‹ Œuvres complètesChapitre 278 sur 323 · MISSIONS A PISE ET AUTRES LIEUX · texte numérisé non relu

MISSIONS A PISE ET AUTRES LIEUX

sa troupe. Il eu est venu ensuite pendant la nuit plus de six cents encore, quoique nousn'eussious point donné d'ordre. Cependant ce renfort nous a paru à propos, d'abord parce que quiconque aurait voulu remuer a vu que cela n'est pas aisé, et ensuite que ceux qui désirent rester tranquilles ont repris confiance en voyant que vos seigneuries ne sont pas dans l'intention de les abandonner. Macchiavelli aussi nous est venu fort à propos. A peine arrivé, j'ai cru convenable qu'il parlât aux prieurs. Ceux-ci ont voulu que le conseil fût présent; et , comme vous le pensez bien , Macchiavelli les a exhortés , avec une extrême sagesse et par les raisons les plus puissantes et les plus convaincantes , à n'avoir aucune crainte , soit dans cette circonstance, soit en toute autre plus difficile encore, parce que vos seigneuries étaient remplies d'affection pour eux et qu'elles étaient incapables de les abandonner jamais, etc., etc. Aussi grâces à ces deux mesures tout ici paraît arrangé pour le moment ; et pour ne pas vous induire en de trop grandesdépensesnousavons renvoyé toutes les troupes , à la réserve de cent cinquante ouvriers des meilleurs soldats. Ce matin nous en envoyons cinquante à Valiano , où se trouve encore la compagnie de Malatesta et oii nous faisons élever quelques retranchements, comme je vous l'ai dit dans une de mes précédentes lettres. Nous avons donné dix barill * à chaque chef de bannière que nous avons gardé , et à l'avenant à chaque chef de compagnie; à chacun de ceux que nous renvoyons nous avons accordé un barile , quoique Macchiavelli et le seigneur comte fussent d'avis qu'on dût m'en réserver davantage. iNéanmoins , pour ne pas vous occasionner de plus fortes dépenses, et, d'un autre côté , comme je suis convaincu que ce nombre suffit en ce moment, nous nous en sommes tenus là: si vos seigneuries pensent différemment elles voudront bien faire connaître leurs intentions.

Les troupes papales quise trouvaient à Pienza et dans le va! d'Orcia se sont mises en mouvement hier malin de bonne heure, et ont occupé Torrita, Asinalunga, Rigomagno et Lucignano, où elles \eulent, dit-on, rester tout aujourd'hui.

• Barile, i)iècede inonnaieauciennement appeléeainsi, <iu droii qui éiait exigé pour chaque baril de vin. Aujourd'hui on la nomme Jules.

Elles sont au nombre de deux cent trente-huît cavaliers , comptées par Ricasolo , capitaine des cb.evau-légers du seigneur comte. Nous avons envoyé de bonne heure cet officier à la tète de vingt-cinq chevaux , et il a toujours été sur le dos des ennemis jusqu'à ce qu'ils aient été passés , afin de les empêcher de débaucher nos troupes comme ils ont fait dans le Siennois. Cette précaution ne leur a pas permis de s'approcher de notre territoire. Hier également le seigneur comte est monté à cheval avec vingtcinq hommes d'armes environ et a été loger sur la frontière, ofi le seigneur Jean Corrado s'est rendu de son côté. Suivant ce qu'on rapporte , ils ont eu ensemble une longue conférence. 11 me semble, ainsi qu'au seigneur comte , qu'il n'a pu tirer de Corrado toute la vérité à l'égard des intentions du pape et de ce qu'on a le projet d'exécuter ; mais il a été vivement pressé par lui de traiter avec Sa Sainteté. Le comte lui a répondu comme il convenait, et m'a engagé d'écrire à vos seigneuries de vouloir bien lui dicter la conduite qu'ildoit tenir, parce que, dût-il perdre dix fois tous ses États, il ne veut prendre aucune détermination sans vous avoir consultés ; et véritablement tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait montre l'affection profonde qu'il a pour notre république , et il ne regarde ni aux peines ni aux dépenses pour lui rendre service.

Les troupes qui étaient à Orvielo se sont portées hier au soir au Pont-à-Centino, et ce matin nous ignorons si elles en sont reparties : nous le croyons ; mais nous le saurons définitivement dans quelques heures : c'est la seule compagnie du seigneur Giulo , composée de deux cent cinquante chevaux. Nous avons appris, depuis, que Pierre et Antoine Sainte-Croix et Orsinoda Mugnano se trouvaient en ce moment dans Acquapendente avec deux cents autres chevaux environ. Le comte Alessandro da Marzaoo, accompagné de quatre cavaliers seulement, est arrivé avant-hier soir à Orvieto , où il s'est abouché avec le commissaire du pape. On présume qu'il se portera en avant avec sa compagnie, qui était restée sur les derrières, et qui est composée de vingt-cinq hommes d'armes ; il en est de même du comte d'Anguillara , qui en a soixante.

