‹ Œuvres complètesChapitre 59 sur 323 · SCÈNE lY · texte numérisé non relu

SCÈNE lY

KICOMACO, SOFRONIA.

RicoMACO , à lui-même. Voici ma chère femme qui revient : je veux un peu plaisanter pour voir si je pourrai l'amadouer avec de bonnes paroles. (Haui.) Eh ! mon enfant, d'où le vient donc cette tristesse quand tu revois tes amours? Reste un instant avec moi.

SOFROMA. Laisse-moi aller.

ivicoMACO. Un instant, je t'en prie.

SOFROMA. Je ne veux pas : tu m'as l'air ivre.

NicoMACO. Je vais suivre tes pas.

SOFROMA. Es-tu devenu fou?

!<icoMACO. Fou de te trop aimer !

SOFROMA. Je ne veux pas que tu m'aimes.

NicoMACo. Tu ne penses pas ce que tu dis.

soFROsiA. Tu m'ennuies à mourir , fâcheux que I u es !

MCOMACO. Je voudrais bien voir que lu disses la vériié!

SOFROMA. Tu peux m'en croire.

Mcojuco. Eli ! jette un regard sur moi , ma chère âme.

SOFROMA. Je te vois, et je te sens aussi : lu embaumes! En vérité, tu me reviens à merveille !

KicoMAco, à part. Diantre ! elle s'en est aperçue! Maudit soit le coquin qui m'a apporté cela!

SOFROMA. Doii te sont venues ces odeurs qui le parfument ainsi , vieux fou?

NICOMACO. Il a passé par ici un homme qui en Rendait : je les ai maniées, et il en est resté quelque chose après moi.

SOFROMA. Il a été preste à trouver la menterie! N'as-tu pas honte de ce que tu fais depuis un an ? (u ne fréquentes plus que de jeunes écervelés; tu vas toujours à la taverne; tu es toujours fourré dans des maisons de femmes ; tu perds follement ton argent au jeu ; voilà

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de beaux exemples que tu donnes à ton fils!

NiccMACO. Là, là , ma femme, pas tant de re-

: proches à la fois ; garde quelque chose pour de-

' main. Mais n'est-il donc pas plus raisonnable

que ce soit loi qui agisses à ma fantaisie plutôt

, que moi à la tienne?

SOFROMA. Oui , pour les choses honnêtes.

KicoMACO. N'est-ce donc pas une chose hon- ] nèle que de marier une jeune tille ?

SOFROMA. Oui, quand on la marie convenablement.

KicoMACO. Et ne sera-t-elle pas convenablement mariée en épousant Pirro?

SOFROMA. Non.

Kioo^iACO. Pourquoi?

SOFROMA. Pour les raisons que je l'ai déjà dites.

MCOMACO. Je connais ces affaires-là mieux que toi. Mais si je faisais si bien auprès d'Euslachio qu'il ne la voulût pas?

SOFRONIA. Et si je faisais si bien auprès de Pirro qu'il ne la voulût pas non plus?

i\icoaL4.co. Essayons donc l'un et l'autre dès ce mom.ent , et celui de nous deux qui persuadera son homme aura gagné la partie.

,S0FR0?irA. J'y consens. J'entre à la maison et je vais parler à Pirro; loi , parle à Eustachio: le voilà qui sort tout à point de l'église.

Kico;>iACO. Je n'y manquerai pas.

scènt: V.

EUSTACHIO, KICOMACO.

ECSTAcnio, à lui-même. Puisque Cleandro m'a dit d aller à la maison et de ne pas m'inquiéter, je veux faire bonne contenance et entrer.

MCOMACO, à lui-même. J'avais une ribambelle de sottises à dire à ce maraud, et je ne le pourrai puisque j'ai à lui demander quelque chose. (Haut.) Eustachio !

ELSTACHio. Oh ! mon maître!

MCOMACO. Depuis quand es-tu à Florence?

EUSTACHIO. Depuis hier soir.

KIC03IAC0. Il t'a fallu une longue réflexion pour le laisser voir ! Où donc as-lu été?

EUSTACHIO. Je m'en vais vous dire : dès hier matin je me suis senti souffrant ; la tète me faisait mal ; j'éprouvais des douleurs dans Paine , el je crois bien que j'avais !a fièvre. Or, comme dans ce moment-ci on parle de la peste , j'en eus

jTfrand'peur. Hier soir je suis venu à Florence, et je suis resté à Tauberge : je n'ai pas voulu me présenter, de peur, si pourtant c'était la peste, de conjproniettre voire santé ou celle de votre famille. Mais, grâce à Dieu, tout cela est passé et je me sens Fort bien.

iMCOMACO, à part. Il me faut faire semblant de le croire. (Haut,) Tu as bien fait. Tu es bien guéri maintenant ?

EUS! ACHio. Oui , messer.

MCOMAco , à pan. .Mais non de ta méchanceté. (Haut. ) Je suis bien aise que tu sois ici. Tu sais la querelle qui s'est élevée entre moi et ma femme sur le fait de choisir un mari pour Clizia : elle veut le la donner, et moi je voudrais la donner à Pirro.

' EUSTACuio. Vous voulcz donc plus de bien à Pirro qu'à moi?

NICOMACO. Dis plutôt que je veux plus de bien à toi qu'à lui. Écoule un peu : que veux- lu faire d'une fenmie? Tu as bien maintenant trentehuit ans, et une fille n'est pas Ion fait. Qu'y aurait-il d'étonnant si, après quelques mois de mariage, elle cherchait un plus jeune que loi ? Tu vivrais alors désespéré; je ne pourrais plus avoir confiance en toi : tu perdrais le jugement, tu deviendrais misérable, et bientôt elle et toi vous iriez mendier votre pain.

ELSTACHio. Dans ce pays, qui a belle femme ne devient pas pauvre. De son feu et de sa femme on peut être libéral avec chacun, car plus on en donne plus il en reste.

NICOMACO. Est-ce donc pour me contrarier que tu veux faire ce mariage?

EcsTACHio. Du tout : je veux le faire pour me faire plaisir à moi.

NICOMACO. Allons, va-t'en ; retourne à la maison. J'étais bien sot de m'imaginer avoir une bonne réponse de ce mananll Mais je changerai de gamme avec toi : prépare-loi à me rendre tes comptes, et va-t'en à la grâce de Dieu. Souviens-toi bien que tu as en moi un ennemi capital et que je te ferai du pis que je pourrai.

EUSTACHio. Ma foi , je ne m'embarrasse de rien pourvu que j'aie Clizia.

KicoMACo. Tu auras la potence!

OUVRAGES DRAMATIQUES

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