‹ Œuvres complètesChapitre 4 sur 323 · ACTE I, SCÈNE L · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE L

rite. Maintenant je brûle d'un si vif désir de lu; plaire, que je ne sais à quel saint me vouer.

SIRO. Si vous m'aviez dit cela à Paris, j'aurais su quoi vous conseiller; mais à cette heure je ne sais que vous dire.

CALLiMACO. Je ne fai pas fait cette confidence pour avoir tes conseils, mais pour soulager mon cœur, et afin que tu mettes ton génie à l'œuvre pour m'aider au besoin.

SIRO. Je suis tout prêt. Mais qu'espérez-vous ?

CALLWiACO. Hélas ! rien ou peu de chose. Et je te dirai dabord que j'ai contre moi son naturel, l'honnêteté même, et tout à fait ennemi de l'amour ; un mari fort riche et qui se laisse entièrement gouverner par elle ; qui, s'il n'est pas jeune, n'est pas non plus si vieux qu'il le paraît. De plus , elle n'a ni parents ni voisins chez qui elle aille en veillée, où elle rencontre ces fêtes et tous ces plaisirs dont les personnes de son âge se divertissent d'ordinaire. Pas une ouvrière qui entre chez elle; pas une femme de chambre, pas un domestique que sa sévérité ne fasse trembler ; de ?orte qu'il n'y a là aucun moyen de séduction.

SIRO. Que voulez-vous donc faire ?

CALLiMACO. Il n'y a jamais rien de si désespéré qui ne laisse encore une lueur d'espérance, quelque vaine et faible qu'elle soit ; et puis la ferme volonté et le désir de réussir ne permettent pas le désespoir.

SIRO. Enfin, quel motif avez-vous de vous flatter?

CALLBiACO. J'en ai deux : l'un, c'est la simplicité de messer iNicia, qui, bien qu'il soit docteur, est le plus crédule et le plus sot homme de Florence; l'autre, c'est l'extrême désir qu'ils oni d'avoir des enfants. Car, après six ans de mariage, se voyant encore sans lignée, riches qu'ils sont, ils en meurent d'envie. Nous aurions bien une troisième ressource, la mère de Lucrezia , bonne commère dans son temps; mais elle est riche, et je ne sais comment la prendre.

SIRO. Avez-vous déjà fait quelque tentative ?

CALLiauco. Oui , mais presque rien.

SIRO. Et quoi?

CALLI31AC0. Tu connais Ligurio, qui vient tous les jours dîner chez moi. Il a été jadis courtier de mariages ; depuis il s'est mis à quêter soupers et dîners; et comme c'est un drôle de corps, messer Nicia a contracté avec lui une étroite

OUVRAGES F

liaison. Ligurio le pipe, et s'il ne dîne pas chez lui, il lui emprunte parfois de l'argent. Je m'en suis fait un ami ; je lui ai confié mon amour, et il m'a promis de travailler pour moi des mains et des pieds.

siRO. Prenez garde qu'il ne vous dupe : ces écornifleurs n'ont pas coutume d'être gens de bonne foi.

CALLiMACO. C'est vrai. Néanmoins, quand quelque chose est dans riiilérèt d'un homme, il y a lieu de croire que, si vous lui en faites confidence, il vous servira loyalement. Je lui ai promis une bonne somme d'argent s'il réussit , et s'il ne réussit pas il n'en perdra ni un dîner ni un souper, car dans aucun cas je ne veux manger seul.

SIRO. Et jusqu'à présent que vous a-t-il promis de faire?

CÀLLiMACO. Il m'a promis de persuader à messer Micia d'aller aux eaux avec sa femme dans ce mois de mai.

SIRO. Et qu'est-ce que cela vous fait à vous ?

CAiiiMACO. Ce que cela me fait! Ce lieu pourrait la rendre tout autre pour moi : ce ne sont là que divertissements. Je iny rendrais ; j'y mènerais avec moi toutes sortes de plaisirs, je n'oublierais rien pour paraître magnifique , et je ferais en sorte de m'insinuer dans l'intimité de la femme et du mari. Que sais-je ? tl'une chose en naît une autre , et le temps vient à bout de tout.

SIRO. Voilà qui me plaît assez.

CAiLiMACO. Ligurio m'a quitté ce matin en me disant qu'il causerait de cette affaire avec messer Nicia, et qu'il viendrait m'en rendre compte.

SIRO. Les voici ensemble.

CALLiMACO. Je veux me tenir un peu à l'écart, afin de prendre mon temps pour parler à I jgurio quand il va quitter le docteur ; toi cependant, va à la maison faire ta besogne, et si j'ai quelque chose à t'ordonner, tu le sauras.

SIRO. J'y vais.

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