Voilà tout ce que je sais de nouveau jusqu'à

LÉGATIONS ET MISSIONS

ce moment. Ces capitaines ont répandu le bruit qu'ils avaient envoyé demander il y a deux jours le passafje à vos sei^jneuries ; et ils ont dit en secret à quelqu'un qu'ils étaient venus pour effectuer le projet dont je vous ai entretenus dans ma dernière lettre.

Macchiavelli est parti d'ici hier matin : il est allé à Valiano pour inspecter les retranchements. 11 se rendra ensuite à Monte-San-Savino pour établir un point de défense entre ce lieu et Fujano, comme je vous Fai précédemment écrit.

Nous nous occupons ici avec la plus grande diligence à faire une bonne garde , et au moyen des dispositions , de la prudence et des mesures du seigneur comte , nous ne craignons pas qu'il nous arrive malheur. Si j'apprends quelque chose de nouveau jen donnerai sur-le-champ connaissance à vos seigneuries, auxquelles je ne cesse de me recommander.

Jean-Baptiste de' Nobili, podestà et capitaine.

Montepulciano , le 27 juin 1512.

P. S. En ce moment, c'est-à-dire à la dixième heure environ, je reçois votre lettre du 2ô du courant , à laquelle il n'y a d'autre réponse à faire que ce que je vous ai écrit ci-dessus. Nous sommes bien aises d'apprendre qu'on ait envoyé demander le passage, et nous présumons que vos seigneuries ne l'auront pas refusé. Quoique cela soit peut-être bien hardi de ma part, je les prie trèsrespectueusement de vouloir bien leur faire prendre un autre chemin que celui du Mugello, afin d'ôter toute occasion à ceux qui voudraient faire quelque acte hostile. Si je m'explique trop ouvertement, c'est mon amour pour la patrie et mon affection pour son gouvernement qui me font parler ainsi , et vous voudrez bien me le pardonner.

à toute l'infanterie de cette vallée ainsi qu'à celle de Marradi. 11 a été ordonné que ces troupes se rendissent dans le plus bref délai à Firenzuola ; et il a été donné avis de tout à l'ierre-François Tosinghi, à Barberino , dans l'idée qu'il devait être arrivé en cet endroit. Macchiavelli donne cormaissance à vos seigneuries de toutes ces dispositions dans la lettre qu'il vous écrit et que vous trouverez ci-jointe.

Depuis ma dernière je n'ai rien appris sinon qu'on répète ce que je vous ai déjà dit : le porteur de la présente, qui a été hier à Bologne, vous en fera le rapport verbal. Je joins à ma lettre deux avis écrits.

Francesco Zati , vicaire et commissaire.

Scarperia, le 21 août 1512.

LETTRE VI

MAGniFIOUES SEIGNEURS ',

En ce moment . c'est-à-dire à la dix-huitième heure, Macchiavelli vient de partir pour Firenzuola. Ou a ordonnancé les sommes qui sont dues

' CeUe lellre et les suivantes sont relatives aux mesures que prenait la l'épublique poiu" s'opposer aux proi^rès des Espagnols, qui s'avançaient dans le dessein de changer le gouvernement de Florence et d'y établir les Médicis. ainsi

LETTRE VII

MAGNIFIOVES SEIGIVECRS ,

Ce matin, vers la quatorzième heure, j'ai écrit à vos seigneuries pour leur rendre compte de tout ce qui se passait de ce côté. Lamberto Cambi est arrivé quelque temps après, et je l'ai mis au courant de ce que j'avais exécuté et de tout ce que je voulais faire. Comme il vous écrit en détail là-dessus , je crois inutile de répéter ici la même chose.

J'ai reçu par les mains du courrier Ceccotto quinze cents ducats; c'est du moins ce que me marque le Quaratesi, car je ne les ai pas comptés. Je payerai demain la solde aux troupes; je leur accorderai un tiers de paye à chacun; et après avoir terminé cette opération, je viendrai rejoindre vos seigneuries pour qu'elles m'emploient à quelque autre chose.

Nicolas MACcmAVEiii.

Firenzuola , le 22 août 1512.

LETTRE VIII

MAGWIFIOtJES SEIGNEURS,

Ce soir, grâce à Dieu, vers une heure et demie de la nuit, nous sommes arrivés ici sans accident. Ayant demandé au seigneur commissaire et à Macchiavelli en quelle position et en quels lieux

que cela arriva en effet. Voyez le Jourial de Bonaccorsi. j page 179 et suivantes

iMISSlONS A PISE ET AlTRES LIELX.

