Marc resta sur le carreau; et, après que l'infortuné eut monté dans les camps de Vailà, il tomba de ce rang si haut auquel il s'était élevé.
Que sera-ce des autres, s'il n'a fallu à celui-ci que si peu de jours pour brûler et s'évaporer, et si la justice , la force et la concorde n'ont pu suffire pour sauver un pareil empire?
Allez, orgueilleux , montrez votre visage al- i
ECONDE DÉCENNALE
lier, vous qui possédez des sceptres et des couronnes et qui ne connaissez pas l'avenir.
Mais la soif actuelle dont vous êtes dévorés lient sur vos yeux un voile épais qui vous aveugle et vous empêche de voir les objets éloignés.
De là vient que le ciel fait passer plus souvent vos états de main en main qu'on ne voit la chaleur succéder aux frimas.
Ah ! si votre sagesse s'était adonnée à connaître les maux et à y apporter remède, vous auriez ravi au ciel même cette grande prérogative.
La vitesse de mes paroles ne saurait égaler la promptitude avec laquelle, après leur défaite, disparut la puissance des Vénitiens.
Le grand roi des chrétiens occupa la moitié de la Lombardie; et cette partie sur laquelle le saint-siége étend seulement l'autorité de son nom,
La Romagne se donna sans obstacle au divin pasteur; et le roi d'Aragon lui-même accourut à son tour j)our sauver ses villes de la Pouille.
Mais comme l'Allemand n'était point encore arrivé dans ces contrées, Saint -Marc reprit promptement et Padoue et Trévise.
Maximilien, au bruit de ces nouvelles, se hâta d'accourir avec une armée formidable, pour ressaisir ce qui lui avait été enlevé et ne point perdre encore le reste.
Mais quoiqu'il fût appuyé par vous, par la France et par l'Espagne, cette entreprise néanmoins eut les mêmes résultats que toutes celles qu'il avait déjà tentées.
Dabord, d'un cœur délibéré, il resta autour de Padoue, supportant les plus durs travaux; mais bientôt, fatigué et ennuyé, il leva son camp ;
Et, abandonné par la ligue, empressé de retourner en Allemagne, il perdit Vicence pour comble de dépit,...'-
' La rsajeiire pariie de cette décennale manque.