‹ Œuvres complètesChapitre 277 sur 323 · MISSIONS A PISE ET AUTRES LIEUX · texte numérisé non relu

MISSIONS A PISE ET AUTRES LIEUX

ficultés, nous avons retenu environ quatre-vingts hommes de leurs anciennes compagnies : ce sont tous des hommes qui ont fait assez longtemps les dernières guerres de Pise; ils sont de bonne qualité et Ton peut compter sur eux. Pour compléter leur nombre j'ai envoyé enrôler quarante hommes à Pescia,et j'ai employé pour faire cette levée quarante ducats provenant des chevaux que j'avais avec moi : ils seront ici demain soir; et après demain j'espère avoir réorganisé toute cette affaire. Vos seigneuries trouveront peut-être que j'ai gardé trop d'anciens soldats : cependant j'ai cru devoir en agir ainsi, d'abord parce qu'il me semble inhumain de licencier des hommes qui vous ont si longtemps servis; et, d'un autre côté, les connétables ont crié que sans cela ils ne sauraient que faire ni que dire de leurs anciennes compagnies. Je crois que lorsque l'on confie à quelqu'un la garde d'un poste aussi important que l'est celui-ci, il faut tâcher de le satisfaire le plus qu'il est possible, et lui laisser le moins qu'on peut l'excuse des événements. Qu'il vous suffise qu'entre les anciennes troupes et les nouvelles on vous fasse une bonne garnison, et qu'il soit impossible de vous tromper. A cet effet je donnerai des ordres pour que l'on paye toujours sur les anciens contrôles dont vous aurez un double entre les mains, et qu'on ne puisse en effacer ni y ajouter personne sans un ordre exprès de vos seigneuries. Nicolas Macchiavelli.

Pise, le 7 mai 1512.

P. S. L'argent ordonnancé suffira pour le nombre d'hommes désignés; je crois même qu'il en restera.

LETTRE II

MACniFIQUES SEIGIVEURS ,

Par votre lettre d'hier j'ai vu de nouveau quelles étaient les intentions de vos seigneuries relativement à la garde de la nouvelle citadelle et des portes de Pise. Comme vous m'en aviez déjà parlé de vive voix, et que je désirais me trouver A peu près en mesure lorsque vos ordres me parviendraient, j'ai enrôlécinquante hommes dans le vicariat de San-Miniato et cinquante dans celui de Pescia : ils feront d'excellents soldats, et ils veulent bien se contenter d'être

payés pour quarante-cinq jours, mais il est pf»cessaireque le trésorier de P;se les paye et qu'ils ne soient point obligés d'attendre leur argent de Florence, parce que les quarante-cinq jouis deviendraient aisément cinquante, et que la forteresse un beau matin pourrait fort bien se trouver seule. 11 est donc essentiel de penser à cet inconvénient afin d'y parer.

Je me trouve en ce moment à Furecchio , et j'ai terminé aujourd'hui tout ce que j'avais à faire dans ce vicariat. Je me serais rendu demain matin à Pise afin d'y remplir vos intentions, si vos seigneuries m'eussent envoyé l'argent nécessaire pour payer les soldats nouvellement enrôlés ; mais comme vous ne me l'avez point fait parvenir, ma présence à Pise pourrait produire du mal plutôt que du bien , attendu que je serais forcé de ne rien dire jusqu'à l'arrivée de cet argent , et que ce serait du temps perdu. Si je disais ce qui se passe , et que je n'eusse pas de quoi remplacer immédiatement la garnison, je m'exposerais avoir les postes abandonnés. En conséquence j'irai demain à Pescia : je resterai quatre jours dans ce vicariat, et vos seigneuries voudront bien m'envoyer l'argent dont j'ai besoin pour y lever des soldats et payer des autres. Je me hâterai ensuite d'aller remplir les ordres qui m'ont été donnés. Vos seigneuries dans leurs instructions verbales m'ont dit que dans le cas où parmi les trente vieux soldats que l'on garde il s'en trouverait qui méritassent une paye moins forte que.... et Giannetto et plus élevée que les soldats ordinaires , je leur donnasse trente livres ; mais comme vous ne m'en avez plus dit mot dans votre lettre, j'ignore si vous n'avez pas changé d'idée et je vous prie de vouloir bien me réitérer vos intentions. Il ne me reste plus qu'à me recommander à vos seigneuries.

