IJ<TTRES AU NOM D LETTRE XXIII
Au révërendissime seigneur Girolamo Pandoifini,
évoque de la ville de Pistoja.
Plusieurs habitants de la paroisse de San- Piero-Maggiore de Pistoja ont comparu devant la haute seigneurie, et ont exposé qu'en vertu d'une bulle du pape Eugène , obtenue depuis 1433, les raarguilliers et la chapelle de Sau- Piero sont les maîtres de cette église et des autels privilégiés qu'elle renferme ; ils ajoutent que votre révérendissime seigneurie ayant désiré voir cette bulle et les écritures qui constatent ce patronage , on les lui a remises volontairement, et que maintenant elle refuse de les leur rendre. Nous vous dirons franchement que cette conduite nous déplaît, d'autant plus qu'il paraîtrait que vous aviez refusé avec colère d'écouter leurs réclamations; ce qui nous semble indigne, si cela est, du caractère de votre révérendissime seigneurie. C'est pour ce motif que nous croyons devoir l'inviter et l'exhorter à vouloir bien, au reçu de la présente, restituer aux plaignants la bulle et les écritures en question , et apporter dans toute cette affaire la modération et la justice nécessaires, pour qu'il ne s'élève point de troubles dans la ville , intimement convaincu que votre seigneurie trouve bien plus de satisfaction à les apaiser qu'à les faire naître ; car elle ne doit pas ignorer qu'un déni de justice, accompagné de violence, ne pourrait qu'irriter profondément ces paroissiens. La haute sagesse dont votre révérendissime seigneurie est douée nous est un sûr garant qu'elle emploiera les mesures les plus propres pour que tout se passe avec ordre , et sans préjudicier aux justes réclamations de qui que ce soit. Lorsque nous apprendrons que tout s'est passé de cette manière nous en serons d'autant plus satisfaits, que nous verrons disparaître tout motif de désordre dans Pistoja.
7juQii1511.
LETTRE XXIV
Au seigneur Matteo ^'IccoLmI , vicaire de la République à San-GioTauDi.
La cure de San-Piero à Presciano, étant venue à vaquer il y a quelques jours , par la
E LA REPUBLIQUE. 58i
mort de Andréa, qui en a été le dernier recteur, et cette cure étant à la nomination de la seigneurie; après une délibération, pour laquelle on avait passé aux voix , elle avait été donnée et conférée à Francesco Fagiuoli, notre concitoyen et prêtre d'un véritable mérite. La seigneurie avait déjà envoyé Dommoro di Domenico, son huissier, pour entrer dans le susdit bénéfice , et en prendre possession pour le compte dudit Francesco.
Actuellement notre huissier vient de nous écrire qu'on lui a fermé la porte au nez après l'avoir cha3sé; qu'on lui a dit de s'en aller au diable; qu'on enteddait garder la maison; qu'on l'a menacé avec des arbalètes chargées, et qu'on lui a enjoint de s'éloigner: ce qu'il a fait aussitôt, afin d'éviter toute esclandre; et il est revenu au château de Presciano , situé dans le voisinage de cette paroisse, et c'est là qu'il attend nos ordres.
Comme il s'agit ici de l'honneur de notre haute seigneurie, nous te dépêchons un messager exprès, et nous voulons que , sans perdre un instant , au reçu de la présente tu envoies dans cette paroisse ton sergent, accompagné de tous tes gens suffisamment armés, et que tu en donnes avis à notre huissier qui se trouve dans le château de Presciano, afin qu'il puisse entrer dans ladite paroisse, en prendre possession, s'y maintenir au nom de la seigneurie, et en chasser tous les laïques qui pourraient s'y être introduits. Il prendra les noms et surnoms de chacun, ainsi que du lieu oiî ils demeurent, pour pouvoir nous donner connaissance exacte de tout ce qui s'est passé; et si , dans le nombre de ceux qui >e sont introduits dans la paroisse, il se trouvait quelque prêtre ou quelque religieux, il l'y laissera sans rien lui faire ni lui dire, car il n'est ni de notre charge ni de notre devoir de mettre la main dans la maison d'autrui.
