‹ Œuvres complètesChapitre 283 sur 323 · REPRÉSENTATION · texte numérisé non relu

REPRÉSENTATION

SÉBÉniSSIMB PRINCE ET TRÈS-EXCELLENT SEIGNEUR ,

Certains marchands, nos compatriotes, arrivés récemment de Constanlinople, nous ont rapporté un événement dont l'indignité nous a profondément déplu; et nous avons l'espoir que votre séréuilé elle-même, dans sa bienveillance

envers nous et dans sa justice innée, n'en sera pas plus satisfaite.

Voici le fait. Un hrigantin , sur lequel se trouvaient les marchands dont il s'agit avec une assez forte somme d argent , fit voile de Raguse pour Ancône. Arrivés à Lésina, l'un des ports de votre très-illustre républicpie, ils y trouvèrent le briganiin commandé par Jean-Baptiste Donati, votre citoyen , qui accompagnait l'ambassadeur du Grand Turc. Ce Donati, ayant fait venir devant lui lesdits marchands, les menaça sous divers prétextes iniques de leur arracher la vie, quoiqu'il n'y eût nullement de leur faute; et après leur avoir fait supporter mille outrages que nous rougirions de répéter, il les força en définitive à se racheter moNeunant quinze cents ducats d'or, somme énorme qu'il parvint à leur extorquer sous mille prétextes tous également frivoles. Cette injure nous a paru d'autant plus grave et plus profonde, que nous l'avons reçue d'une personne que nous n'avons jamais ofi'en.vée, du moins à notre connaissance, et dans les États d'une nation dont nous avons toujours recherché à mériter la bienveillance par des services de toute espèce; et combien nous devons l'avoir sur le cœur et de quelle manière elle doit être envisagée par quiconque rapprendra, nous croyons iruitile, attendu la haute saj'esse de votre sérénité, de nous étendre en longs discours pour le démontrer. Nous avons voulu par la présente en donner connaissance à votre sérénité, qui, nous en sommes entièrement persuadés, ne voudra démentir en cette circonstance ni ce qui convient à notre amitié nicequenousatlendons de cette illutre république, lorsque nous la prierons d'avoir quelques égards pour une cité qui lui est aussi sincèrement attachée que la nôtre, et que nous réclamerons une indenmilé pour nos marchands , qui, pour ne pas nous servir d'expressions plus fortes, n'ont point été traités du tout en amis et ont reçu un outrage hors de toute raison. Nicolas INIacchiavelli , notre très -cher concitoyen, qui à cet effet se rend à Venise en notre nom et en celui des marchands, vous exposera bien mieux cette affaire en vous disant de vive voix la manière dont les faits se sont passés.

Nous désirons ardemment que votre «érénité soit convaincue qu'elle ne peut rien faire eo ce

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