LETTRE IX

se E pouvaient l'armée espaj^nole et sa seigneurie le vice-roi , ils m ont dit qu'ils avaient reçu plusieurs avis différents et qu'ils en avaient donné ample connaissance à vos seigneuries, ainsi que j'en ai eu la preuve par leurs registres. En conséquence je ne vous redirai pas tous les renseignenu-nts qu'ils m'ont fournis sur ce point ; je me bornerai à vous faire le résumé de leur rapport , savoir : que si on recevait bientôt de la part de vos seigneuries l'ordre de réunir un grand nombre de troupes à pied et à cheval pour former un point de défense, nous aurions assez de temps pour opérer cette réunion; et iors même que nous ne pourrions empêcher le passage, néanmoins, grâces aux troupes que Macchiavelli emmènera d'ici, au nombre de plus de deux mille hommes délite, pour les réunir au corps principal chargé de le défendre, vous pourrez espérer de voir les choses tourner à bien et selon votre désir, pourvu que la ville soit bien en ordre, comme on l'espère. Puisse le ciel nous faire cette grâce !

Demain matin je partirai à temps, s'il plaît à Dieu , pour arriver à Fojano. Cette route ne paraît pas trop sûre à cause des troupes du Sassatello , et autres Italiens qui s'y trouvent dans Tintention de se réunir à l'armée espagnole du côté de Bruscoli : j'aurai soin de mentendre avec le seigneur commissaire et Macchiavelli pour avoir en avant une escorte qui éclaire le chemin afin de voir s'il est libre ou non , et d'arriver à Fojano où nous espérons être informés exactement du lieu où se trouve le seigneur vice-roi. Aussitôt que je l'aurai appris je me rendrai en toute hâte, et avec la sûreté qu'il sera possible à sa seigneurie de me procurer, pour donner un commencement à la commission dont vos seigneuries m'ont chargé. Que Dieu, dans sa bonté, veuille qu'elle ait une heureuse issue !

Baldàssare Cardecci, ambassadeur de la république de Florence '. Firenzuola , le 22 août 1512.

» Baldàssare Carducci fut une des personnes envoyées au vice-roi de Naples, généralissime de l'armée espagnole, pour obtenir un arrangement. Voyez Bonaccom, paye 181.

MAGNIFIQUES SEIGNEURS

Au moment même, c'est-à-dire à la quatorzième heure et demie, il vient d'arriver des lettres de Macchiavelli que vous trouverez ci-jointes. A l'égard de ce qu'il dit d'Alessandro del Nero, vous pouvez tenir pour certain qu'on en a eu avi<. Il en est de même de l'artillerie. Enfin je suis informé par les gens que j'ai envoyés de mon côté de tout ce que contient sa lettre. Il me semble que les choses vont un peu plus lentement qu'on n'avait lieu de le penser; de sorte qu'en vous hâtant vous pourrez les retenir encore au delà du Stale. Toutefois , Pierre Tosinghi vous dira mieux le véritable état des choses.

Ce matin, voyant que les habitants de cette ville se plaignaient d'être dépourvus de tout moyen de défense, je les ai fait réunir et je les ai exhortés à garder la place. Je prie vos seigneuries, dans le cas où ils viendraient vous demander quelques pièces de canon et de la poudre pour se défendre, de vouloir bien accueillir leur prière. De plus j'ai offert aux habitants, comme il est de mon devoir, de courir le même sort qu'eux. Voilà tout ce qui se passe ici. Je me recommande à vos seigneuries ; et que Dieu les garde.

Frâkcesco Zati, vicaire et commissaire.

Scarperia, le 22 août 1512.

LETTRE X

MAGI^IFIQCES SEIGIVECRS ,

Ma dernière lettre à vos seigneuries a été écrite hier au soir pour les informer de tout ce que j'avais pu apprendre jusqu'à ce moment touchant les ennemis, et leur dire qu'il n'était pas resté un seul homme ici. Depuis j'ai reçu dans la nuit deux de vos lettres écrites, l'une à la vingtième heure , l'autre à la fin du jour. Par cette dernière vous m'ordonnez d'envoyer du monde pour faire couper les chemins par lesquels les ennemis doivent passer : vos seigneuries sauront qu'il m'est impcssible de faire exécuter ici cette mesure ou toute autre semblable, parce que, comme je^ vous l'ai dit, nous n'avons pas seulement un homme à envoyer d'un lieu à l'autre ; et cette nuit même nous sommes restés sans escortes et

LÉGATIONS Kï MISSIONS.