Tu ordonneras ensuite au père de Cristofano da San-Leolino di Valambra, s'il existe encore , ou à ses frères , à ses neveux , et à fous ses plus proches parents, que dans deux jours, à compter de celui où l'ordre leur aura été signifié (ce qu'il faut faire le plus tôt possible;, ils aient à se présenter en personne devant nous, et qu'ils se gardent d'y manquer, sous peine de deux cents ducats d'amende pour
CORRESPONDANCE
chacun d'entre ceux qui refuseraient d'obéir. Tu auras soin de nous donner avis des personnes auxquelles tu auras inlimé nos ordres, et du jour do la 8i{],Qification.
Ne néf^lige rien de ce que nous te prescrivons; agis avec vij^ueur et avec la plus fjrande célérité; car c'est une affaire* qui louihe de trop près ù l'honneur de la haute seigneurie. 2ôju(iii loti*
LETTRE XXVI
LETTRE XXV
Au précédent.
Nous avons en connaissance , par ce que tu nous as écrit hier relativement à raffaire de la paroisse de Presciano et aux hommes armés qui s'y étaient introduits, du peu de cas que l'on a fait de nos ordres et de la personne de ton sergent.
Or, comme il s'agit ici de l'honneur de celte haute république, voulons et ordonnons que, au reçu de la présente et sans perdre une minute, tu envoies ton sergent avec tous tes familiers et tous ceux qui se trouvent dans Fétendue de ton vicariat; que tu leur donnes l'ordre formel d'aller brûler et raser jusqu'en ses fondements la maison de Maiteo di Simone, surnommé Finucchino, habitant de ladite paroisse, et de même celle de Fruosino da San-Leoiino, demeurant dans ton vicariat; ensuite tu ordonneras et feras ordonner aux susdits INIatteo et Fruosino d'avoir à se présenter en personne devant nous , durant toute la journée du 29 du courant, sans qu'ils puissent y manquer sous aucun prétexte; car, s'ils ne comparaissent pas dans le délai fixé, ils seront regardés comme rebelles, et bannis en conséquence, après avoir vu tous leurs biens confisqués.
Quant aux autres qui se sont également introduits dans ladite paroisse, tu les rechercheras et en feras faire la recherche, en ayant soin de prendre leurs noms et surnoms comme nous te l'avons prescrit par notre précédente; tu nous les transmettras sur-le-champ : à cet effet, nous t'envoyons le présent messager, car rien ne nous pèse plus que cette affaire.
Que les ordres que nous te donnons s'exécutent dans tous leurs points. Benè vale.
-n junti 1511.
Au Capitaine, et au Commissaire et Podestà de la YiHe de Pistoja, conjointement et eu particulier
Nous avons appris, non sans un grand déplaisir, que le 2 du courant les choses en sont venues à tel point, dans la ville de Pistoja, qu'il était impossible, même avec de l'argent, de se procurer du pain chez les boulangers. Nous en sommes d'autant plus étonnés que nous ne nous trouvons cette année ni dans de telles circonstances, ni dans une telle disette de grains, qu'il doive en résulter de pareils désordres sur les lieux oii vous commandez; et nous ne pouvons nous empêcher d'être surpris que l'un de vous au moins ne nous ait pas informé de ce qui se passait; car nous y aurions pourvu sur-le-champ. C'est pourquoi nous voulons que vous vous concertiez ensemble, que vous mettiez tous vos soins à savoir s'il existe du blé sur les lieux ; et , dans le cas où il y en aurait, que vous fassiez en sorte que celui qui en a l'envoie au marché et le vende à un prix honnête et raisonnable. Nous avons la conviction que ceux qui en possèdent trouveront leur avantage à faire ce que nous demandons attendu l'abondance de la récolte qui est sur pied. Si au contraire vous acquérez la certitude qu'il n'en existe pas, vous nous en donnerez avis sur-le-champ, afin que nous puissions pourvoir aux besoins des habitants. Il nous semble cependant bien mal vu que, dans une ville de cette importance, on ne puisse se procurer du pain pour son argent, surtout dans une année aussi abondante que l'année actuelle; et que, d'un autre côté, vous ayez souffert qu'on ait vendu le stajo de blé quarante sous, tandis que, dans notre ville et dans tout le domaine de l'État, il coûte beaucoup moins. Veillez donc à ce que rien de ce que nous vous ordonnons ne soit mis en oubli. Benè voleté.
8juliil511.
LETTRE XXVIL
A Lionardo Ridolfi, podestà de Pistoja.
