‹ Œuvres complètesChapitre 203 sur 323 · AUPRÈS DE CATHERINE SFORZA · texte numérisé non relu

AUPRÈS DE CATHERINE SFORZA

COMTESSE DE FORU,

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INSTRUCTION

Donnée à Pvicolas MAccniAVEiLi, envoyé à Forli ;!uprès de LL. Exe madaiiip la conilesse Catherin!: Sforza', elle seijjneur Ottaviano, son fils aîné, délibérée le 12 juillet 1499.

Tu te rendras à Forli , où nous savons que se trouve rillustrissime madame Catherine, et Son Excellence le seigneur Otiaviano, son fils aîné. A [irès leur avoir ofiert tes respect, et présenté les lettres de créance que nous devons te remettre, tant pour tous deux en commun que pour chacun d'eux en particulier, lu leur exposeras Tobjet de ta mission. Depuis quelque temps leurs agents ont fait des démarches auprès de nous pour que nous consentions encore cette année à renouveler l'engagement du seigneur Oltaviano ; renouvellement auquel tu feras com])rendre que nous ne nous croyons pas obligés, attendu (i n'ayant cherché en temps opportun à terminer cette négociation par le moyen d'Andréa de' Pazzi, qui était alors notre commissaire dans la Romagne , nous nous croyons actuellement en droit de faire entendre à Leurs Excellences les motifs que nous pensons avoir pour justifier notre refus; sur quoi tu rapporteras comment, à la fin de janvier,

I * Celle princesse était Catherine Sforza, fille naturelle dii cnnite Krançois Sforza, depuis duc de Milan. Ele avait été mariée rn premières noces avec le comte Girolaiiio Kiario, seiiincnr de Forli et d'Imola. Elle épousa ensuite Jacopo Feo de Savone, puis Jean de .Méilicis,filsde Pierre- François , qui mourut à Fo li le 14 septembre 1198 , et dont elle eut un fils nommé J'-an-Lonis, qui se rendit cé- Ièl)rc dans la suite si us le nom de Gioraniii di Ile bnnde Ncrc, et qui fut le père du .;',rand duc Côine V. Le 12 juin lot 0 elle fut faite prisonnière par le duc de Va'enii uois, lorsde la prise de la vil e et de lacitidelle deForli Ot aviano était son fis aii;é: elle l'axait eu di: corn e Girolamo F. ario. Il a\ait é:é à la s.ilde de la république de Florence pendant la précédente année 1498, avec cen hommes d'armes et cent arbalétriers.

Andréa de' Pazzi ayant pressé, au nom des dix, le seigneur Ottaviano de donner son consentement, Son Excellence répondit: IVon teneri , nec obligatnm esse , où m pro parte niagistratus decemviroruin, etc., non fiierint sibi servata capituta conductœ suœ. Tu ajouteras qu'un sieur Spinuccio, de Forli, fut chargé de dresser l'acte de celte déclaration, qui nous a été confirmée par des lettres dudit seigneur Ottaviano, écrites à la même date par Son Excellence elle-même, et enfin par les lettres d'Andréa de' Pazzi , qui nous marquait , de la part de l'illustre comtesse, qu'elle ne voulait à aucun prix d'un tel engafjement. Nous avons dû croire en conséquence que nous n'étions obligés à rien envers sa seigneurie, qui ne l'était point non plus envers nous; et il nous semblait que les démarches que nousavions faites auprès d'elle, et les lettres qu'elle nous avait répondues, faisaient assez foi que LeursExcellencesne voulaient , sous aucun prétexte , renouveler un tel engagement On peut ajouter à cela que nos ambassadeurs à Milan nous ont inlormés plusieurs fois dans leurs dépèches que la comtesse avait écrit à l'illustre prince, en réponse à une lettre oCi il l'exhortait à accepier nos conditions , qu'elle n'y voulait nullement consentir ; avançant qu'elle était mal récompensée de ses services, etc. ; et le priant, dans le cas où iltrouveraitdes conditions plusavantageuses ailleurs, de vouloir bien ne pas l'empêcher d'en profiter.

Tontes ces circonstances ont dû nous faire croire que Leurs Excellences , et en paroles et en effets, ne voulaient plus continuer leur engagement. D'ailleurs, quand nous n'aurions par toutes ces raisons à alléguer, le refus de Son Excellence d'accepter nos propositions, depuis quatre mois que nons les lui avons faites.

