‹ Œuvres complètesChapitre 237 sur 323 · COMMISSION POUR PIOMBINO · texte numérisé non relu

COMMISSION POUR PIOMBINO

Donnée à Nicolas Macchiavelli , par délibération du 2 avril 1504.

Nicolas, lu te rendras auprès du seigneur de Pionibino pour Taffairc dont nous l'avons entretenu de vive voix, et qui nous a paru de quelque importance, tant dans les intérêts principalement de ce prince que dans les nôtres, et pour lesquels nous désirons la conservation de ses Éiats tels qu'ils se composent actuellement. Ayant vu qu'on rassemblait des troupes sur les frontières de Sienne, informés des mauvaises dispositions de ses sujets pour lui , ainsi que de beaucoup d'autres indices qui sont parvenus à nos oreilles de divers côtés , nous ne pouvons nous empêcher de nous montrer empressés d'employer toute notre industrie à nous oppo-

' On n'a découvert aucune des lettres de Macchiavelli relatives à celte mission, sans doute parce qu'il revint presque jminediatement à Florence.

ser à ce qu'on puisse pénétrer dans ses États et y faire aucun changement. Tu lui parleras sur tout cela avec ménagement ; tu lui feras connaître ensuite que nous t'avons envoyé près de lui pour lui offrir tous les secours qui lui seraient nécessaires , et l'engager en outre à pourvoir par tous les moyens possibles à sa propre conservation. A cet effet, tu tâcheras d'obtenir par tes offres l'un des deux avantages suivants , ou tous deux à la fois : le premier, que ce seigneur reprenne les liaisons qu'il avait avec nous ; l'autre , que s'il a besoin de nous il en accepte tous les secours qu'il désire , pourvu qu'en même temps il fasse tout à la fois e( ses affaires et les nôtres. Pendant ton séjour dans ce pays tu observeras avec soin le caractère de ce prince, la disposition des habitants, le parti qu'y ont les Siennois et celui que nous pouvons avoir. A ton passage à Campiglia tu pourras voir notre podestat , et prendre auprès de lui tous les renseignements qu'il pourra te donner.

LÉGATION

AUPRES DE JEAN-PAUL BAGLIOîSL

INSTRUCTIONS

Données à Nicolas Macchiavfxli, envoyé à Pérouse, et délibérées le 8 avril lôO/).'

Nicolas, tu te rendras en toute hâte auprès de Jean-Paul BagUoni , n'importe partout où tu apprendras qu'il se trouve. Ta mission est déterminée par la lettre qu'il a écrite à Vincenzio , et dont ce dernier nous a donné hier communication : comme tu en as une parfaite connaissance , nous ne te dirons rien de son contenu. Tu prendras d'abord cette lettre pour texte de ton discours ; tu lui exposeras ensuite Tétonnement et le chagrin qu'elle nous a causés, dans son intérêt même, qui est le

' Bonaccorsi , page 100 de non journal , rapporte en ces terir.es l'affaire qui donna lieu à la mission de Macchiavelli :

« On résolut de réunir tous les gens d'armes et de les

«envoyer au camp, devant Pise , etc. Pour y parvenir on

«envoya la solde à chacun; tous ceux qui se trouvaient

«dans le cas de renouveler leur engagement annuel

• furent pressés de le faire. Parmi ces derniers se irou-

«vait Jean -Paul Baglioni, qui accepta le sien et le

«ratifia; mais lorsqu'on lui envoya sa solde comme aux

«autres il ne voulut pas la recevoir, alléguant qu'il ne

«pouvait s'éloigner de chez lui à cause de ses ennemis,

«qui, disait-il, voulaient lui ravir ses États. Comme son

«engagement, ainsi que celui de son fils, consistait en

«cent trente-cinq hommes d'armes qui formaient en

«effet la majeure partie des hommes d'armes de la répu-

«blique, on regarda ce refus comme une affaire très-

« importante, etc. On ne pouvait croire que Jean-Paul

«manquât à sa parole d'une manière aussi grossière :