Le révérend père Agostino Filippo d'Antouio, Florentin, de l'ordre de Sain le -Marie
LETTRES AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE
des Servîtes de notre ville , a paru en notre présence, et nons a exposé qu'il existe à Pistoja un couvent du même ordre, nommé également Sainte-Marie des Servîtes, dans lequel il se trouve, dit-il, quelques frères indisciplinés et rebelles à l'obéissance envers ledit vicaire, et à la règle que l'on vous fera connaître sur les lieux; il a ajouté que , voulant les réduire aux termes et à la soumission qu'exigent le devoir et Tordre de leur religion, il avait reconnu n'avoir point assez de force pour les réprimer et les faire obéir, et qu'en conséquence il s'était vu forcé d'implorer l'appui du bras séculier.
Nous te commandons, lorsque ledit vicaire provincial ou son mandataire t'aura fait voir qu'il a été autorisé par son supérieur à corriger lesdiis frères, pour les faire rentrer sous le joug de fobéissance, et à requérir le bras séculier, de t'empresser de leur prêter et de leur faire prêter main-forte une fois et plus , et toutes les fois que tu en seras requis par eux , afin d'obtenir les effets pour lesquels ils la réclament ; ayant grand soin qu'il n'en résulte ni désordre, ni blessures, ni autre tumulte. Ta sagesse te fera facilement entrer dans nos vues. Conduistoi de manière que nous puissions t'approuver; car il s'agit ici de l'honneur de Dieu, et de faire en sorte que des moines indisciplinés rentrent dans l'obéissance qu'ils doivent à leur supérieur. Benè vale.
20juliil51I.
LETTRE XXVIIl.
PATENTE
Priorei libertatis et FexiUfcrjustitiœperpetuufpopuU florentini jSiiigiiUs atque uniuersi^- Rectoribiis et officialibus nostri s, tamprœsentihu s quâm futumj et eoruir, cuilibet , in quos lltterœ nostrœ patentes incidcrint , salutem.
(Les Prieurs de la liberté et le Gonfalonier perpétuel de justice du peuple florentin , à tous et à chacun en particulier des Recteurs et des Officiers de la République, taiit présents que futurs, et à tous ceux qui ces présentes verront, salut.)
Vous recevrez avec la présente une proclamation relaiive à la publication et il la notification de l'amitié, de la paix , de la confédération et de la ligue, qui ont été stipulées et conclues le 2 de
ce mois entre notre puissante république et Tillustre commune de Sienne, avec oubli de toutes les injures et de tous les dommages. Le traité renferme en outre plusieurs autres articles et conventions, tels que l'on a coutume de les stipuler dans les actes de cette nature. En conséquence , nous ordonnons à vous tous , en général, et à chacun de vous en particulier, de faire proclamer publiquement, et notifier dans tous les lieux de votre juridiction respective, l'édit que nous vous transmettons, afin qu'à l'avenir les sujets de l'une et de l'autre république puissent librement et en toute sûreté venir dans les villes ou traverser le territoire des deux États, trafiquer, contracter des engagements, et en agir enfin en tout et pour tout entre eux comme ont coutume de le faire de bons amis et de loyaux voisins. Benè valete. 9 augusti 1511.
LETTRE XXiX.
Aux Consuls de mer.
Nous sommes informés que notre puissants république ayant eu, il y a déjà quelques années, le projet de diriger le cours de l'Arno contre la ville de Pise, pour la contraindre de se mettre à notre merci ; à cet effet on commença les travaux, et l'on creusa les tranchées nécessaires pour détourner le fleuve, de manière que les eaux s'étant déjà répandues du côté vers lequel on leur donnait une nouvelle direction, elles ont tellement inondé et dégradé la commune de Fagiana et les terrains qui en dépendent, que l'on n'y reconnaît plus ni confins ni limites, et que l'on n'aperçoit partout que des broussailles , du sable et des marais Les possesseurs desdils terrains désireraient reconnaître ceux qui leur appartiennent, et en reprendre possession afin de recommencer à les cultiver; et ils ne pourront y parvenir, si l'on n'assigne à chacun la portion de terre qui lui appartient. Quelques-uns de ces propriétaires, qui se sont présentés devant nous, ont témoigné le désir que vous pui.ssiez, par vous-même ou par les employés de votre office, voir et examiner toute la plaine où se trouve située la commune de Fagiana, à l'effet que chacun reconnaisse ses biens et s'en remette en possession , afin de pouvoir
CORRESPONDANCE
en tirer le plus tôt possible quelque produit. Cette demande nous ayant paru conforme à l'équité, nous voulons que vous mettiez soudain la main à l'œuvre. Faites venir devant vous les propriétaires et les fermiers de ces terrains, et, après avoir entendu les raisons de chacun , consignez-leur la portion de biens qu'ils y possédaient, en ayant soin de la désigner par le nombre, le nom, l'étendue, les limites et les confins; en sorte qu'on puisse toujours remonter à l'origine de ces consignations et reconnaître à qui et par quels motifs elles ont été faites. Néanmoins, lorsque vous aurez terminé cette répartition, nous entendons que quiconque croirait avoir à se plaindre des partagés arrêtés par vous, puisse en tout temps librement recourir à la haute seigneurie; car notre intention n'est pas que l'on prive personne de son bien, et que l'on n'accorde des terrains à ceux qui n'en possédaient pas. Nous vous faisons connaître clairement nos intentions : agissez dans cette affaire avec la justice et la sagesse qui vous distinguent.
