AU CAPITAINE ET COMMISSAIRE A AREZZO
Du 5 mai 1502.
Nous apprenons que Vitcllozzo * entretient des intelligences dans cette ville : celui qui nous les signale ne les regarde pas comme sans danger si l'on n'y porte un prompt remède. Comme de notre côié nous ne voulons point manquer à nos devoirs, surtout dans une affaire aussi importante , oii la négligence serait tout à fait impardonnable , nous voulons par la présente l'informer de ce que nous avons appris , et l'ordonner d'agir en cette circonstance avec la sagesse accoutumée afin que, s'il existe quelques mauvaises dispositions, elles soient mises soudain à découvert ou qu'elles ne produisent aucun mauvais effet. Nous ne te donnerons sur la conduite à suivre aucune instruction
• Vitellozzo Vitelli, capitaine à la solde du pape et. du duc de Valetitinois son fils, fut le promoteur de la révolte d'Arezzo et du Val-di-Chiana, qui, soupçonnée dès les commencements du mois de mai, éclata en 1502, dans le mois de juin.
La république, appliquée entièrement à la guerre de Pise, dut en retirer une partie de ses forces pour faire face à ce nouvel assaut. Elle adressa ses réclainalions au pape, que l'on croyait le principal auteur de cette révolte, et dont l'anibilion n'avait puint de limites lorsqu'il s'agissait de l'agrandissement de son fils. En même temps elle porta ses plaintes au roi de France, qui à cette époque était maître du duché de Milan , et qui s'élait engagé à lui garantir ses possessions et à les défendre. On n'obtint du pape que des refus et des excuses mensongères. Le roi, auquel le pape et le duc étaient devenus suspects, envoya ses troupes sur le territoire d'Arezzo avec ordre de lout resiituer aux Florentins, et menaça de son courroux Vitellozzo et le duc de Valentinois. Comme les Floieiitins s'imaginaient que les cnmmandanis fiançais d'Arezzo et des autres places éiaieiit trop lents à les restituer, et du'ils avaient noué des correspondances trop familières avec Viieliozzo et les rebelesaréiins, ils en firent de Pùcheux rapports au roi, qui ota le commandement à un certain laibault, et le donna à M. de Langues ou de LâDgres. On expédia ensuite Ugolino Martelliet monsei-
particulière, persuadés qu'étant sur les lieux, tu pourras mieux juger jusqu'à quel point ces soupçons sont fondés et quels remèdes il conviendrait d'y apporter : nous nous bornons seulement à te recommander de rappeler aux gouverneurs des châteaux de faire leur devoir , et, s'il s'en trouvait quelqu'un qui le semblât le trahir, d'avoir soin de l'avertir combien une pareille conduite nous déplairait; et tu nous en donneras connaissance.
Tu surveilleras en outre les habitants du pays avec l'attention la plus infatigable, et si tu découvrais quelques démarches de nature à ne point nous plaire , tu ne manqueras pas de nous en instruire. Tu feras encore observer aux portes de la ville ceux qui vont ou qui viennent : ne regarde pas comme une peine indigne de loi
gneur de iMelun pour terminer cette restitution, qui fut effectuée le 26 août 1502.
Les diverses missions dont Maccliiavelli fut chargé, tant auprès des commandants et des commissaires français que des commissaires florentins, résultent des lettres que nous publions. 11 ne s'en est trouvé aucune de lui , peutêtre parce qu'il .se borna à rendre compte de vive voix des commissions dont l'avait chargé la confiance générale.
Ou peut voir le récit exact de cette insurrection dans le cinquième livre de V Histoire de Guicciardini et à la page 54 du Journal de Bonaccorsi.