«en conséquence, la seigneurie lui envoya un homme de

«confiance, qui n'en rapporta que la même résolution,

«c'est-à-dire qu'il ne pouvait ni ne voulait s'éloigner de

«chez lui par rapport à ses ennemis, mais qu'en tout

«autre point il se montrerait le dévoué serviteur de la

«cité. Cet envoyé, durant son séjour à Pérouse, obtint

«la certitude que c'était une intrigue tramée entre lui

«et la maison Orsini, Pandolfo Pelrucci, Gonzalve,

«Barlolomraeod'Alviano et mus les autres membres de

«ce parti; que son dessein était bien de tarder encore

«un peu à découvrir ses intentions, etc ; mais comme on

«lui envoya sa solde, il se vit dans la nécessité de

"«l'accepter et de servir, ou de manifester ses propres

• intentions , ainsi que cela arriva en effet. •

nôtre, ayant toujours pensé que tout ce qui arriverait à l'état de Pérouse nous était entièrement commun , parce que nous voyons qu'il nous est impossible de profiter de .son engagement , ce qui nous jette dans des dangers et des embarras plus grands que tous ceux que nous avons éprouvés depuis bien longtemps: enfin, pour avoir gardé jusqu'à hier le silence sur les soupçons que sa seigneurie a conçus et sur les périls qui l'environnent ; car il nous paraissait raisonnable que, sachant combien nous avons d'affection pour elle et dintérèt à la conservation de ses États, elle dût nous informer de tout , et nous regarder comme des amis capables de lui donner dans tous les cas les conseils et les secours dont elle aurait pu avoir besoin. Tu arrangeras cette partie de ton discours de manière à lui faire croire que c'est la seule cause de ta mission , et que nous n'avons point tiré de sa résolution d'autres conséquences que celles qu'il veut lui-même nous persuader. Tu régleras ensuite ta marche sur ses réponses , de manière à en venir à lui faire voir que nous sommes très-mécontents de sa seigneurie ; et tu tâcheras de l'aiguillonner par ridée du blâme qui doit retomber sur elle. Relativement au reproche d'ingratitude qu'on pourrait lui adresser pour tant de bienfaits reçus depuis si peu de temps et pour son manque de foi dans sa conduite, qui sont les deux points capitaux sur lesquels les hommes doivent le plus compter, tu chercheras à détruire autant que possible les soupçons qu'il prétend avoir conçus et tu lui répondras sut chaque particularité , ce qui ne te sera pas difficile, attendu la parfaite connaissance que tu as de l'état des choses; et tu tâcheras de l'amener au point de te découvrir le véritable motif de sa résolution. 11 nous semble que ce doit êlre de deux choses l'une : ou il faut qu'il ait de bien puissants appuis , ou qu'il ait ie désir

LÉGATIONS ET MISSIONS

bien prononcé d'améliorer son en^jagement. C'est à ce dernier point que tu dois surtout t'ai tacher pour en savoir le plus que tu pourras : c'est là précisément pourquoi nous t'envoyons. Dans ton séjour auprès de ce seigneur, tu chercheras avec soin le nombre des troupes qu'il a et le lieu où elles se trouvent. En passant par Gortone , ce que nous jugeons à propos que tu fasses., tu prendras auprès du capitaine du pays les renseignements qu'il pourrait avoir sur ces différents points; et aussitôt que tu seras abouché avec Jeau-Paul tu nous donneras connaissance de ce que tu en auras tiré.

Moi Marcellcs Virgilics.

Decemviri libertatis et baliae reip. florent. El palatio Florentiae, 8 apr. 1505.

CORRESPONDANCE

LEl IRE UNIQUE.

Arrivé hier au pied de Gortone et apprenant que Pierre Barloloni , de retour d'auprès de Jean-Paul , se trouvait en haut ; ne pouvant, d'un autre côté, arriver de jour à Gasliglione , et mes instructions me prescrivant en outre de conférer avec Antonio , jallai descendre chez lui. Nous eûmes ensemble un entretien , et j'appris de Pierre lui-même la manière dont son affaire s'était passée : il me dit qu'il en avait dans le moment donné connaissance à vos seigneuries. Ge matin, de bonne heure, je suis arrivé auprès de Jean-Paul ; et avant et après son dîné j'ai eu avec lui une conversation de plus de trois heures pendant laquelle j'ai eu toute la facilité de remplir votre commission, qui roulait sur trois chefs principaux, savoir: l** s'il voulait servir ou non ; 2*^ quels étaient les motifs de son refus : s'ils venaient de l'intention d'obtenir des conditions plus avantageuses, ou s'il n'y avait pas de raisons plus importantes ; 3° enfin, de ne point rompre avec lui, pour ne pas lui donner occasion , etc.

Afin de traiter à la fois ces trois objets, je suis entré en matière de la manière que vos seigneuries m'avaient prescrite dans leurs instructions. Je lui ai dit que vous vous plaigniez des obstacles qu'il alléguait; que vous étiez étonnés

de n'en avoir pas entendu parler d'abord; mais que maintenant que vous en étiez instruits, vous lui offriez tous les secours qui pouvaient lui être utiles pour la sécurité de ses États. Il a remercié vos seigneuries de leurs offres avec beaucoup d'affection. Il m'a dit qu'il ne vous avait pas instruits plus tôt de sa position, parce que luimême n'en avait pas eu plus tôt la certitude ; mais aujourd'hui qu'il connaissait les périls qui le menaçaient , les machinations des Golonna et de ses autres ennemis, amsi que les intelligences qu'ils avaient entretenues ju.sque dans Pérouse même, intelligences qu'il .saurait bientôt découvrir, il ne voyait nul moyen de contracter des obligations avec qui que ce fût sans s'exposer au danger de perdre ses États; qu'il aurait bien mieux fait de prendre d'abord son parti que d'accepter votre argent , et d'être ensuite obligé de se retirer au beau milieu de l'entreprise. De ce sujet il est passé brusquement à la manière dont vous aviez agi avec lui l'année dernière : il a rappelé que , durant tout le temps qu'il était resté à l'armée, vous n'aviez jamais voulu lui donner la permission de retourner chez lui, quoique les lettres des siens l'en sollicitassent chaque jour; que c'est ce qui fut cause que, pour ne point rompre avec vous, il avait engagé le seigneur Bartolommeo à venir à Pérouse, dont l'arrivée éveilla vos craintes et vos soupçons au point qu'il fut contraint de le renvoyer; qu'il ne veut pas celte année éprouver les mêmes désagréments; qu'il a la certitude de pouvoir aujourd'hui asseoir si bien ses affaires et les consolider d'une telle manière qu'il pourra, l'an prochain, être entièrement à la disposition de vos seigneuries; ajoutant qu'il pouvait vous promettre qu'il serait plus que jamais votre servi leur. Gomme j'opposais à ses soupçons les raisons propres à les combattre, et que je tâchais de justifier ce qui s'était passé l'année dernière, il m'a répondu qu'il ne pouvait être satisfait ni se reposer sur vous, attendu que vous n'aviez cessé de traiter avec Fabrizio Golonna; que même, peu de jours auparavant encore, vous aviez fait de nouvelles démarches pour le prendie à votre service, et que, quoique rien n'eût été terminé, on pourrait tellement battre le fer que l'on conclurait cette affaire; de sorte que, quand il en serait là , il se trouverait placé au milieu de ses ennemis. Il s'est étendu assez Ion-

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