19augusti 1511.
LETTRE XXX
A Giovanni Bardccci , capitaine et commissaire de la République à Fivizzano.
.\ous avons été informés que l'illustre marquis Gian Lorenzo da Trespie se comporte d'une manière intolérable avec l'illuslre marquis Morello, son parent et le protégé de la haute seigneurie; qu'il se permet de l'insulter de fait, et d'employer la force pour l'attaquer dans ses i)iens; conduite véritablement indigne et d'un parent et de ce qu'il doit à l'élévation de son rang. En conséquence nous voulons, en conservant néanmoins toute ta dignité à 1 "égard du fuarquis Gian Lorenzo , que lu aies une conférence avec lui, et que tu lui fasses entendre, de la part de la haute seigneurie, qu'il ait à se désister de cette conduite violente et peu convenable ; et s'il persistait dans sa manière d'agir, la seigneurie est disposée à prêter au marquis Morello, son protégé, toutes les faveurs et tous les appuis légaux qui sont en sa puissance, pour qu'aucune violence ne soit plus commise envers lui. Tu emploieras dans cette circonstance les
discours les plus propres à réussir que te dictera ta sagesse. Mais s'il croyait avoir des prétentions fondées, qu'il réclame par les voies ordinaires afin que le marquis Morello puisse se défendre devant la justice ; car nous ne souffrirons jamais que personne se fasse satisfaction par lui-même.
ISseptembr. 1511.
LETTRE XXXI
Aux Consuls de mer.
Bartoloraeo di Francesco Grassolini , citoyen de Pise , a comparu en présence de la haute seigneurie, et lui a exposé qu'il a quitté, il y a environ dix mois, la ville de Rome où il habitait depuis quinze ans, pour revenir fixer son séjour à Pise ; il a ajouté que , ces jours derniers, ses effets et ses meubles lui ayant été renvoyés par eau à Pise, ainsi qu'il l'avait recommandé à l'un de ses compagnons qui demeure à Rome et avec lequel il est lié d'une étroite amitié, il s'est trouvé parmi ses effets, et surtout parmi les ustensiles de cuisine, près d'une quinzaine de livres de sel, que l'on y a placées par inadvertance , et sans penser au préjudice que ce sel pouvait occasionner au fisc; car il paraîtrait que les femmes de son ami, dans leur empressement à lui envoyer tout ce qui lui appartenait, y ont mis jusqu'à ce sel , qui se trouvait parmi les ustensiles de cuisine.
Or, il paraîtrait que lorsqu'on a ouvert cette caisse cachetée, afin de voir si elle ne contenait rien de sujet aux droits, les visiteurs y ont découvert, entre autres, le sel dont il est question, et ont voulu sévir selon ce que prescrivent les lois rendues sur ces matières. Ledit Bartolomeo nous a demandé une exemption, se fondant sur ce qu'en cette occasion il n'y a de sa part aucune mauvaise intention attendu qu'il n'en avait nulle connaissance. Si ce qu'il avance est exact en effet , il nous semble qu'il mérite notre indulgence. C'est pourquoi nous voulons que, dans le cas oii vous trouveriez que cette affaire se fiU passée de la manière dont on nous l'a rapportée, vous y apportiez les égards et la douceur que mérite un événement où le hasard a seul eu part; et quoique les lois sur le sel soient extrêmement sévères, cependant il nous semble
LETTRES AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE
que, dans les cas imprévus, il faut afifir avec circonspection et faire la part aux circonstances. Maintenant que vous connaissez nos intentions, nous abandonnons cette affaire à votre sagesse et à votre indulgence.