comme il a plu à Dieu, n'ayant personne pour nous en servir. Il ne faut donc pas penser à faire ici la moindre défense : les ennemis sont en pouvoir de courir partout où ils voudront. Cet endroit est entièrement abandonné ; et, d'après ce que j'ai appris hier soir, le podestà et le douanier se disposent à partir également. Dailleurs , quand nous aurions des hommes , il ne servirait à rien de faire couper les chemins, parce que de ce côté la montagne est si ouverte que dans cette saison l'artillerie peut aisément la passer. D'un autre côté, les ennemis se sont si fort avancés que les habitants ne peuvent aller où leur présence serait nécessaire ; et déjà tous ceux qui demeurent sur cette montagne prennent la fuite de toutes parts. J'apprends que cent cinquante chevaux espagnols sont venus se loger à Bruscoli, qui n'est qu'à quelques milles d'ici : ils vont pillant partout, et ils se sont emparés de plusieurs des habitants du lieu. Il faut donc penser à d'autres mesures. J'agirai d'après ce que j'apprendrai d'heure en heure.

Il m'est arrivé cette nuit trois habitants eiivoyés par les communes de Ronla et de Pulciano m'iuformer qu'il se trouvait sur les confais de Marradi un corps considérable d'infanterie sous le commandement de y incenzio di Naido deBe:zighella, qui menaçait de venir en avant par le chemin de Marradi : ils m'ont pressi; de leur fournir de l'artillerie et des munitions, se montrant on ne peut mieux disposés envers vos seigneuries et ne demandant qu'à être appuyés; car ils avaient tous été pillés au point de n'avoir plus par eux-mêmes aucun moyen de faire la moindre résistance. Je les ai exhortés à prendie courajye, et je leur ai prorais d'en écrire à vos seigneuries: c'était tout ce que je pouvais faire; et je vous en donne avis.

J'ai écrit hier à Macchiavelli , qui se trouve à Firenzuola, d'établir un bon corps d'infanterie à la défense de cette place et du Slale, afin de rabattre un peu la confiance de l'ennemi. Je n'ai point encore de réponse; mais cette nuit j ai reçu du même endroit une lettre de LambertoGambi, qui ne me dit pas si Macchiavelli s'y trouve ou si la troupe qui y était en est partie. Si elle avait évacué cet endroit , il serait facile à un petit nombre de cavaliers ennemis de parcourir tout le pays; tandis que s'il s'y trouvait un poste, ils y regarderaient à deux fois. Lanibcrio dans cette i

même lettre me donne avis de ce que lui rapportent deux messages de Macchiavelli sur les ennemis ; et pour que vos seigneuries en aient également connaissance, elles trouveront cette lettre jointe à la mienne.

Pier-Francesco Tosiaghi , commissaire général.

Barberino-di-Musello, le 23 août 1512.

LETTRE XI

HAGIXIFIQUES SEIGPiEURS ,

Hier soir, à la vingt-troisième heure, j'ai écrit à vos seigneuries tout ce que jusqu'à ce moment j'avais pu recueillir de tous côtés sur l'ennumi. Cette nuit deux des noires sont revenus : ils nous ont dit que les choses étaient toujours dans le même état et que les ennemis ne s'étaient point avancés davantage. S'ils venaient à le faire il faudrait penser à d'autres mesures. Je ne manquerai pas d'informer vos seigneuries de tout ce que j'apprendrai de neuf d'heure en heure.

Ce matin j'ai examiné les lieux ; après quoi je me suis rendu au palais et j'ai ordonné toutes les mesures qu'il a été possible de prendre jusqu'à ce moment. Le vicaire, Macchiavelli et moi ne cessons de penser et de pourvoir d'un commun accord à tout ce qui est nécessaire. Ce matin , tous trois ensemble nous avons réuni une partie de l'infanterie et nous avons distribué un ducat à chaque soldat ; maintenant nous réunissons le reste. Nous ignorons encore à quel nombre juste ils s'élèvent, mais nous nous accordons à penser qu'ils seront plus de mille. Aussitôt qu'ils seront tous rassemblés vos seigneuries en seront informées.

L'ambassadeur Baldassare est parti de bonne heure ce matin : nous lui avons fourni une escorte pour qu'il fît route en sûreté, conformément aux ordres que vous nous aviez donnés.

Si nous avions pu avoir pour la défense de ce lieu trois ou quatre canonniers déplus, cela nous aurait bien fait plaisir; néanmoins nous sommes dans les meilleures dispositions et nous ne craignons rien. Dieu veuille que tout aille pour le mieux ! Il ne me reste qu'à me recommander à vos seigneuries , que le ciel rende heureuses.' Laiyiberto Cambi, commissaire.

Firenzuola, le 23 aoiU lâl2.

LEGATION

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