‹ Œuvres complètesChapitre 48 sur 323 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CLEANDRO, seul.

Ma foi, il a dit bien vrai celui qui a dit que l'amoureux et le soldat se ressemblent : le capilaine veut que les soldats soient jeunes, les clames aiment assez que leurs amants ne soient pas vieux; c'est une chose hideuse qu'un vieillard soldat , un vieillard amoureux est chose plus hideuse encore ; les soldats redoutent la colère de leur capitaine , les amants ne craignent pas moins celle de leur maîtresse; les soldats dorment sur la terre à la belle étoile , les amants sur ces bancs de pierre qui sont aux portes ; les soldats font une guerre à mort à leurs ennemis, les amanis à leurs rivaux; pour triompher dans une entreprise qui doit leur donner la victoire les soldats marchent au milieu des ténèbres de la nuit, par le froid de l'hiver, à travers la boue, exposés à la pluie et aux vents ; par de semblables moyens, au prix d'incommodités semblables, plus grandes même, les amants s'efforcent

de coiuiuérir leur maîtresse. La discrétion, !a foi, le coiira[je sont é^^alement nécessaires dans la guerre et dans l'amour ; les périls sont égaux, et le plus souvent les destins sont pareils : le soldat meurt dans un fossé, l'amant meurt désespéré. J'ai grand'peur qu'il n'en soit ainsi pour moi : j'ai ma maîtresse dans la maison que j'habite, je la vois quand je veux, je mange tous les jours avec elle, et ce m'est , je crois, un tourment de plus; car plus l'homme est près de l'objet de son désir, plus il le souhaite avec passion et plus est grand le tourment de n'en pouvoir jouir. Mon affaire maintenant c'est de songera contre-carrer ce mariage; ensuite de nouveaux incidents nous apporteront de nouveaux conseils et de nouvelles fortunes. Est-il donc possible qu'Eustachio ne vienne pas encore de la villa ! Ne lui ai-je pas écrit d'être ici dès hier soir? Mais je le vois paraître de ce côté. Eustachio! holà! Eustachio !

CLIZIÂ. — ACTE 11, SCENE 11. 50

allasses te requinquer un peu : tu as là lui L;;landras qui ne te tient pas sur le dos ; ton chapeau est tout plein de poussière, et ta barbe est;'; faire peur. Va-fenchez le barbier; débarbouilU toi le visage et brosse tes habits, afin que Cli zia ne te repousse point comme un saligaud.

EUSTACHIO. J'aurai de la peine à faire de moi un blondin.

CLEAM>uo. Fais toujours ce que je te dis , et puis va m'attendre dans l'église, ici près, Moi je vais faire un tour à la maison pour voir ce que mdite notre vieillard.

CANZONE

Celui qui n'a point éprouvé ton irrésistible puissance, Amour, se tlatterait en vain de rendre un lémoi- Snajje fidèle de ce qu'il y a au ciel de plus délicieux. Il ne sait pas connnenl on vit et on meurt tout ensemble; comment on fait le mal et on luit le bien ; comnieni on aime unouire plus que soi-même; combien souvent la crainte et l'espérance f;lacent et consument le cœur; il ignore enfin combien les dieux et les hommes redoutent éjïalement les traiis dont lu es armé.

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