28septembr. 1511.
LETTRE XXXII
A Pictro CoMPACNi, vicaire de la République à Pise.
Nous pensons que toi et les sujets de ton vicariat vous avez eu connaissance de l'interdit que Sa Sainteté le pape a fulminé contre nous, interdit que nous et presque toute la ville avons regardé et regardons comme illusoire par mille et mille raisons, et spécialement parce que Sa Sainteté ayant été citée devant le sacré concile , elle n'a pu ni ne peut, d'après les saints canons, procéder à un tel interdit ; que d'ailleurs de notre côté nous avons.également appelé, dans la forme légitime, audit sacré concile ou à tout autre tribunal compétent : car l'appel est toujours permis , attendu que c'est la seule défense de l'appelant ; et comme la défense est de droit naturel, on ne peut l'interdire à qui que ce soit. De plus, cet interdit a été lancé par Sa Sainteté, sans citation préalable, quoique cependant cette formalité soit absolument nécessaire dans un acte qui peut causer tant de malheurs. Nous avons même pour nous l'exemple de Dieu; car lorsqu'il appela Adam après son péché, en lui disant : Adam, Adam, iibi es? il l'avait averti avant de le chasser du paradis. Il y aurait encore une foule de raisons pour combattre la validité de l'interdit; mais nous les omettons pour ne point paraître trop prolixes. C'est pourquoi excites par tous ces motifs, et par l'intention et le désir de vivre en chrétiens et de ne point être privés de l'office divin, nous avons fait et faisons dire la messe par les religieux qui, de temps immémorial, sont accoutumés à desservir le palais en y célébrant continuellement la messe et l'office divin; tels que sont les servîtes et les religieux de Santa-Maria-Novella, Santa-Groce, Santa-Spirito, il Carminé et Ognissanti. Quant aux autres prêtres réguliers et à l'église du Duomo, nous les laissons se conformer à l'interdit autant qu'ils le jugent convenable j et
aussi pour ne pas les mettre dans le cas de se voir privés de leurs bénéfices et de leurs revenus. Cette letlre n'est à d'autre fin que de te donner connaissance du présent interdit, et de la manière dont nous nous conduisons dans cette circonstance, afin que nos fidèles de Pise en puissent être informés.
1 octobr. 1511
LETTRE XXXIII
Au même.
Nous ne ferons point d'autre réponse à ta lettre du 30, que de te faire connaître que ce qu'on appelle l'interdit a été regardé comme tout à fait nul, attendu qu'il ne renferme aucune des qualités nécessaires : 1° parce que le pape a été cité, il y a plus de six mois, devant le concile; 2° parce que nous en avons appelé ; S** parce que l'on a négligé les informations et les citations ordinaires et accoutumées; et enfin par une foule d'autres raisons qu'il est inutile de rappeler en ce moment. C'est pourquoi nous avons p^jurvu à ce que les religieux qui n'ont pas de bénéfices à perdre, et qui ont été employés de tout temps pour célébrer le culte divin dans le palais, continuent à dire la messe, afin d'apporter quelques consolations parmi les fidèles de Florence. Nous n'avons pas voulu compromettre ceux qui possèdent des bénéfices, parce qu'en ce moment les précédents religieux suffisent aux besoins de notre ville, et que nous espérons , avec le secours de la grâce divine, que cet état de choses ne durera que quelques jours. Tu vois ce que nous avons fait ici; c'est à toi déjuger ce qu'il conviendra de faire dans ton vicariat.
1 octobre 1511.
CORRtlSPONDANCE.
LETTRE XXXI V
PATENTE
Priores libertaiis et rexili fer justitiœ perpétuas popuu /lorcntini^ singuli.s atque unwersis in quos hœ nostrœ iiicideriiit^ salutem.
(Les Prieurs de la liberlé et le Gotifaloiiier perpéluel de jusiice du peuple floreiKin, à tous et à chacuu qui ces présentes venont, salut.)