Nicolas Macchiavelli .

Fucecchio, le 29 mai 1512.

LETTRE III

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

J'arrivai à Sienne conformément aux ordres que j'avais reçus de vos seigneuries; mais je ne pus obtenir audience de la balià que vendredi matin. Je lui exposai tout ce dont vous ni'aviez chargé, et je la quittai pour aller parlera Bor-

LÉGATIONS ET MISSIONS

ghèse. Tout le monde. me répondit de la manière la plus gracieuse, et me témoigna toute sa satisfaclion de fintérèt que vos seigneuries voulaient bien leur marquer. Borghèse, en particulier, m assura que vous pouviez compter sur la république comme sur une de vos villes; qu'il voulait suivre en tout notre fortune, et qu'il rendait des grâces infinies à vos seigneuries de la bienveillance qu'elles lui montraient. D'après ce que j'ai appris, le cardinal ne sera pas à Sienne avant mercredi prochain. Comme vous ne m'en aviez rien dit, je ne crois pas devoir différer , afin d'être en mesure d'exécuter les autres ordres que vous m'avez prescrits.

L'état de Sienne est fort tranquille. La seule chose qui agite les esprits est l'assassinat du Bargello, tué ces jours derniers sous les yeux mêmes de Borghèse , dont les assassins sont tous parents ou amis ; car laisser cette mort impunie ce serait peut-être trop accroître l'autorité de ce dernier ; et la venger, donner lieu à quelque désordre. Je me suis entretenu avec quelquesuns des premiers personnages du gouvernement, qui m'ont assuré que s'ils peuvent compter sur votre amitié il n'y a point à craindre que l'état soit troublé. Une fois rassurés sur ce point, ils montreront la meilleure volonté. Ils ont ajouté qu'ils désiraient que vous écrivissiez aux recteurs voisins de leur état que s'ils entendaient dire qu'il se formât des rassemblements, soit de leurs bannis, soit de tous autres, ils eussent à le défendre et à vous en prévenir. J'ai promis de faire part de cette demande à vos seigneuries , auxquelles je me recommande.

Je me trouve à Poggibonsi ; demain je serai à Pise.

Nicolas Macchiavelli.

Poggibonsi, le 5 juin 1512.

LETTRE ÏV.

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

Avant-hier est arrivé le courrier Dominico avec l'argent destiné à payer les gardes de la citadelle et des portes : j'ai acquitté la solde hier de la manière que je le rapporterai verbalement à vos seigneuries. Je compte être de retour à Florence sept ou huit jours après avoir

terminé tout ce dont j'ai été chargé par les recommandubles Neuf relativement à l'ordonnance de la cavalerie. Je me recommande à vos seigneuries.

Nicolas Macchiavelu.

Pise, le 10 juin 1512.

PATENTE

Nous , Dix de la liberté et balià de la république de Florence,

Faisons savoir à quiconque verra nos présentes lettres patentes que le porteur en sera Nicolas Macchiavelli, fils de Bernardo, et notre citoyen et secrétaire, lequel nous envoyons en qualité de notre commissaire dans toute l'étendue du Yal-di-Chiana, pour y exécuter les ordres que nous lui avons donnés.

En conséquence nous commandons à vous tous, condottieri de gens d'armes, préposés aux chevau-légers de l'ordonnance , connétables de l'infanterie de ladite ordonnance , d'obéir audit Macchiavelli en tout ce qu'il vous ordonnera, de la même manière que vous le feriez envers notre magistrature si elle vous commandait elle-même ;

Et à vous, commissaires, recteurs, officiers et sujets , en quelque lieu de ladite province que vous soyez établis, nous vous commandons de lui prêter main forte et appui en tout ce dont il vous requerra de notre consentement et par notre ordre, si vous attachez quelque prix à la satisfaction de noire magistrature.

Marcello Virgilio.

Ex palatio florentino, die 23 junii 1512.

LETTRE V

Par notre dernière lettre du 25 nous avons donné connaissance à vos seigneuries de tout ce que nous avons appris et ordonné jusqu'à ce moment. Il nous a paru convenable à tous égards , surtout à cause des personnes qui se montrent ici nos partisans , et spécialement des gens de campagne qui craignaient beaucoup qu'on ne leur causât du dommage , de faire venir Aun-lio da CasteUo avec trois cents de ses fantassins; et il s'est hâté en effet d'arriver avec une partie de

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