LÉGATION AUPRÈS DE LA COMTESSE DE FORLl

nous met dans rimpossihilité d'y revenir aujourd'hui sous les mêmes conditions, puisque le temps de renjyagement est entièrement expiré. C'est ainsi que tu .justifieras clairement noire '■.onduite dans toute cette affaire , et de manière f^ue Son Excellence demeure convaincue que nous n'avons rien fait sans raison , ainsi qu'elle pourra le voir par les motifs exposés ci-dessus. Cependant tu t'empresseras d'ajouter que, malgré ses refus, jaloux de nous conformera ses dé- | sirs, et reconnaissants des services qu'elle nous | a rendus autrefois, nous avons résolu de la sa- i tisfaire autant que le permet la difficulté des , temps; et pour lui montrer notre o^ratitude de | tout ce qu'elle a fait envers notre cité, nous i sommes dans riiitenlion d'accorder à Son Excellence tel engagement qu'elle voudra , à commencer de l'expiration de son dernier bail.

Mais les événements qui viennent de se passer, et le grand nombre d'hommes d'armes que nous avons à notre service, nous font désirer aujourd'hui que cet engagement soit fait sur le pied de paix , et pour un an, moyennant une solde de dix mille ducats. Nous croyons qu'un tel traitement doit satisfaire Son Excellence, sinon par son importance, du moins par sa stabilité, parce qu'il pourra durer beaucoup plus de cette manière que si nous maintenions la même solde et le même nombre de troupes qu»' par le passé. Nous sommes persuadés d'ailleurs que Son Excellence, en acceptant nos offres, cherchera moins à satisfaire ses propres intérêts qu'à rendre service à notre république, guidée par le seul désir d'acquérir de plus en plus notre affection, en ajoutant celte nouvelle marque de désintéressement à toutes les obligations que noas lui avons déjà. Tu lui exposeras que , si ces conditions ne sont pas aussi avantageuses qu'elle pourrait le désirer, elles conviennent néanmoins à sa dignité , et peuvent d'ailleurs s'améliorer lorsque notre république aura repris tout son territoire , et qu'elle aura recouvré ses états et ses forces. Que si Son Excellence alléguait en sa faveur l'augmentation qui a été accordée à quelques-uns de nos condottieri , tu auras beau champ pour lui faire comprendre que les circonstances actuelles nous y ont forcés. Mais tu l'assureras en même tentps que, si nous avions à renouveler aujourd'hui ces engagements, ils seraient infiniment restreints, et que nous n'au-

rions pas pour ces condottieri tous les égards que l'on a été contraint de leur montrer lorsque les choses n'en étaient point encore venues au point où ncais les voyons. Si elle se plaignait aussi de la perte des vivres, tu lui répondrais que deux mois de son engagement étant déjà écoulés, c'est un gain réel pour Son Excellence, etqui peut entrer en compensation avec cette perte. C'est sur tous ces articles que tu dois t'étendre, employant les raisons les plus persuasives pour faire sentir à sa seigneurie combien la république désire trouver une occasion de reconnaître ce qu'elle a fait pour nous, et de la convaincre de la confiance qu'elle n'a cessé de nous inspirer. Tu lui feras voir combien il est essentiel que nos états soient unis, et tu t'efforceras de lui persuader d'accepter nos offres.

Tu te souviendras de nous écrire sur-le-champ le résultat que tu auras obtenu, afin qu« nous puissions te répondre immédiatement, et écarter toutes les difficultés qui pourraient se présenter; car notre désir est que Son Excellence ne puisse pas se plaindre si , à cause des circonstances, les payements n'étaient pas toujours exactement acquittés à leur échéance. Il sera bon, à cet égard, de lui faire sentir que rien ne nous oblige à faire ce que nous faisons ; que ce n'est que pour lui complaire que nous con- I sentons à cet engagement ; et qu'elle ne doit ! pas se formaliser si les charges dont nous som- ' mes accablés nous forcent quelquefois à différer i nos payements. Enfin, tu emploieras toutes les ! excuses qui te paraîtront les plus propres à persuader Son Excellence.

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