SCENE I
Frère TIMOTEO, seul.
Je n'ai pu fermer l'œil de toute la nuit , tant je suis aiguillonné du désir de savoir comment Callimaco et les autres s'en sont tirés. Pour tuer le temps je me suis occupé de mille choses : j'ai dit mes matines , j'ai lu une Vie des saints Pères, j'ai élé dans ré{',iise, où j'ai rallumé une lampe éteinte et mis un voile neuf â une madone qui fait des miracles. Combien de fois n'ai-je pas recommandé à ces moines de la tenir propre! Soyons surpris, après cela, que la dévotion tombe en décadence! Je me .souviens d'un temps où j'ai vu jusqu'à cinq cents ex-voto; aujourd'hui il n'y en a pas vingt. C'est notre faute aussi : nous n'avons pas su maintenir .sa réputation. Nous avions coutume, tous les soirs après compiles, d'y aller en procession, et 'do faire chanter laudes en son honneur tous les samedis; nous lui faisions toujoui\s despiésenis nous-mêmes, afin qu'on y vît sans cesse des imap,es nouvelles, et dans la confession nous ne manquions pas d'exhorter les hommes et les femmes à y faire quelques vœux: maintenant on néglige tout cela, et puis nous nous étonnons que tout aille froidement! Oh! qu'il y a peu do cervelle dans la tête de nos chers frères! Mais j'entends un grand bruit dans la maison de messer Nicia : ce sont eux, par ma foi! et ils mettent dehors le prisonnier. Je suis arrivé à temps. Ils se sont amusés à la bagatelle jusqu'au dersiier moment : voilà qu'il se fait jour. Écoutons un peu ce qu ils vont dire, sans nous montrer.