HONORABLE FRANCESCO
Les troupes françaises viennent de se conduire à Berzighella d'une manière miraculeuse , et ce sera aussi un miracle si le duc d'Urbin arrive demain à Pianora, comme il paraît que l'a écrit le légat de Bologne; on attendra, à ce que je crois, que l'on sache ce qu'il a fait. Pour l'amour de Dieu, puisque l'arrangement ne peut point avoir lieu, cessez sur-le-champ toutes négociations, et, par vos lettres et par vos démarches, forcez vos alliés à venir à votre secours. Autant la paix , si on l'observe , serait pour nous une chance certaine de salut, autant, si on la négocie sans la conclure, nous devons y voir la certitude de noire ruine. Si elle ne se conclut pas, c'est alors qu'on verra combien elle était nécessaire; et si le comte Guido Rangone parle autrement, c'est un fou. Je veux seulement discuter ce point avec lui. Demandez-lui : Pouvait-on empêcher l'ennemi de venir en Toscane? Il vous dira que non, s'il répond comme il n'a jamais cessé de le faire et comme parlait le duc d'Urbin. S'il est vrai qu'on ne pouvait mettre d'obstacle à leur marche, demandez-lui comment on pouvait les chasser sans en venir à une bataille, et comment notre ville était en état de soutenir à la fois le poids de deux armées organisées de manière que nos amis étaient encore plus insupportableSi que nos ennemis. S'il peut résoudre cette diffi-
CORKESPONDAJNCE.
culte, dites-lui alors qu'il a raison. Mais ceux qui tirent leur existence de la ,<i[uerre , comme !cs militaires de cette espèce, seraient bien fous de vanter la paix. Mais Dieu fera qu'ils auront
LETTRES FAMILIÈRES
plus à guerroyer que nous ne le voudrions nous-mêmes.
Nicolas Macciiiavelli.
Berzigbella, le 18 avril 1527.
FIN DES OEUVRKS DE NICOLAS MACCHIAVELU.