LETTRE DE CREANCE
SerenîMimo principi et excellentissimo domino Andre^s Gritti, Dei graiia duci Veniliarum pair, observ.
SÉRÉNISSIME PRWCE ET TKÉS-EXCELLENT SEIGI^EIIR,
Nous envoyons devant votre sérénité Nicolas Macchiavelli , notre citoyen , lequel en notre nom lui rendra compte de l'extorsion et de la vioknce exercées , hors de toute attente et au mépris de ce qu'exige la sincère amitié qui existe entre son iliuslrissinierépubiiqueet lanôtre, parunhomme, dans un port et une ville de son illustrissime domaine , contre trois de nos jeunes compatriotes revenant de Raj^use avec une somme d'argent qu'ils rapportaient du Levant, comme c'est l'usage.
Nous prions votre sérénité de vouloir bien prêter foi à tout ce que noire envoyé lui exposera en noîre nom ; nous la prions avec instance de vouloir bien accueillir sa réclamation et faire restituer à nos marchands ce qui leur a été arraché par la violence. C'est ce que nous espérons de l'intégrité et de la haute justice de volie trèsillustre sérénité, à laquelle nous nous recommandons très-humBlement , et que nous prions le bon Dieu de conserver heureusement.
Les Coixscls de l'Art de la iaine, et les coinscls de la répcbliqbe florentine en Romagne.
Datum Florentise, ex officio nostro, die 19 mensis augusti 1525.
COURTE LNSTRUCTION.
Sur ce que toi , Nicolas Macchiavelli, lu auras à faire dans le voyagea Venise que tu vas enlreprendre par iotre ordre, délibérée par nous ce 19 août 1525.
Très-cher Nicolas, nous n'emploierons pas de longues paroles avec toi, parce que tu es rempli de prudence ; que l'on a souvent reconnu l'expérience que tu as montrée dans des affaires bien autrement difficiles que celle-ci , et que tu as
parfaitement compris l'intention pour laquelle nous croyons devoir t'envoyer à Venise ; mais, pour ne pas manquer au devoir de qui charge quelqu'un d'une mission, nous avons rédigé ce peu de lignes relalivement à ce que nous entendons que lu lasses en notre nom dans ion voya;',e à Venise. Tu te transporteras donc le plus prouiptement et le plus commodément que tu pourras â Venise, où notre seigneur Dieu te fa.sse arriver sain ei sauf. Immédiatement après ton arrivée, la première chose que tu feras sera d'aller trouver l'évèque de Feltre , nonce du pape auprès de cette république, pour lequel tu as des lettres de Rome; et lorsque tu les lui auras remises nous désirons d'abord que tu tâches, avec toute l'adresse que tu sauras y mettre , de lui lircr des mains une lettre qui se trouve incluse dans la sienne : c'est celle que Bonedetto lughirami nous a écrite d'Ancône et où il nous rappoite en détail l'affaire qui s'est pas.sée : nous l'avions envoyée à Rome afin que l'on vît mieux ce dont il s'agit, et à Rome on l'a jointe à la dépèche que tu portes au nonce. Nous te donnons cet avis parce que cette lettre offre quelques différences avec la déposition des témoins, ce qui pourrait plutôt porter ombrage et élever des difficultés sur ce que nous demandons que nous servir.
Aussitôt qu'il aura pris lecture de cette lettre tu la lui demanderas, en disant qu'elle est inutile attendu que les jeunes gens eux-mêmes qui l'ont écrite se trouvent ici ; que comme ils ont été les victimes du fait, ils sauront beaucoup mieux et moins longuement l'exposer de vive voix, \enant ensuite à raisonner sur ce qu'il y a à faire, tu prendras conseil de sa seigneurie. Tu te rendras ensuite avec elle, parce que nous présumons qu'elle voudra faccompagner , ou seul, en présence des très-illustres doge et seigneurs vénitiens, pour lesquels tu auras un bref de Sa Saintetéetune lettredenos très-hauts seigneurs, et tu les leur présenteras avec les formalités accoutumées. Lorsque tuaurasobtenu audience et
LÉGATlOiNS ET MISSIONS.
permission de parler, lu exposeras de notre part à leurs seigneuries le vol et le guet-apens exercés, hors de louU' attente et de ce qu'exij;e la sincère amitié qui existe entre les deux républiques, dans un port vénitien et par un de leurs concitoyens, envers trois de nos jeunes {;ens qui revenaient avec l'argent qu'ils a valent gaj> né dans le Levant ainsi qu'il est d'usage. Tu réclameras la restitution de ce qui leur a été enlevé dans les termt-s les plus forts et les plus persuasifs que tu sauras employer et que, dans ta sagesse accoutumée, lu jugeras les plus propres à obtenir le résultat que nous désirons et à ravoir ce qui nous a été volé et arraché par la violence;.
Tu auras aussi avec toi les dépositions des témoins faites -^ Ancône et ailleurs, dépositions dont tu feras usage en temps et lieu suivant que tu le jugeras à propos ; et poui- affirmer la vérité lu seras accompagné de deux des jeunes gens qui ont éié volés, pour pouvoir chaque jour faire entendre comment les choses se sont exactement passées, et te prévaloir d'eux dans l'occasion pour faire face hardiment à quiconque voudrait nier les faits.
Voilà tout ce que nous avions à le dire pour le moment. Nous croyons même que tout cela était superflu; car, persuadés comme nous le sommes que lu as compris notre intention, tu sauras mieux faire ce qui convient que nous n'avons pu te le dire ci-dessus. Nous avons toute confiance en toi et nous espérons, soit d'après ce que nous avons appris, que le trèsilluslre doge, mu par une extrême justice, a déjà fait mett.e le coupable en prison, soit par ton habileté, que lu reviendras bienlôl avec la satisfaction que nous réclamons. Que Dieu t'accompagne en tout!
Les Coasdls de l'Art de la laine de la ville de florence.