AUPRÈS DU MÊME SEIGNEUR
INSTRUCTION
Tu te transporteras à Ponte-ad-Era, d'où tu rendras en la présence de l'illustre seigneur de Piombino , auquel , après avoir présenté nos lettres de créance, tu exposeras que nous t'envoyons vers lui parce qu'ayant appris par son chancelier, qui se trouve auprès de nous , et par nos ambassadeurs qui résident à Milan, conformément aux recommandations de sa seigneurie , qu'elle désirait obtenir de nous , outre la somme qui est stipulée dans son engagement , une augmentation de cinq mille ducats, alléguant qu'elle lui a été promise , et qu'il convient d'autant plus de la lui accorder que sa seigneurie n'est inférieure en rien au comte Ranuccio; nous avons jugé qu'il serait mieux de lui faire entendre toi-même de vive voix ce qu'il nous est possible de faire à cet égard. Tu lui exposeras donc que notre plus vif désir est de satisfaire en tout sa seigneurie ; que nous connaissons la fidélité et l'affection qu'elle a toujours témoignées pour notre république , et que nous en faisons le plus grand cas. Tu t'étendras sur ce point en belles paroles propres à le convaincre de nos bonnes intentions; mais tu le feras en termes vagues et généraux , et qui ne nous engagent à rien.
Quant à l'augmentation qu'il demande , tu lui diras qu'aussitôt que nous en fûmes instruits nous demandâmes à voir le registre de nos engagements , et que nous trouvâmes au second chapitre que sa seigneurie était convenue avec Son Excellence leduc de Milan, et avec notre conseil, que son engagement serait fixé à deux mille quatre cents ducats , et à quelque chose de plus si nous le jugions à propos. Mais, dans cette circonstance, nous supplions sa seigneurie de vouloir bien se contenter de la sonnne qu'il lui a déjà plu d'accepter; et quoique la chose ait été remise à notre disposition, sa seigneurie voudra bien considérer la position dans laquelle nous nous trouvons, attendre tout de notre bonne volonté , et nous excuser en considérant
les nombreux ménagements que nous avons i garder dans cette affaire. En conséquence , tu lui offriras pour un autre moment tout ce que semblent exiger son courage et sa conduite envers nous, ainsi que l'affection que nous avons pour elle; te tenant toujours, dans tes discours, dans les termes de l'amitié, de manière qu'elle puisse se convaincre de notre bonne volonlé à son égard et espérer d'en recueillir le fruit; mais surtout écoute-le avec patience s'il venait à s'emporter; laisse-le exhaler sa colère; reviens à la charge , et fais en sorte de le disposer à prendre patience à son tour.
Il pourrait encore arriver que sa seigneurie voulût réclamer de toi les quarante hommes d'armes de surplus que porte l'article 3 de son engagement : tu répondras à cette demande que son engagement étant commun entre nous et Son Excellence le duc de Milan, nous croyons, dans l'intérêt de ce prince , n'y pouvoir rien changer ou ajouter sans qu'il en soit instruit ; que nous en écrirons au duc, et que nous attendrons sa réponse, qui, nous le présumons , sera conforme aux désirs de sa seigneurie. Quant à ce qui nous regarde dans cette affaire, tu lui donneras l'assurance de noire disposition à satisfaire en tout ses désirs; et lu excuseras tous ces délais par la nécessité où nous sommes de ne rien conclure sans la participation du duc.
C'est d'après ces considérations que tu rempliras la première et la seconde partie de la commission dont nous te chargeons, et de la manière que tu le jugeras plus convenable lorsque tu seras sur les lieux ^
Ex palatio florenlino, die 24 niartii 1498 *•
DECEMVIRI UBERTATIS ET BALIvE REIP. FLORENT.
1 II n'existe aucune autre pièce relative à cette seconde mission.
2 Chez les Florentins, l'année commençait le 25 mars, et se marquaii ab Jncarnatione. Ainsi le 2 5 mars 1498, suivant le nouveau style, correspond à 1499. Ce système fut réformé en 1750, et le commencement de l'année fut reporté au l«^ianvier, ainsi que cela a heu dans presque tous les Etats de l'Europe. Nous en avertissons une foi» pour toutes.
LEGATION