Savoir faisons ;i tous, en {^^énéral et à cliaciin en particulier, que réunis ù nos vénérables collèges, aux respectables Dix de liberté et de paix, et au très-prudent con.seil des quatrevinîjts de celte cité, et conformément à ses statuts, nous avons choisi et élu d'un commun accord , pour général de toute la province de la Romagne, notre magnifique et très-cher concitoyen Giovanni di Tommaso di Luigi di Lorenzo Ridolfi, avec l'autorité la plus ample et la plus entière pour veiller à la sûreté, à Tadministration et à la prospérité de ladite province. En conséquence, voulons et ordonnons à tous, en général et à chacun en particulier, de lui prêter et fiiire prêter obéissance dans tout et pour tout ce qu'il pourrait commander, de la même manière que si la haute seigneurie donnait personnellement ses ordres; vous conduisant de manière que nous puissions vous féliciter de votre soumission à ses commandements. Benè valete.
Snovembr. 1511.
LETTRE XXXV
Au révérend seigneur Donato de' Chianni, vicaire de l'évéque d'Arezzo.
Nous venons d'apprendre une chose qui ne pouvait nous être plus désagréable, attendu que, touchant à l'honneur et à la dignité de nos recteurs, elle attaque et blesse en même temps la haute seigneurie dont ils sont membres. Il paraîtrait, d'après ce qu'on nous a rapporté, que Guasparri di Meo di Checco, chapelain de la paroisse de Faltona , a poussé la folie si loin, le jour de Saint-Simon passé, qu'outre une foule d'injures et de paroles grossières , indignes de son caractère , qu'il prodigua aupodestà de Castei-Focagnano, Carlo Macigni, notre très-amé concitoyen, il s'était laissé em-
porter jusqu'à le menacer de ses armes. Votre révérence , dont la sagesse est si connue , peut juger par elle-même si une telle conduite est convenable à un religieux; et comme il est juste qu'un tel excès ne reste pas impuni, nous exhortons votre révérence à prendre connaissance du fait, à potu\suivre le coup^ible avec vigueur, et i"i lui infliger un châtiment capable de servir d'exemple à ceux qui voudraient l'imiter, et de manière que réparation soit faite à la dignité publique. Si votre révérence ne le punissait pas selon l'exigence du cas, nous serions contraints d'avoir recours à des mesures propres à réparer l'injure faite à l'un de nos officiers publics. Nous avons trop de confiance en votre vertu et en votre justice, pour n'être pas convaincus que vous agirez dans cette affaire de manière que ce prêtre recevra la juste punition de ce délit et de tous ceux dont nous savons qu'il s'est rendu coupable.
8 novenibr. 1511.
LETTRE XXXVL
A Giovanni Bakducci, capitaine et commissaire à
Fivizzauo.
Mercato di Jacopo, de Batignano, village du ressort du tribunal de Fivizzano, obtint, nous a-t-on dit , il y a environ douze ans un saufconduit de la seigneurie de Lucques pour pouvoir librement et .sans être inquiété traverser avec tous ses bestiaux le territoire de Lucques, pour les conduire dans la Maremme, et les en ramener. Il arriva depuis que, voulant revenir chez lui de ce dernier endroit, et parvenu avec ses bestiaux aux environsdes portes de Lucques, les Lucquois s'emparèrent de toutes ses bêtes > dont la valeur s'élevait, d'après ce qui nous a été dit, à plus de trois cents ducats. Ce malheureux, à la vue de ce manque de foi, et se trouvant ainsi dépouillé de tout ce qu'il possédait presque aux portes de Lucques, se vit dans l'obligation de porter plainte devant la haute seigneurie du tort qu'il avait reçu. La seigneurie, après avoir pris connaissance du fait, crut son honneur intéressé à indemniser un de .ses sujets; en conséquence elle écrivit au commissaire, qui à cette époque commandait sur les lieux , de saisir et de mettre à l'amende
LETTRES AU NOM DE LA RÉPUBLIQUE
autant d'habitants de la juridiction de Lucques, les plus voisins du bailliage de Fivizzano, qu'il serait nécessaire pour couvrir ledit IMercato noire citoyen , des pertes qu'il avait éprouvées. Nous savons que ledit commissaire, après avoir reçu les letîres.de la seigneurie, s'y était conformé , et que ledit Mercato était parvenu à retirer des mains des Lucquois pour une valeur d'environ cent ducats. Cependant la seigneurie de Lucques, ayant eu connaissance de celle mesure , mit soudain au ban trois des principaux habitants du territoire de Fivizzano, savoir: Piero del Maestro, Piero Agnolo Demi et Lazzerotlo di Cristofano; ce dernier, le seul qui ait survécu, se trouve encore compromis dans le ban dont il est question : on l'a guetté pendant longtempspour pouvoir le saisir; et com.rae il n'a mérité en aucime manière cette punition, il lui semble dur d'avoir toujours à trembler: il a supplie la seignenrie de vouloir porter remède à sa triste position.
