‹ Œuvres complètesChapitre 15 sur 323 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Messer NICIA, LIGURIO.

NiciA. Tu t'étonnes peut-être, Ligurio, qu'il faille tant de cérémonies pour décider ma femme; mais si tu savais les choses, tu ne t'en étonnerais guère.

LIGURIO. Mais c'est sans doute que toutes les femmes sont méfiantes.

NICIA. Point du tout : c'était la plus douce et la plus facile personne du monde ; mais une voisine lui ayant mis eu tète qu'elle deviendrait grosse si elle faisait vœu d'entendre, quarante jours de suite , la première messe au couvent des Servîtes , elle fit ce vœu et elle y alla bien une vingtaine de fois. Croirais- tu bien qu'un de ces gros moines se mit à rôder autour d'elle? de sorte qu'elle n'y voulut plus retourner. C'est donimage pourtant que ceux qui devraient nous donner bon exemple fassent de ces choseslà, n'est-il pas vrai?

LIGURIO. Comment diable ! il n'est que trop vrai.

Nicu. Depuis ce temps-là elle se tient sur le qui-vive, les oreilles dressées comme un lièvre; et au moindre mot ce sont raille difficultés.

LIGURIO. Je ne m'étonne plus. Mais comment a-t-elle accompli son vœu?

NICIA. Elle s'en est fait relever.

LIGURIO. Fort bien. Or çà, si vous avez là vingt-cinq ducats, donnez-les-moi; car il est bon en pareil cas de délier les cordons de la bourse, de mettre d'abord le frère dans nos intérêts et de lui laisser î'espoir de mieux encore.

NICU. Prends-les donc; cela ne m'inquiète guère: je ferai quelque économie d'un autre côté.

LIGURIO. Ces moines sont rusés et matois : et c'est raison, puisqu'ils savent nos péchés et

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