La note suivante, mise par Macchiavelli lui-même en têie du protocole des letires de la magislralure des Dix, commencé le l^rjuin 1502, mérite d'être remarquée :
« Die prima junii 1502. In hoc libro erunt litterae nomine
• priorum conscriplae , quae ad sexdecim viris deputalis «ad excursionem, populalionem, devastatioiiemque ejus «poriiones agri pisani mittenlur, qua frui ipsis Pisani
• videniur. Ouac popu'.alio, nisi Arreiini, nequam ac fla- «git'osissimi homines rebellavissent ab hac excelsa repu- «blica pridie nouas juniasin eain certe desperationem «Pisanos impukral.ut illorum major pars vellet potius «ad prisiinain sed quittain servilulem redire, quam in
• prassenti turbulents liberlale degere. Et quia hoc non «sucre.ssit , alia aggrediemur \ia , pacaiis lamen prius, ac «in siibjpclioiiem ftstinalo reductis Arrelinis, subsidio
• christianissimi Francorum régis ctleri ac prœsentaneo, tquem non tœduit haiic ob rem Alpes iranscendere. et «Mediolanum usque proficisci. »
LÉGATIONS ET MISSIONS
d'examiner toi-même leur personne , surtout les étrangers; et, à noire avis ^ Il ne sera pas hors do propos d'observer scrupuleusement ces mesures, mèiDe en ce qu'elles ont d'extraordinaire. Tu feras faire également la garde [)endaiiî la nnit par les gens qui sont à tes ordres et à ceux du podestà , auquel tu communiqueras celle letire. Tu recommanderas au chef de la. garde de surveiller ceux qui se trouveraient dehors, de l'en donner la note, surtout lorsqu'il s'agira d'individus d'un âge ou d'une condition tels qu'il ne leur fût pas permis de se trouver dehors à une heure indue. Si, d après les ra[)poris que tu recevras, tu croyais devoir attacher l'œilsur l'un plutôt que sur l'autre, fais ton devoir en le surveillant bien : informe-nous-en par écrit; et mets tous tes soins à le conduire de manière que nous soyons toujours satisfaits.
P. S. Aie l'œil ouvert sur toutes les démarches d'un certain médecin nommé maître Giovanni da Poggiolo , mais fais-le avec adresse.
A BERNARDO DE' BARDl ET A TOMMASO TOSINGHI.
Dn lôaoï^r
MAGitinCIVIRI, ETC.,
Sa Majesté Trè.s-Chrétienne,par une lettre qui arrivera en même temps que celle-ci, écrit à M. de Lanques qu'instruite de la conduite blâmable de M. Imbault, dont elle est très-mécontente, elle lui ordonne de prendre à l'instant le commandement de toutes les troupes, et de faire reconnaître son autorité par tous les autres chefs, auxquels elle prescrit en même temps de lui obéir. Elle écrit également à Imbault de partir sur-le-champ et de se rendre à la cour. En conséquence nous vous recommandons d'aller immédiaiement trouver M. de Lanques, et de tâcher de lui faire entendre que, [)our mieux réussir et éviter le scandale, il serait néiessaire de remettre leurs lettres aux capitaines qui doivent demeurer sous ses ordres et de ne donner qu'ensuite celles qui sont adressées;! Imbault, afin que ce dernier, dans le dépit qu'elles vont lui causer, ne puisse exciter aucun trouble lorsqu'il verra que les autres officiers sont déjà informés de ce qu'ils ont à faire. Nous vous
reconunandoiis un autre soin : c'est de nous envoyer sur-le-champ un rapport particulier de tout cequ'imbaulta fait ou permis pour nous nuire ou pour déshonorer lé roi; vous y joindrez les léiiioij'jiiages et les renseignements qui peuvent rendre vos plaintes plus aulhentiques. N'oici entre autres celles que nous vous rappelons : 1° la permission de tirer des grains de noire territoire ; 2" la patente accordée aux Arétins, dont vous nous avez envoyé copie, et dont nous désirerions à tout prix que vous pussiez nous envoyer l'original par votre première dé[)êche; S*' l'engagement qu'il a contracté avec nos rebelles à IMonlevarchi ; 4° les intelligences qu'il n'a cessé d'entretenir avec Viiellozzo: 5" le tort qu'il nous a causé dans tous nos inléréts ; 6° le peu de compte qu'il fait de nous, etc. Enfin vous n'oublierez rien de ce qui peut lui donner le tort réel de n'avoir pas eu assez d'égard pour l'honiieur du roi ou pourlesalut denoire république. Si vous pouviez décider le secrétaire du roi Odet A écrire à Sa Majesté conformément à ce que vous aurez recueilli, nous en éprouverions une véritable satisfaction. Employez-y tous vos soins; mais n'oubliez pas en cette circonstance d'agir avec votre prudence accoutumée, car vous en sentez toute l'importance.
Nous n avons rien de nouveau à vous dire sinon que, d'ici à Irofs ou quatre jours, nous comptons recevoir l'ordre pour la restitution de la place : nos ambassadeurs nous en donnent l'espérance.
A NICOLAS MACCHiAVEtXI.
Le 15 aoiU 1502.
A celte lettre .s'en trouvent jointes deuxautres: l'une, de Francesco Neri, a pour objet de t'Ciîvoyer une escorte avant que tu te mettes en route; l'autre est pour le secrétaire. Il nous importe que lu puisses te procurer la proclamation faite par Imbault ainsi (|ue la patente. Tu recueilleras ensuite tous les renseignements que tu pourras sur sa conduite, afin que nous puissions toujours nous justifier auprès du roi.
P. S. Nous apprenons qu'Imbault est allé à la