En conséquence nous vous ordonnons, au reçu de la présente , de faire connaître à quatre des principaux habitants du bailliage de Minuzzano, juridiction de Lucques, (jui vous seront désignés par ledit Lazzerolto , que si, dans l'espace de vingt jours à compter de celui où la notification leur en sera faite, ils n'ont pas réussi auprès de la seigneurie de Lucques, ou de toute autre autorité que cela concernerait, à faire lever la condamnation et le ban prononcés contre ledit Lazzerolto, aussitôt après l'expiration de ces vingt jours, vous mettrez au ban les quatre habitants désignés par ledit Lazzerolto , lesquels encourront les mêmes donunages que ce dernier, par les mol ifs que nous venons d'exposer. Vous comprenez nos intentions : conduisez-vous dans celte aff^iire avec votre justice et votre sagesse accoutumées, et (ailes en sorte que li'dit Lazzerolto ne soit plus exposé au préjudice dont il est depuis si longtemps victime. 27 novembre 1511.
LETTRE XXXMI.
A Bernardo Vettori, vicaire de la République et commissaire à l'escia.
Le prèire Lodovico dcgli Onesli. député de la commune de Petra-Bona, a comparu devant nous et nous a exposé que, dans le mois de septembre
dernier, les habitants de ladite commune ayant trouvé plusieurs chèvres appartenant à des paysans lucquois, qui fais;iient du dégât sur les terres de Petra-Bona , ils les avaient saisies et consignées à la garde de l'aubergiste, afin que, dans le cas où leur maître viendrait les réclamer, il fût forcé de réparer le tort qu'elles avaient pu causer; cpie Pietro di Gante, ton prédécesseur, avait fait comparaître les pariits en sa présence; qu'il était parvenu à les arranger à l'amiable, comme tu pourras le voir par l'accord précité.
Or , nous sommes informés que ces paysans lucquois ayant rapporté au podeslà de Lucqi:es le fait d'une manière entièrement opposée à celle dont il s'est passé, afin de mettre tout le tort sur nos sujels de Petra-Bona, rol'fice et le tribunal dudit podeslà ont prononcé contre eux un ban qui les condamne à la potence et à la confiscation des biens, et qui promet cinquante ducats de récompense à quiconque les livrera morls ou vifs. Certes, nous ne saurions trop nous étonner que ces malheureux se trouvent , sans aucun motif légitime, exposés à un si grand péril; et comme une pareille conduite ne peut que nous irriter justement, pour l'honneur et la dignité de notre suprême républicpie, nous voulons et ordonnons qu'au reçu de la présente tu mettes au ban de ton tribunal douze individus de la famille des Giusli du château de Medicina, dans la juridiction de Lucques, choisis parmi les chefs les plus distingués et les plus riches de ladite famille, sous les mêmes peines prononcées contre nos sujets de Petra-Bona que ledit podestà a mis à son ban ; le tout afin que les Lucquois reconnaissent leur faute, et qu'ils voient qu'on use de représailles envers eux. Fais en sorte que tout ce que nous 4e commandons soit exécuté, et le plus promptement possible.
IGdécembr. lâll.
LETTRE XXXVIU.
A Lorenzo Acciajcou , capifaiue et commissaire à Casirochiaro.
Nous avons été informés, par une lettre que tu as écrite à Son Exceilencc le Gonfalonicr, qu'il s'est élevé, sur les lieux où tu conunandes, des difiérends du caractère le plus fâcheux , entre quelques individus de la famille de Casa Nuova
CORRESPONDANCE
et de celle des Fabri, d'une part, et quelques membres de la famille des Tassinari, de l'autre; que les effets en sont suspendus en ce moment par suite d'une trêve avec dédit; et comme chacune des parties adverses renferme un ^rand nombre de personnes dont la plupart ont des alliances très-étendues, il en résulte qu'elles ont entraîné dans leurs animosités la plus grande partie des habitants de l'endroit où elles habitent. C'est pourquoi nous désirerions , pour ôter toute matière à de plus grands troubles, que les parties en vinssent à un accommodement sincère, surtout en ce moment où personne n'a encore perdu la vie, et où tout s'est borné à quelques légères blessures.
En conséquence nous voulons et ordonnons qu'au reçu de la présente tu appelles auprès de toi , mais en prenant toutes les précautions que te suggérera la prudence, les principaux chefs de l'un et de l'autre parti, et que tu les engages, par les discours les plus affectueux et les plus persuasifs que te dictera ta sagesse, à consentir, pour leur avantage et pour leur propre sûreté, à conclure entre eux une paix solide et sincère, les assurant, s'ils ne s'y opposent point , de l'approbation de la haute seigneurie. Tu leur feras sentir les fruits et les avantages qui naissent de la paix, et, au contraire, les maux, les infortunes et malédictions que les discordes entraînent à leur suite.
Si, après avoir employé la douceur seulement pour les exhorter à faire la paix, tes efforts n'avaient aucun succès , (u ordonneras alors aux chefs du parti qui montrerait le plus d'éloignement pour la paix, d'avoir A comparaîlre personnellement en notre présence, dans quatre jours à dater de celui où tu leur signifieras cet ordre, et de se garder d'y manquer, sous peine d'encourir notre colère; tu engageras en outre les chefs de l'autre parti A s'y trouver en même temps, afin de pouvoir conclure entre eux quelque arrangement,etsavoird'eux-mêmes qui veut bien ou mal vivre. Tu ne manqueras pas de nous informer, pour te mettre en règle, de l'ordre que tu auras donné et du jour où il aura été signifié. Tu auras soin en outre que, dans le voyage que ces gens seront obligés d'entreprendre pour venir nous trouver, il ne puisse en résulter aucun désordre sur la route.
11 februar. 1511(1512).
LETTRE XXXIX
A Filippo LoKiivi, capitaine et commissaire à Fivizzano.
Il s'est élevé il y a déjà quelque temps un différend d'un caractère très-fâcheux entre les habitants de la commune de Vinca , située dans ta capitainerie , d'une part , et ceux de Fornole, dans la juridiction du marquis de Massa, de l'autre , à raison des montagnes de Rutaja. La seigneurie a déjà écrit plusieurs fois à ce sujet, et dernièrement encore à ton prédécesseur, Giovanni Barducci , sous la date du 19 janvier dernier ; et il se pourrait même que cette dernière lettre eût élé enregistrée de cette manière. Toutefois ce différend n'a point encore été apaisé ; mais ce n'est point par nos gens qu'il a été entretenu et qu'il subsiste encore : c'est le marquis qui traîne l'affaire en longueur et qui se soucie fort peu que la chose s'arrange. C'est pourquoi ses sujets de Fornole, pour faire croire qu'ils ont des droits réels sur ces montagnes, y sont venus et y viennent chaque jour chercher querelle à nos gens de Vinca , s'emparent par force de leurs terrains, et les accablent de coups de poings et de bâton. 11 nous semble que cette manière de se rendre maître des terrains d'autrui n'est ni juste ni raisonnable, ni de gens qui veulent vivre en bonne intelligence avec leurs voisins. Quant à nous , nous ne refuserons jamais notre juste appui pour conserver leurs droits et leurs possessions à nos sujets; car c'est bien le moins que mérite la fidélité toute de cœur qu'ils ont toujours témoignée et qu'ils portent encore à notre suprême république.
Désirant donc mettre un terme à cet état de choses, nous voulons, aussitôt qu'il te sera possible,que tu écrives au seigneur marquis de Massa, pour l'informer que nous te chargeons de prendre en main les intérêts de nos sujets de Vinca, et de te transporter avec lui sur le lieu du différend ; et là , lorsque tu auras vu de tes propres yeux, et entendu par toi-même les raisons de nos sujets, tu t'efforceras de ramener le calme, en ayant soin toutefois de veiller à la conservation et au maintien des droits de nos sujets afin qu'il ne leur soit fait aucun tort. Mais si tu t'apercevais que le marquis voulût encore traîner l'affaire en longueur, comme il a fait jusqu'à ce jour ; qu'il refusât de la part de ses sujets de Fornole toute espèce d'arrangement; quelesdits sujets en vinssent aux voies de fait et employas-